Au Canada, la prédation a un effet indirect sur le poids des agneaux

p D’après Ecology Letters, Pierre Masse, université de Sherbrooke - Réussir Pâtre Octobre 2011

Au Canada, la prédation a un effet indirect sur le poids des agneaux

Une étude scientifique a prouvé que les prédateurs peuvent influer le poids des animaux chassés, avec pour effet une hausse de la mortalité en hiver.

Élevage ovin au Canada

Le prédateur le plus présent au Canada n’est pas le couguar mais le coyote. On y trouve aussi les chiens domestiques, les loups, les ours, les lynx et les oiseaux de proie. Autrefois répandu au Québec, le couguar n’est rencontré qu’en Colombie-Britannique et en Alberta. Sur le reste du continent, l’espèce est en voie d’extinction. L’élevage ovin canadien est constitué de 11 000 éleveurs qui produisent 789 500 agneaux. En autoconsommation, ils couvrent 50 % de la demande. Depuis deux ans, la demande a augmenté de 10 %. Les organismes nationaux travaillent sans relâche afin d’encourager les producteurs à augmenter leurs troupeaux. En dépit de la compensation pour les producteurs en Ontario, la prédation demeure le facteur limitant le plus important pour la croissance car les producteurs n’ont pas les outils nécessaires pour la prévenir et la gérer. Les producteurs sont également inquiets en ce qui concerne l’information : celle-ci, enregistrée par les ministères provinciaux, sous-estime les pertes d’animaux. L’Alberta a payé près d’un million de dollars en 2007 pour des réclamations de prédation, l’Ontario 1,33 million.

Des biologistes de l’université canadienne de Sherbrooke et de l’université française de Lyon ont découvert qu’en Amérique du Nord, durant des périodes de prédation de couguars, les agneaux mouflons sont moins gros que d’habitude. C’est la première fois que des chercheurs quantifient un effet indirect de la prédation alors même que les effets directs sont bien documentés. Ces résultats auraient des conséquences sur les plans de réintroduction de certains prédateurs dans plusieurs régions du monde. En trente ans, la population de mouflons d’Amérique de Sheep River en Alberta a chuté de 160 à moins de 30 individus. L’explication : une pneumonie et trois périodes d’intense prédation par des couguars. En plus de tuer des mouflons, les couguars ont eu un effet indirect sur les agneaux, qui pesaient en moyenne 8 % de moins qu’en période normale. « Cette baisse du poids des agneaux a des répercussions sur leurs chances de survivre à l’hiver, ce qui accroît la baisse de la population, en plus de ceux qui sont tués par les couguars », estime la professeure Fanie Pelletier.
Ces résultats sont importants pour évaluer l’effet d’un prédateur sur la dynamique d’une population, car les proies vont modifier leur comportement de façon à éviter la prédation. « Les mouflons vont payer un coût énergétique en évitant les zones de prédation qui sont aussi les plus nourrissantes », explique le professeur Marco Festa-Bianchet. Les chercheurs ont ainsi observé l’abandon des collines l’hiver au profit des montagnes que les mouflons occupaient l’été. Ce type de modification du comportement à la suite du risque de prédation est observé par d’autres scientifiques chez d’autres mammifères, mais c’est la première fois qu’un effet indirect est mesuré. « Avant, on pensait que les animaux choisissaient leur habitat selon la nourriture. Maintenant, c’est pour éviter les habitats dangereux », renchérit le biologiste.

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Au Canada, certains couguars se spécialisent dans la prédation de mouflons. (DR)

Poussés vers les falaises

Pour mesurer de tels effets, les chercheurs ont pu compter au fil des ans sur la modification des stratégies de chasse de trois couguars alors que normalement ils ne chassent que des cerfs, des wapitis ou de jeunes orignaux.
Sans que les spécialistes sachent encore pourquoi, il arrive qu’un individu se spécialise dans la prédation des mouflons. « Ils les surprennent alors par le haut des falaises et les poussent à s’enfuir vers le bas où ils sont plus vulnérables, explique la professeure Pelletier. Nous retrouvons d’ailleurs les corps de ces victimes d’attaque au pied des falaises. » 

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