Association Agno'Interpro : Une opération commerciale pour doper l'agneau de Roquefort

Bernard Griffoul

Par le biais d'une association interprofessionnelle regroupant les opérateurs de la filière et d'une opération commerciale, l'agneau de Roquefort tente de rompre avec la spirale de la chute des cours.

Tous les ans, à la saison où l'agneau de Roquefort apparaît sur le marché, on lui fait grief de tirer les cours vers le bas. Bien consciente que son produit est dévalorisé, car il se substitue à l'agneau d'import, et perturbe l'ensemble de la production ovine française, la filière a décidé de réagir pour tenter d'inverser la tendance.

L'agneau de Lacaune  : tous les ans de gros volumes à mettre en marché et pas assez de débouchés. (DR)

L'agneau de Lacaune : tous les ans de gros volumes à mettre en marché et pas assez de débouchés. (DR)

Une stratégie pour éviter l'effondrement

Une opération de promotion collective, programmée sur plus de 30 000 agneaux dans 2000 points de vente, a été menée pendant quatre semaines cet hiver (semaines 7 à 10) pour booster le prix de l'agneau et ainsi engager la campagne sur de meilleures bases.
« Le problème est que le marché du Lacaune se casse la figure dès les premières semaines car nous avons de gros volumes d'agneaux à mettre en marché et pas les débouchés, explique Hubert Charlas de la société Bigard à Castres. Si on crée le débouché par des opérations commerciales, les magasins vont continuer à suivre pendant toute la saison. L'objectif est de déconnecter le prix du Lacaune du prix de marché, de partir avec des prix relativement élevés en début de campagne pour éviter l'effondrement. Pour remplacer l'agneau d'import par du Lacaune, les grandes surfaces sont prêtes à mettre 30 centimes d'euro de plus parce que c'est de l'agneau français, parce que c'est une viande claire, jeune. Mais, les arguments qualitatifs ne suffisent pas aujourd'hui. Il faut amener autre chose. »

Autre chose, c'est-à-dire une image qui donne envie d'acheter. Souvent encore étiqueté comme une production industrielle, la filière veut redonner ses lettres de noblesse à « l'agneau du patrimoine Lacaune » en le positionnant comme une production traditionnelle, un agneau de pays faisant partie intégrante du patrimoine régional. Pour cela, la filière va reverser un euro par agneau commercialisé à la Fondation du patrimoine qui utilisera cet argent pour restaurer des éléments emblématiques du patrimoine pastoral, comme des lavognes (point d'eau traditionnel sur le causse). Un engagement en faveur du patrimoine rural qu'elle utilisera comme un argument de vente par le biais de conférences de presse, d'un évènement au Salon de l'agriculture, de publicité sur les lieux de vente…

 

Faire tourner les outils avec un appro sécurisé

Ce premier pas pour casser le cercle vicieux de la chute des cours est l'aboutissement d'un long cheminement pour ressouder tous les maillons de la filière qui s'est concrétisé à l'automne 2006 par la création de l'Association interprofessionnelle de promotion des agneaux du bassin de Roquefort (Agno'InterPro). La filière n'en était pas à sa première tentative. Elle avait créé quelques années plus tôt un GIE de promotion ovine qui avait lancé le projet d'une CCP (Certification de conformité produit). Projet qui s'est soldé par un « constat d'échec », reconnaît Jérôme Redoulès, président de la nouvelle association interprofessionnelle. Faute d'y avoir associé les abatteurs qui ne se sont jamais approprié cet outil. Cette première tentative a néanmoins permis de faire avancer la réflexion et d'amener les abatteurs à la nouvelle table interprofessionnelle. L'association regroupe la quasi-totalité d'entre eux aux côtés des collèges naisseurs et engraisseurs.

« Les abatteurs ont pris conscience de la difficulté d'approvisionnement qu'ils vont avoir pour faire tourner leurs outils, que les agneaux soient issus du bassin allaitant ou laitier », explique Jérôme Redoulès. Ce que confirme Hubert Charlas : « Nous avons besoin de sécuriser notre approvisionnement ». Depuis la création de l'association, les rencontres se sont multipliées. « Dans un premier temps, nous avons monté une promotion pas trop coûteuse qui devrait donner une impulsion au prix de l'agneau », affirme Jérôme Redoulès. L'association dispose d'un budget de 70 000 euros : elle en a consacré la moitié à l'événement promotionnel de cet hiver 2007-2008, qui bénéficie d'un soutien financier d'Interbev ovins.

Organiser le marché par la concertation

« C'est l'exemple type du partenariat que nous souhaitons mettre en place entre l'amont et l'aval, affirme Hubert Charlas, très motivé sur cette démarche. Jusqu'à cette année, on n'avait aucune lisibilité de la production et des quantités à mettre en marché. On ne pouvait pas bâtir une politique commerciale sans être sûr d'avoir la marchandise. Le plus dur a été de faire comprendre aux engraisseurs que ce n'était pas le jour où les agneaux sortaient de l'atelier d'engraissement qu'il fallait se préoccuper de les vendre. » Cette année donc, les engraisseurs adhérents à Agno'InterPro se sont engagés sur les volumes d'agneaux qu'ils pouvaient tenir à disposition des abatteurs pendant les quatre semaines de l'opération commerciale, charge à ces derniers de les mettre en marché. « En faisant ainsi, on peut travailler », se réjouit Hubert Charlas.

A l'avenir, ce sera donc bien la capacité de la filière à s'organiser, à planifier la mise en marché, à tenir ses engagements, à mettre en avant cet agneau du pays plutôt que de jouer la concurrence avec les animaux d'import, à « le placer de façon intelligente et concertée », qui lui permettra d'assainir le marché. Bref, « être soudés » pour « reprendre la main sur la grande distribution » et qu'on cesse de « dénigrer » l'agneau de Roquefort pour mieux le casser, espère Jérôme Redoulès. Quand, en France, on ne produit que 35 % des agneaux consommés dans le pays, « peut-on se passer des 8 à 10 % que représentent les agneaux de Roquefort ?, interroge-t-il. Cette nouvelle façon d'organiser l'offre ne serait-elle pas une solution pour revaloriser nos produits, d'une manière plus générale ? » La nouvelle interprofession a donc bien l'intention de jour ce rôle « d'organisation du marché » en faisant en sorte que « les abatteurs discutent entre eux, s'engagent vis-à-vis de la filière et partagent le même but ». Si l'association n'a ni les moyens ni la volonté d'imposer quoi que ce soit, elle compte sur la prise de conscience de chacun qu'il y a une « obligation de réussite » car il y va de la survie de la production ovine française.

Source Réussir Pâtre Mai 2008

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