Bien-être ou stress ? : Comment apprécier et en tenir compte

Céline Tallet, Inra

Le stress agit sur les performances et sur la qualité de la viande. Prendre en compte le bien- être de l'animal peut permettre à l'éleveur de mettre en avant non seulement son savoir-faire, mais aussi son « savoir-être » pour le respect de l'animal.

Un sondage de la Commission européenne publié en juin 2005 révèle que 41 % des
Français pensent au bien-être des animaux lorsqu'ils achètent de la viande et que 64 %
jugent que les pouvoirs politiques n'y accordent pas assez d'importance. Les Français se
sentent donc concernés par cette question. L'obligation d'élever les animaux dans des «
conditions compatibles avec les impératifs biologiques de l'espèce » est d'ailleurs inscrite
dans notre code rural.
L'élevage ovin bénéficie d'une image très positive auprès de l'opinion publique puisque seuls
6 % des Européens pensent que le bien-être des moutons doit être amélioré, loin derrière
les poules pondeuses, les poulets ou les porcs. La plupart des consommateurs ont l'image
idéalisée d'un mouton pâturant l'herbe verte… Pourtant, il peut aussi souffrir de mal-être.
Tous les ovins ne sont pas élevés en plein air, et élevage extensif n'est pas toujours
synonyme d'élevage idéal.








L'élevage extensif ou de plein air se révèle parfois source de stress en cas de sous nutrition ou lors de la conduite des animaux. (DR)

L'élevage extensif ou de plein air se révèle parfois source de stress en cas de sous nutrition ou lors de la conduite des animaux. (DR)

Qu'est-ce que le bien-être d'un animal ?

L'absence de faim, de soif, et de souffrances physiques n'est pas une définition suffisante
du bien-être.
Les animaux sont des êtres sensibles, il faut donc également y inclure l'absence de
souffrances psychologiques (par exemple, la peur). La définition généralement admise est
celle donnée par un organisme britannique, le Farm Animal Welfare Council.
Dans l'idéal, les animaux doivent être élevés en respectant cinq besoins fondamentaux :
- absence de faim et de soif, grâce à un accès permanent à de l'eau propre et à de la
nourriture, pour un maintien en bonne santé et en pleine vigueur,
- absence d'inconfort, avec un environnement adapté incluant un abri et une aire de repos
confortable,
- absence de souffrance, de blessures et de maladies, grâce à une prévention, un
diagnostic et un traitement rapides,
- possibilité d'exprimer un comportement naturel, avec un espace suffisant, des installations
appropriées et la présence de congénères,
- absence de peur et de détresse, en assurant des conditions et un traitement qui évitent
toute souffrance mentale.







En bergerie, le repos des agneaux en commun révèle l'absence de stress. (DR)

En bergerie, le repos des agneaux en commun révèle l'absence de stress. (DR)

 

De quoi dépend le bien-être d'un mouton ?

Le bien-être du mouton dépend de sa perception de son environnement. Les moutons ont leur
propre perception de leur monde, liée à leurs capacités sensorielles et cognitives, à leur
organisation sociale… Chaque individu va aussi être plus ou moins sensible à certains
événements, certains étant curieux et d'autres plus craintifs, les femelles étant plus sensibles
à l'isolement social que les mâles, etc. Les conditions respectueuses du bien-être doivent donc
se définir au niveau de l'espèce et de l'individu.

Une place suffisante au râtelier est un confort apprécié. (DR)

Une place suffisante au râtelier est un confort apprécié. (DR)

 

Par quoi le bien-être peut-il être affecté ?

Les plus grosses sources de stress chez les moutons sont les manipulations brutales, le
comportement des chiens, la subordination sociale, le sevrage et la sous-nutrition. D'autres
sources existent, ayant des conséquences moins durables, mais affectant le bien-être
ponctuellement, comme le transport, le tri, la tonte, le curage des sabots… Tout ce qui affecte
l'équilibre social est néfaste pour le mouton (sevrage, isolement, ré-allotement…).

 

Comment se manifeste le mal-être ?

Des événements négatifs peuvent affecter la reproduction, détériorer la croissance
corporelle et celle de la laine, diminuer la qualité de la viande, réduire les défenses
immunitaires et augmenter les infections parasitaires et les boiteries. Un mouton qui ne se
sent « pas bien » va avoir un comportement bizarre (tête et oreilles basses, bêlements
anormaux), une activité réduite, il ne s'alimentera pas ou peu, et il aura un rythme d'activité
différent de ses congénères (il se mettra plus souvent en position couchée…).
Le niveau de bien-être va être apprécié par de nombreuses observations du comportement
et de l'état général de l'animal (blessures…), ainsi que par des mesures physiologiques : le
taux de cortisol, la fréquence cardiaque peuvent être des indicateurs de niveau de stress.




Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Pâtre d'août-septembre 2008 « Le bien-être animal et ses pratiques ».
(R. Pâtre n°556, p. 19 à 32).

Source Réussir Pâtre-Septembre 2008

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