Appellation d'origine contrôlée : La Rigotte de Condrieu pense au renouvellement de ses fromagers

Damien Hardy

Avec un potentiel de consommation important à proximité, la rigotte de Condrieu cherche à se faire connaître au-delà de sa zone d'origine et déjà à renouveler ses fromagers fermiers.

La rigotte de Condrieu est dans la dernière ligne droite pour apposer le logo AOC (puis AOP) sur ses fromages. Après la reconnaissance de l'organisme de gestion en mai et la validation du plan de contrôle en juillet, la 13e appellation d'origine contrôlée caprine n'attend plus que la signature et la publication du décret par les ministres de l'Agriculture et de l'Économie. Depuis 1987 où l'association dépose le nom rigotte de Condrieu à l'Inpi, puis la demande officielle à l'Inao en 1998, l'AOC aura pris le temps de peaufiner son cahier des charges.

Zone d'appellation agrandie

« Au démarrage, la zone initiale qui n'incluait que quelques cantons autour de la ville de Condrieu était trop petite pour que l'AOC vive correctement » explique Claude Boucher l'actuel président du syndicat de défense de l'appellation Rigotte de Condrieu. « En faisant des recherches, nous avons vu qu'historiquement, les fromages de chèvres étaient collectés dans tout le massif par les coquetiers avec les autres produits de la basse-cour. Ces grossistes les revendaient ensuite à Condrieu pour y être expédiés par le Rhône ». De ce fait, la zone de l'appellation a été agrandie et se superpose maintenant pratiquement avec celle du parc naturel régional du Pilat.
Même si le massif du Pilat ne dépasse pas les 1 500 mètres d'altitude, la zone est caractérisée par des pentes assez marquées qui lui donnent un petit caractère montagnard. Véritable balcon au-dessus de la vallée du Rhône, le Pilat a des sols acides et peu profonds qui accueillent essentiellement des bois et des pâtures.

Le cahier des charges de l'AOC comprend des obligations sur la conduite du troupeau, l'alimentation des animaux et la transformation fromagère. « La contrainte d'utilisation d'aliments issus à 60 % de la zone jusqu'en 2014 puis à 80 % à partir de 2015 est celle qui inquiète le plus les éleveurs » décrit Claude Boucher. En effet, dans cette zone accidentée, herbagère et séchante, assurer son autonomie alimentaire n'est pas le plus facile.
Qui dit cahier des charges dit contrôles. Or « en 1998, au commencement de la demande de protection AOC, on était loin d'imaginer des contrôles aussi précis et rigoureux qui entraîneraient de tels frais » décrit Claude Boucher. « Pourtant, théoriquement, tout ce qui est écrit dans le cahier des charges doit être contrôlable. Mais les contrôles ne doivent pas décourager les petits producteurs de rigotte car c'est leur diversité qui crée la richesse de l'appellation. Les producteurs qui vendent directement leur fromage sur les marchés sont l'âme de la rigotte, il ne faut pas les contraindre avec trop de lourdeur administrative. »

Claude Boucher, le président du syndicat de défense de l'appellation, rigotte de condrieu, doit déjà relever le défi de l'installation et du renouvellement des fromagers. (D. Hardy)

Claude Boucher, le président du syndicat de défense de l'appellation, rigotte de condrieu, doit déjà relever le défi de l'installation et du renouvellement des fromagers. (D. Hardy)

 

Efforts en communication

Pour limiter cette contrainte de contrôle, le syndicat de défense de l'appellation a proposé un enregistrement simplifié en concertation avec les autres AOC caprines du Sud. Le producteur écrit son processus de fabrication sur ses cahiers d'enregistrement de fromagerie et d'étable et n'enregistre que les changements ou les anomalies.
Maintenant que le cahier des charges et le plan de contrôles sont validés, le syndicat de défense va consacrer ses efforts sur la communication. Pour faire connaître l'AOC, la rigotte compte déjà sur « la fête du vin et de la rigotte » qui se tient chaque 1er mai et qui amène à Condrieu une dizaine de milliers de personnes. Ensuite, en plus des tracts et panonceaux, l'AOC compte se faire parrainer par des restaurateurs de la région pour proposer des recettes originales à base de ce petit palet au goût de noisette et à la texture onctueuse. « Le but de l'AOC est de mettre en valeur ce fromage respectueux des consommateurs, des animaux et de l'environnement » décrit le président. Pour sa première année de fonctionnement, 50 à 60 tonnes de fromages devraient être vendues sous appellation. Actuellement, 105 éleveurs de plus de vingt chèvres sont sur la zone AOC, soit 10 000 chèvres environ et un potentiel de plus de sept millions de litres de lait. De quoi produire potentiellement 700 tonnes de rigotte.

Actuellement, une vingtaine de fromagers fermiers cotisent à l'organisme de défense et de gestion (ODG). « Mais tous les fermiers ne se sont pas encore impliqués dans la démarche AOC » se rassure Claude Boucher. L'ODG de l'appellation s'est voulu équilibré entre producteurs fermiers et laitiers en accueillant dans son conseil d'administration six fermiers, quatre laitiers et deux représentants des artisans. La fromagerie du Pilat, le seul industriel engagé dans l'appellation, est ainsi appelée à jouer un rôle de locomotive dans le développement de la Rigotte.
A quelques dizaines de kilomètres de Lyon, aux portes de Saint-Etienne et à deux pas de Valence, la zone de fabrication a l'avantage d'être au centre de trois pôles de consommation important. L'arrivé de l'AOC devrait ouvrir la porte à une commercialisation plus lointaine, au-delà de l'espace régional. « Ce petit fromage de 30 à 40 grammes a aussi l'avantage, qu'une fois mis sur la table, il est rapidement mangé par la famille sans retourner au réfrigérateur » décrit Claude Boucher qui vend lui-même sur les marchés et aux grossistes.

Remplacer ceux qui partent

Pourtant, malgré ses atouts, la toute jeune appellation doit maintenant faire face au défi de l'installation et du renouvellement des fromagers. « Sur une cinquantaine de producteurs fermiers, à peine une dizaine ont moins de 40 ans » s'inquiète le président lui-même âgé de 40 ans.
Or pour arrêter l'érosion des producteurs fermiers, il faudrait installer de nouveaux ateliers et remplacer les fromagers qui vont partir. Mais la transmission des fromageries n'est souvent pas envisagée car l'atelier de fabrication est très lié à la maison d'habitation. C'est par exemple le cas chez Alain Jury, l'ancien président du syndicat qui a largement contribué à la reconnaissance de la rigotte. Ensuite, à cause de la proximité des centres urbains de Lyon et de Saint-Etienne, le prix du foncier atteint des sommets et les terres disponibles se font rares. Par exemple, le département de la Loire perd 1000 ha par an à cause de l'urbanisation.
Pour lutter contre cette érosion de producteurs fermiers et redynamiser le territoire, le syndicat de défense de l'appellation aimerait réitérer la dynamique créée par le Pida* de 1994. Pour cela, il peut compter sur la forte implication des chambres d'agriculture, des collectivités locales et du parc naturel régional. Le syndicat envisage aussi à plus long terme de créer une structure de commercialisation des fromages en commun pour libérer les fromagers fermiers de cette tâche et proposer les fromages au-delà de la région Rhône-Alpes.

• Programme intégré de développement agricole

Source Réussir La Chèvre janvier-février 2008

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