Agriculture du futur : L'élevage caprin de demain se dessine

Damien Hardy

Robot de traite, sélection génomique, bâtiment simplifié, monotraite et lactation longue généralisées. Pour son 300e numéro, « La chèvre » s'est essayée à l'exercice de la science caprine fiction pour imaginer, de façon un peu utopiste, l'élevage de chèvres de demain. Téléportation dans la ferme du futur.

Nul ne sait de quoi l'avenir des élevages de chèvres sera fait. Mais quelques pistes peuvent néanmoins se dessiner. L'élevage caprin n'échappe pas au vaste mouvement de restructuration de l'agriculture française et les éleveurs de chèvres seront vraisemblablement moins nombreux demain avec des troupeaux plus grands.Une étude de l'Institut de l'élevage pronostiquait fin 2007 qu'il n'y ait plus que 2500 livreurs de lait en 2012. À ce compte, la moyenne des troupeaux des livreurs de lait passeraient de 137 chèvres en moyenne en 2005 à 300 en 2012. La taille moyenne des troupeaux augmentant surtout par la disparition des plus petits cheptels.
Vraisemblablement, les deux orientations de la filière caprine vont se maintenir : spécialisation laitière d'un côté et transformation fromagère de l'autre. Mais l'agrandissement et l'automatisation des élevages ne seront pas forcément que le fait des élevages laitiers. Déjà, un bon nombre de fermiers ont fortement agrandi leurs structures pour faciliter l'embauche de salariés, se répartir plus facilement le travail et répondre aux volumes demandés par la grande distribution.

Sans forcément aller vers un modèle hollandais, les éleveurs caprins français pourraient s'ouvrir vers une agriculture moins familiale et plus industrielle avec le recrutement de main-d'oeuvre salariée et des capitaux d'origine plus large. Les structures sociétaires peuvent aussi apporter une réponse aux questions du foncier, de capitaux et d'astreintes du travail. Poussés par la recherche d'efficacité de la main-d'oeuvre, ces accroissements de troupeaux peuvent inquiéter en termes d'environnement et d'image. Le risque étant que les consommateurs s'aperçoivent du décalage croissant entre des ateliers « productivistes » et une image encore « naturelle » de l'élevage de chèvre.
A contrario, on peut imaginer que certains laitiers, refroidis par la valorisation de leur lait, cherchent à retrouver la plus-value du produit en devenant fromager ou en recréant des structures collectives de transformation à taille humaine.
Le modernisme à outrance n'est pas non plus souhaité forcément par tous les éleveurs. Les producteurs fermiers sont souvent plus attachés à privilégier la tradition, l'expérience et l'empirisme. Le développement de telle ou telle technique sera, de toute façon, dépendant des paramètres économiques et des investissements que les éleveurs peuvent ou non opérer. L'avenir de l'élevage caprin dépendra aussi du comportement des consommateurs et des évolutions politiques et réglementaires.

Dans les quarante prochaines années, des progrès techniques bouleverseront le quotidien des éleveurs. Pour s'en persuader, il n'y a qu'à regarder en arrière pour s'apercevoir que la production caprine a évolué et continue d'évoluer. Machine à traire, insémination animale, téléphone portable, internet, distributeur automatique de concentrés, paquet hygiène, réglementation environnementale, autant de techniques et de contraintes encore inconnues il y a quarante ans. Demain, ce seront d'autres technologies qui feront parler d'elles : les technologies de l'information et de la communication, l'évaluation environnementale, la valorisation des effluents d'élevage, le développement de nouveaux capteurs et de la robotique, la mise en place de la génomique… et d'autres encore inconnues à ce jour.
Malgré les limites inhérentes à ce genre d'exercice d'anticipation, La chèvre a imaginé quelques pistes d'un avenir possible. Prochainement, l'étude prospective menée actuellement par l'Anicap dévoilera d'autres scénarios.
En attendant, ce dossier vous fera saliver ou vous dégoûtera de l'élevage de demain. Mais attention, une fois qu'on a goûté au futur, on ne peut pas revenir en arrière. Bon voyage vers l'avenir…

(A. Chrétien)

(A. Chrétien)

 

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir La Chèvre septembre-octobre 2010. (La Chèvre n°300 p. 18 à 26).

Source Réussir La Chèvre Septembre-Octobre 2010

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