Conduite d'élevage : Des logiciels pour mieux gérer son troupeau

Damien Hardy

Avec l'augmentation de la taille des troupeaux et des tâches administratives, les éleveurs s'équipent de logiciels pour suivre la carrière de leurs animaux et être à jour vis-à-vis de la réglementation sans trop s'encombrer de papiers.

De plus en plus d'éleveurs mettent une souris dans leur troupeau et s'équipent de logiciels spécifiques. Les atouts d'un logiciel de gestion de troupeau sont multiples. D'abord, il permet de simplifier les contraintes administratives. L'inventaire du troupeau se fait en un clic. Les mouvements d'animaux peuvent être notifiés à l'EDE facilement, rapidement et en limitant les risques d'erreur de saisie. Les carnets sanitaires où doivent être enregistrés tous les traitements ont également leur utilité en version électronique. Il est plus facile de retrouver un événement sanitaire arrivé à une chèvre en cliquant dans le logiciel plutôt qu'en épluchant page par page son carnet papier…
En enregistrant toutes les données, soit en ligne, soit sur un disque dur, le logiciel contribue à limiter le volume de papier. « Rien qu'avec les résultats mensuels, les fiches carrières et le listing des déclarations, les éleveurs au contrôle laitier officiel arrivent vite à remplir leurs armoires de papiers qu'ils ne consultent pas forcement par la suite » explique Lynda Jourdain du contrôle laitier des Deux-Sèvres qui a participé au développement de Caplait.
Les logiciels de gestion de troupeau sont aussi de formidables outils pour trier facilement les animaux. Chaque chèvre ayant une « fiche » avec toutes ses données, il est facile de les classer selon leur production laitière, leur taux, leur index génétique ou leur date de mise bas.

Sur les 250 000 exploitants professionnels qui vivent de l'agriculture en France, 220 000 seraient équipés d'un ordinateur à usage familial et 120 000 d'un logiciel professionnel. (D. Hardy)

Sur les 250 000 exploitants professionnels qui vivent de l'agriculture en France, 220 000 seraient équipés d'un ordinateur à usage familial et 120 000 d'un logiciel professionnel. (D. Hardy)

Trier, organiser, archiver les informations

En paramétrant son logiciel, on peut aussi ajouter des événements propres qu'il peut être utile d'archiver : pertes de boucle, mamelles pendantes, poids, chèvre longue à traire… Ensuite, avec son troupeau virtuel, rien de plus simple que de les trier en fonction des critères souhaités pour préparer les inséminations, choisir les chèvres à réformer ou voir quelles chèvres traire en dernier.
« Les logiciels aident les éleveurs à collecter, hiérarchiser et interpréter les informations » explique Elise Deprey-Demaret, responsable communication d'Isagri, le leader européen des logiciels agricoles. En centralisant les informations de reproduction, sanitaire et de généalogie, on peut ensuite plus facilement réaliser des bilans de chaque animal ou du troupeau entier. Directement sur le logiciel ou en exportant les données sur un tableur, il est possible de faire des calculs approfondis, des moyennes ou des graphiques qui rendent comptent des performances de l'animal ou du troupeau. L'intérêt de l'opération étant de voir ses résultats sur plusieurs années pour faire une analyse historique de ses performances. Les données d'élevages pouvant être reliées aux données comptables, il est possible d'identifier les coûts de production et analyser, par exemple, le coût de revient de la ration ou d'un traitement vétérinaire.

Synchroniser les données

En élevage caprin, deux logiciels sont surtout présents : Isachèvre d'Isagri et Caplait du contrôle laitier. Depuis peu, des portails web ovin caprin, mis en place par les Arsoé, permettent de notifier les mouvements des animaux et font parfois office de logiciel de troupeau (voire encadré « plus simple qu'une lettre à la poste » p. 27).
« Avant de choisir un logiciel, il faut d'abord définir ses besoins : administratifs, techniques ou comptables ? » recommande Jean-Marc Gautier de l'Institut de l'élevage qui tient à jour une liste des logiciels jugés conformes à la réglementation pour le volet sanitaire sur le site www.inst-elevage.asso.fr. La question du coût entre aussi en ligne de compte. « Attention à différencier le coût initial du coût à l'usage qui comprend la maintenance, la formation, les consommables… » prévient Jean-Marc Gautier.
L'éleveur qui s'équipe doit également être particulièrement vigilant à la possibilité d'échanger facilement des données avec ses partenaires (contrôle laitier, centre comptable…). L'idée étant de n'avoir aucune saisie à réaliser soi-même. Pour cela, les éditeurs de logiciel ont mis en place une norme AgroEDI pour le transfert d'informations agricoles. En élevage, France génétique élevage conduit en ce moment le projet EDEL, Echanges de Données avec les Eleveurs, pour que les éleveurs (et les éditeurs de logiciel) puissent facilement récupérer les données (IA, repro, contrôle laitier) qui les concernent. En caprin, cette norme d'échange de données devrait normalement être mise en place avec le déploiement de SIECL à la fin de l'année 2010.

Pour certains éleveurs, les logiciels d'élevage sont devenus des outils aussi indispensables que la machine à traire. (D. Hardy)

Pour certains éleveurs, les logiciels d'élevage sont devenus des outils aussi indispensables que la machine à traire. (D. Hardy)

 

S'équiper et se former

Pour utiliser pleinement son logiciel, il est conseillé de suivre une formation et de rencontrer d'autres utilisateurs. « Certaines fonctions de Caplait sont sous-utilisées » regrette ainsi Lynda Jourdain, qui appelle par exemple à enregistrer des événements (perte de boucle, toxémie…) pour pouvoir s'en resservir par la suite. Aucune application informatique n'étant à l'abri d'une panne, ne pas oublier de faire régulièrement des sauvegardes de ses données.
Pour un usage serein de l'informatique, il est également recommandé de s'équiper d'un ordinateur dédié à cet usage professionnel que l'on placera dans bureau spécifique avec des rangements. En plus des logiciels de gestion de troupeau, de rationnement ou de comptabilité, un ordinateur relié à un internet ouvre sur une multitude de service et d'informations allant de la météo au forum spécialisé en passant par les sites spécialisés comme www.la-chevre.fr. L'ordinateur portable a l'avantage de pouvoir être emmené n'importe où, même dans la chèvrerie, la laiterie ou la fromagerie. Dans ce cas, gare aux matériels qui ne supportent pas toujours très bien les chocs, les écarts de température et l'humidité excessive…
Pas forcement évident de se mettre à l'informatique alors que le métier de l'éleveur s'imagine plutôt dehors ou au milieu des chèvres. Pourtant, en tirant parti de ses données d'élevage, c'est une nouvelle façon de travailler qui se dessine. « Nous n'aurions jamais cru nous servir autant que ça de l'informatique » témoignent Aline et Bernard Berger, éleveurs dans la Drôme de 56 et 60 ans. « Pour nous, c'est un moyen obligatoire pour s'en sortir et passer moins de temps dans les papiers ».

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir La Chèvre mars/avril 2010. (La Chèvre n°297, p. 20 à 27)

Source Réussir Vigne Avril 2010

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