Zones humides : Les marais des bords de mer sauvés par les éleveurs

milie Durand

Les marais des bords de mer, présents dans différentes régions de France, ne doivent leur survie qu'aux éleveurs. Flore particulière, eau omniprésente, présence de douve… ces contraintes jouent sur la conduite des exploitations.

« Le marais fonctionne comme une éponge. Il absorbe l'eau des rivières en amont et des pluies l'hiver. Il la relargue en été au moment où elle est nécessaire », expliquent dans leur document de travail commun des élèves du lycée de Montmorillon (Vienne) et du lycée de la mer et du littoral de Bourcefranc (Charente-Maritime). Amenés à travailler ensemble à propos de l'eau qui devient de plus en plus rare dans la zone, ces élèves ont fait cependant des choix de carrière bien différents. Les uns seront paysans de la mer (ostréiculteur, pisciculteur, conchyliculteur…) les autres paysans de la terre. Pourtant tous étudient le fonctionnement du marais. « En amont, les agriculteurs irriguent le maïs en été et l'eau n'arrive plus en quantité suffisante pour nos bassins d'élevage. Ils récupèrent aussi l'eau stockée dans le marais durant l'hiver, en prévision des sécheresses de l'été. Au final, nous n'avons plus assez d'eau et surtout elle ne contient plus suffisamment de nutriments », explique René Cuinet, conseiller principal d'éducation du lycée de la mer et du littoral.

Autrefois, durant son stockage dans le marais, l'eau se chargeait de ces nutriments dont se nourrissent les coquillages. « A même durée d'élevage, les huîtres ont perdu un tiers de leur poids entre 1975 et 2005. Par ailleurs, l'été est la pleine période de reproduction. Pour que celle-ci soit optimale, il faut un taux de sel dans l'eau de 28/1000. L'eau de mer est à 35/1000. L'eau douce est donc indispensable à notre activité. » Petit à petit, les marais sont asséchés pour laisser la place à des superficies grandissantes de maïs. Le calcul est d'ailleurs vite fait, près de la Vallée, en Charente-Maritime, une terre de marais vaut trois fois moins chère qu'une terre iriguable.

Le marais reste une zone que seul l'élevage arrive bien souvent à valoriser. Ici des Maraîchines près de Notre-Dame-de-Monts (Vendée). (E. Durand)

Le marais reste une zone que seul l'élevage arrive bien souvent à valoriser. Ici des Maraîchines près de Notre-Dame-de-Monts (Vendée). (E. Durand)

 

Irréductibles éleveurs de bovins

Pourtant, il reste quelques irréductibles qui exploitent encore ces terres, les éleveurs. Jean-Paul Gaillot et son fils Stéphane élèvent des Limousines sur 120 hectares de marais dans la zone Marennes-Oléron. Frédéric Signoret possède des vaches maraîchines, près de l'île de Noirmoutier, sur 130 hectares. Les contraintes sont les mêmes, mais chacun s'adapte à sa façon. « La docilité des bêtes est essentielle. Les parcelles sont petites et disséminées. Il n'est pas possible d'aller voir les vaches tous les jours lorsqu'elles sont dehors (80 km de route à faire au total). Aussi, avec l'affluence des touristes en été, on ne peut pas se permettre sur des superficies dont seuls les canaux font clôture, d'avoir des animaux un peu vifs », affirme Jean-Paul. Frédéric laisse ses veaux vagabonder à leur gré dans l'étable durant quelque temps. Ni l'un ni l'autre ne conserveront les bêtes un peu vives. Lorsque les animaux reviennent en stabulation pour l'hiver, ils ne sont pas plus sauvages qu'à leur départ. Jean-Paul et son fils ont 30 hectares de marais à 33 kilomètres du siège de l'exploitation et à quelques mètres de la mer. Les génisses et les veaux, trop jeunes, n'y vont jamais. Seules les vaches pleines, habituées des lieux, s'y rendent.

Les canaux sont parfois un danger

Les canaux qui séparent les parcelles, malgré leur largeur (2 à 5 m pour certains) et leur profondeur (1 à 5 m parfois) peuvent être franchis par les vaches ou les taureaux. « L'une passe et tout le monde suit », commentent Jean-Paul et son fils, qui préfèrent laisser leurs deux taureaux à proximité de la maison. « A l'inverse, il arrive parfois qu'une vache tombe dans un canal mais au lieu de s'en sortir, elle s'envase peu à peu à force de nager et meurt de fatigue. » Les canaux font office d'abreuvoir. Ils peuvent être un danger mortel aussi pour les veaux. « Lors du vêlage, la vache s'isole en bordure de parcelle. Après le vêlage, au moment où le veau cherche à se lever, il a souvent tendance à reculer. C'est là qu'il chute dans le canal. Trop fragile et en hypothermie, il meurt très vite. » L'eau omniprésente dans ces zones est parfois salée du fait des remontées de la mer, particulièrement aux grandes marées. Le niveau d'eau est contrôlé par des digues mais échappe parfois à la vigilance. Jean-Paul et Stéphane viennent de perdre encore une partie de leurs prairies en bordure d'estuaire. La mer les a recouvertes. « Dans ce cas, c'est plusieurs années sans récolte de foin », annoncent-ils gravement.

Les zones brunes de la prairie ont été brûlées par le sel, à la suite d'une inondation par la mer. (E. Durand)

Les zones brunes de la prairie ont été brûlées par le sel, à la suite d'une inondation par la mer. (E. Durand)

 

La douve présente partout

Par ailleurs, un excès de sel (NaCl) peut entraîner des troubles nerveux chez les animaux. Le sodium (Na) joue effectivement un rôle important dans la transmission du message nerveux. Cela arrive parfois lorsque l'eau dans les canaux vient à manquer et qu'il faut ouvrir les vannes pour faire rentrer de l'eau de mer.
La qualité de l'eau, stagnante dans certains cas, peut laisser à désirer. Pourtant aucun voile bactérien ou végétal envahissant ne colonise les canaux. Mais le vrai problème vient plutôt de la douve, même si la tique semble être un fléau dans certaines exploitations. Présente partout, la douve nécessite un traitement et une observation régulière des animaux. Fréderic Signoret lui s'est orienté vers autre chose : « Pour la douve, j'attends que mes animaux activent leurs propres défenses. Je mets les génisses sevrées dans les parties salées du marais où la douve est absente, assurant ainsi leur croissance. Pour l'instant sur toutes mes bêtes, aucun abattoir ne m'a retourné la présence de ce parasite. Par ailleurs, j'inonde volontairement une dizaine d'hectares en hiver comme autrefois de la Toussaint à Pâques. L'eau s'étale en fine couche et, selon moi, les UV pénètrent mieux. Je pense que cela contribue à l'améliorer un peu car je la trouve ensuite plus claire que dans les autres canaux. »

Autres effets de l'inondation volontaire, le dépôt de limon et l'amélioration de la qualité des fourrages. « Mais inonder est mal perçu car cela reste compliqué à gérer. » Frédéric entretient par ailleurs des roselières clôturées pour les protéger de l'appétit des vaches, afin de filtrer les eaux des canaux. Les contraintes au niveau des épandages sont importantes : pas de fumier à moins de 35 mètres du bord des canaux, pas d'engrais chimiques à moins de 5 mètres et parfois pas d'engrais du tout.

Source Réussir Bovins Viande Mars 2009

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