Assemblée générale de l'Anicap : Un plan de bataille pour pérenniser l'élevage caprin

Damien Hardy

L'interprofession nationale caprine va de l'avant et prépare le plan de pérennisation de la filière. Trois fronts d'attaque sont en préparation pour relancer l'élevage : l'installation, la technique et la communication.

Halte à la sinistrose, à la désaffection des élevages de chèvre, aux baisses de revenus et aux
importations massives de lait ! L'Anicap, l'Association nationale interprofessionnelle caprine,
veut pérenniser la filière et a élaboré un plan de bataille pour y parvenir.

Améliorer le revenu par la technique

Réunis le 24 juin dernier pour l'assemblée générale de leur interprofession, les trois collèges
de la filière caprine (producteurs, laiteries coopératives et laiteries privés) ont affiché un
front commun pour redynamiser l'élevage de chèvre. « Nous ne pouvons pas accepter de
voir la production nationale de lait de chèvre baisser alors que la part des importations
progresse, de voir la déprise des métiers de l'élevage caprin et de voir la difficulté de
nombreux éleveurs à en tirer un revenu décent » s'alarmait Jacky Salingardes, le président
de la Fnec et de l'Anicap, dans son rapport moral.
Il fallait réagir. Car une fois le constat partagé, il reste à tout mettre en oeuvre pour inverser
la tendance. Objectifs visés : assurer un bon revenu aux producteurs et limiter les
importations de lait à 15 % de la collecte nationale.
Pour cela, le plan de pérennisation prévoit une série d'actions nationales et locales
applicables dès cet automne dans les différents bassins de production.
Au niveau national, le plan prévoit d'harmoniser les indicateurs technico-économiques afin
de développer des outils communs de diagnostic et de conseil. L'enjeu est de mettre plus
de technique dans les élevages (contrôle laitier, conseils…) pour augmenter les revenus et
optimiser le travail.






Dans le cadre de la présidence tournante de l'interprofession, Jacky Salingarde, président de la Fnec, passera la main dès cet automne au collège des laiteries coopératives. (D. Hardy)

Dans le cadre de la présidence tournante de l'interprofession, Jacky Salingarde, président de la Fnec, passera la main dès cet automne au collège des laiteries coopératives. (D. Hardy)

 

Approfondir les causes des arrêts d'exploitation

Afin de sécuriser les passages délicats dans la vie de l'exploitation, une étude cherchera à
approfondir les causes des arrêts et notamment les arrêts précoces d'activité.
La transmission des ateliers caprins n'étant pas toujours aisée, l'Anicap va mener des
enquêtes régulières recensant les cédants et les candidats à l'installation à l'horizon de trois
ans. Des fascicules pratiques seront créés à l'intention de ces cédants et candidats et le
guide à l'installation sera remis à jour. Enfin, un répertoire national des exploitations caprines
à reprendre sera mis en place en partenariat avec les Adasea.
Pour positiver le discours et l'image des éleveurs caprins, le plan prévoit de s'appuyer sur
des éleveurs témoins qui seront le reflet positif de la profession auprès des médias et de
futurs installés. Cette communication sera renforcée par des actions auprès de la presse et
par l'édition d'une brochure être éleveur caprin aujourd'hui. Les responsables
professionnels de chaque département seront également appelés à devenir les
ambassadeurs de l'optimisme de la filière caprine en allant défendre les élevages de
chèvres auprès des banquiers, des financeurs ou des CDOA.





Enfin, les centres de formations ne seront pas oubliés et l'Anicap prévoit de créer un
module d'intervention pour les établissements scolaires agricoles.
Bref, ce plan ambitieux, qui sera mis en place en 2008 et 2009, donnera des perspectives
positives et un nouveau souffle aux éleveurs motivés. « Mais pour gagner le pari du plan de
pérennisation, la collaboration active de l'ensemble des acteurs de la filière sera nécessaire
» soutient Jacky Salingardes en appelant toutes les bonnes volontés et en particulier les
interprofessions régionales et les techniciens de contrôle laitier, de chambres d'agriculture
ou de laiteries à se mobiliser pour la mise en oeuvre du plan. « Toutes les régions qui
veulent continuer à produire du lait demain doivent se sentir concernées et enclencher le
pas » exhorte le président de l'Anicap.




Suivi technique et hausse progressive des prix

Les entreprises laitières, privées comme coopératives, semblent prêtes à jouer le jeu du
plan de pérennisation en renforçant et coordonnant mieux les appuis techniques. « Les
producteurs suivis font plus de lait et la quantité de lait est corrélée au revenu » défend
Patrick Charpentier du collège des coopératives laitières.
Mais si le renouveau de la filière passe « par l'amélioration de l'accompagnement technique
des éleveurs, il passe aussi et surtout par le prix du lait, rappelle Jacky Salingardes. Les
hausses du prix de base de 45 à 70 euros accordées à partir de fin 2007 par une grande
majorité des entreprises ne suffisent pas. Les coûts des aliments continuent d'augmenter,
si bien que les hausses de prix du lait consenties en début d'année ne permettent pas de
couvrir ces augmentations. A cet égard, la situation de nombreux éleveurs est
préoccupante et il ne paraît pas raisonnable de mettre en place un plan de pérennisation de
la filière sans tenir compte du prix du lait. »



Propos bien entendus par les laiteries mais qui ne cachent pas non plus leurs difficultés à
répercuter les hausses du coût de leur matière première sur la grande distribution. « Tous
les consommateurs de fromages de chèvre ne sont pas insensibles au prix, signale
Dominique Verneau qui représente les laiteries privées, et il y a un risque que les fromages
de milieu de gamme disparaissent au profit des très haut de gamme et des produits
basiques ». « La hausse des prix du lait se doit d'être progressive pour ne pas casser les
dynamiques de consommation des fromages de chèvres » renchérissait Jean-Jacques
Labbe du collège des coopérateurs.
Car pour être efficace, le plan de relance ne pourra pas faire l'impasse sur la situation
économique des élevages.


Source Réussir La Chèvre Juillet-Août 2008

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