Alain Chrétien, éleveur et dessinateur en Aveyron : Mes brebis espiègles sont ma source d'inspiration »

Bernard Griffoul

Alain Chrétien détend nos zygomatiques tous les mois avec son dessin humoristique dans Pâtre. Passion qu'il conjugue avec celle du mouton.

Pas un lecteur de Pâtre qui ne connaisse Alain Chrétien. Tous les mois, il nous raconte des blagues. Plus exactement, ce sont les brebis qui prennent forme sous son crayon qui font passer ses messages, un brin décalés et parfois plaisamment grinçants. Le dessin du mois, c'est lui. Et si les mots ciselés et les mines joviales de ses brebis font si souvent mouche, c'est parce qu'il les connaît à la perfection. Alain Chrétien est éleveur à Sainte-Eulalie-de-Cernon depuis plus de vingt ans sur le Larzac avec la race Blackface en plein air intégral. Et dans le genre, ses bestioles sont plutôt « futées, soutient-il. Le caractère des Blackface fait penser un peu à celui de la chèvre, elles sont espiègles. On n'a pas droit à l'erreur. J'ai les meilleures clôtures du plateau. »
A la réflexion, il pense que l'inspiration lui vient de ses brebis. Il les observe beaucoup. Et il voit dans son troupeau autant de caractères que d'individus : il y a « les sympas, les simplettes, les fourbes, les affolées, celles qui chargent… » Bref, tous les comportements… humains, y compris moutonniers. « J'aime mettre en évidence les contradictions, les pousser jusqu'au bout de leur logique. » Mais toujours avec la limite propre aux meilleurs humoristes : « ne pas salir les gens ». Il y passe ses soirées. Un dessin finalisé, avec les couleurs à l'aquarelle, peut lui prendre quatre à cinq heures. Et il en produit une centaine par an. Sans compter le dessin classique, la peinture, juste pour lui.

Alain Chrétien a toujours un carnet à portée de main pour croquer une situation qui l'inspire et qui deviendra peut-être un dessin dans Pâtre. (B. Griffoul)

Alain Chrétien a toujours un carnet à portée de main pour croquer une situation qui l'inspire et qui deviendra peut-être un dessin dans Pâtre. (B. Griffoul)

Cahiers couverts de dessins

Le dessin est une vrai passion pour Alain Chrétien. Il dessine sans relâche depuis sa tendre enfance. Quand elle voulait qu'il se tienne tranquille, sa mère lui lançait déjà : « prend un crayon et va faire un dessin ». Bien lui en a pris. « C'est peut-être grâce à l'option dessin que j'ai eu mon bac », croit-il encore aujourd'hui. Vingt sur vingt, ça donne des points d'avance ! Et tout au long de sa scolarité, il a beaucoup fait rigoler les copains. Peut-être un peu moins les profs. Sauf un, son professeur de dessin au collège qui a su lui faire exprimer ses talents et… – il l'a su beaucoup plus tard – corrigé sa copie du bac ! Spirou, Pif Gadget, Pilote, Métal Hurlant ont illuminé son enfance et son adolescence.
C'est bien plus tard, en 1982, lorsqu'il suivait une formation agricole et que ses « cahiers étaient toujours couvert de dessins », qu'un formateur, Hubert Germain, également rédacteur pour Pâtre, lui a proposé de dessiner pour la revue. De fil en aiguille, le dessin d'actualité et d'illustration est devenue une vraie activité d'appoint et son style « ligne claire » s'est affirmé.

Les sécheresses qui se succèdent sur le Larzac depuis 2003 ont affecté l'autonomie fourragère de son exploitation. Il a déjà tenté de la vendre et se pose de nouveau la question, las également des contraintes administratives de plus en plus pesantes. C'est d'ailleurs depuis 2003 qu'il a développé son activité de dessinateur et d'illustrateur qui, de secondaire, pourrait bien devenir principale.

 

Berger dessinateur

D'origine non agricole, Alain Chrétien s'est installé en 1986 après avoir fait le « tour de la France du midi » comme berger au cours duquel a grandi sa passion pour le mouton. Dessinateur autodidacte, il ne cesse de se perfectionner en participant à des ateliers de dessin et en suivant des formations.
Son troupeau est aujourd'hui composé de 260 brebis Blackface qui mettent bas courant avril. Il apprécie cette race pour sa capacité à s'accommoder de ses terrains difficiles (270 ha dont 30 cultivables) et du plein air intégral. Pas facile cependant, au pays de l'agneau laiton, de bien valoriser des agneaux d'herbe, vendus à 7-8 mois.

www.ferme-fatale.com

Source Réussir Pâtre Mars 2009

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