« Aider des familles en offrant des chèvres »

Propos recueillis par Damien Hardy - Réussir La Chèvre Novembre - Décembre 2912

André Decoster : « Le microcrédit  en animaux  permet à des familles d’acquérir leur autonomie avec responsabilité, dignité  et solidarité. » Hardy

L’association Élevages sans frontières donne des chèvres à des familles des pays en voie de développement qui transmettent ensuite des chevrettes à une autre famille. Interview d'André Decoster d'Elevages sans Frontières.

Idenrité

André Decoster est président de l’association Élevages sans frontières. Ingénieur agricole, il est d’abord enseignant en Algérie en coopération puis devient conseiller de gestion en Haute-Loire pendant cinq ans où il découvre l’élevage caprin. Passionné par la chèvre, il s’installe en Gaec avec deux autres familles dans l’Allier. Pendant neuf ans, il s’occupe en particulier des 60 chèvres du troupeau. Il dirige ensuite le GIE lait viande de la région Centre pendant huit ans, puis l’Ucardec, l’Union de coordination des actions de recherche et développement caprin, de 1994 à 1999. En 2000, André Decoster crée Aidec, l’association internationale de développement caprin, devenu depuis Élevages sans frontières qu’il a dirigé jusqu’en 2010. A 65 ans, ce retraité, père de trois enfants, est président bénévole de l’association.

Qu’est-ce qu’Élevages sans frontières ?

Élevages sans frontières est une association de solidarité internationale qui a pour but d’aider les familles à acquérir une autonomie alimentaire et financière. L’élevage doit leur permettre d’améliorer leur alimentation, de payer la scolarisation des enfants et d’avoir accès à la santé. Pour cela, l’association se sert du microcrédit en animaux, notamment en chèvres.

Qu’est-ce que le microcrédit en animaux ?

Pour chaque animal reçu, les bénéficiaires s’engagent à transmettre une jeune femelle née de l’élevage à une autre famille. Les familles reçoivent une chèvre, ou une poule, ou une génisse et s’engagent à transmettre une chevrette à une autre famille : c’est le principe « Qui reçoit… donne ». Ce n’est pas de l’assistanat car les bénéficiaires doivent aider à leur tour. Ce principe responsabilise les bénéficiaires et crée un effet démultiplicateur qui permet à toute une communauté de profiter rapidement de ce coup de pouce.

Pourquoi la chèvre ?

Nos premières interventions ont débuté avec l’élevage caprin. Autour de la Méditerranée, il y a une tradition de fromage de chèvre. C’est pourquoi nous avons développé des élevages caprins laitiers dans les pays de l’Est et au Maroc. Il est important qu’il y ait en perspective le développement commercial du lait ou du fromage. C’est pour cela que nous avons déjà monté cinq fromageries dans le monde. Au Maroc, par exemple, nous avons importé 100 chèvres alpines en 2005 et distribué 2 chèvres par famille dans la province de Ouarzazate. Sept ans après, il y en a plus d’un millier sur la vingtaine de villages concernés par l’action. Cela a permis d’apporter une alimentation lactée aux familles. Avec le volume croissant de lait obtenu au bout de trois ans, il devenait impératif de vendre la production. Une fromagerie a été créée et les techniciens formés. Maintenant, l’enjeu est de développer la production car il y a un potentiel de consommation important pour les fromages de chèvres avec la présence, à Ouarzazate, de nombreux hôtels et studios de cinéma.

Comment l’association est-elle financée ?

En 2011, nous avons collecté 1,2 million d’euros, dont les deux tiers sont allés vers les projets. Notre financement provient à 83 % de donateurs particuliers, 7 % d’institutions publiques, 5 % de fondations, 4 % d’entreprises et 1 % d’écoles. Nous sommes agréés par le comité de la charte du « don en confiance » et nous publions les comptes détaillés tous les ans. Les dons sont déductibles des impôts à hauteur de 60 % pour les entreprises et de 66 % pour les particuliers. Notre association, basée à Wasquehal dans le Nord, compte 7 salariés en France et 19 dans les antennes locales en Afrique.

. Pourquoi donner ?

Sur un milliard de personnes souffrant de malnutrition dans le monde, les trois quarts sont des petits agriculteurs. Il est aujourd’hui indispensable de renforcer durablement les agricultures paysannes en favorisant la production locale et la création de filières. Nos projets sont concrets et ils fonctionnent. Les familles deviennent acteurs de leur développement dès qu’ils ont transmis autant qu’ils ont reçu.
Nous sommes maintenant présents dans neuf pays : le Togo, le Bénin, le Burkina-Faso, le Sénégal, le Maroc, Haïti, l’Arménie, le Kosovo et l’Albanie. L’association est en croissance et nous nous sommes donné pour objectif d’augmenter de 90 % en trois ans les fonds envoyés sur les projets. Nous sommes à la recherche d’entreprises qui ont envie de participer à des actions solidaires. Le Crédit Agricole, Kronenbourg ou Brossard, par exemple, se sont engagés avec nous.

www.elevagessansfrontieres.org

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