Conduite des élevages : La simulation informatique explore l'intérêt des lactations longues

Damien Hardy

L'Inra développe un monde virtuel caprin qui simule l'impact des troupeaux en production. Une communication scientifique aux 3R fera le point sur l'avancée de cette modélisation.

Un troupeau sur son micro. C'est ce qu'essaye de recréer l'Inra en développant un simulateur
informatique qui imite un troupeau en production. Ce simulateur, encore en développement, est
basé sur les connaissances acquises par l'Inra sur la physiologie de la chèvre ainsi que sur
les connaissances acquises par les différents organismes de développement comme l'Institut
de l'élevage sur les pratiques des éleveurs laitiers de Poitou-Charentes.

Lactations longues et fertilité

Le troupeau virtuel permet de tester différents choix de conduite (mise à la reproduction,
réforme, alimentation…) et de générer un grand nombre de résultats au niveau individuel ou
du troupeau (production laitière, poids vif, longévité…). « Ce genre de modèle informatique
est déjà utilisé en bovins laitiers mais c'est la première fois en chèvres laitières » décrit
Laurence Puillet qui réalise une thèse de trois ans sur le développement de ce modèle à
l'Inra. « Le programme combine la biologie de chaque animal avec les pratiques d'éleveurs
» explique Laurence Puillet. Tout en restant une représentation simplifiée de la réalité, le
simulateur est complexe et le temps de simulation sur ordinateur peut prendre plusieurs
heures voire une journée pour calculer la production d'un troupeau sur une dizaine
d'années…

Dernièrement, Laurence Puillet a testé l'intérêt des lactations longues dans une
reproduction saisonnée. Sur un troupeau théorique et simplifié de 150 chèvres mises à la
reproduction en octobre pour des mises bas en mars, deux options ont été testées. La
première consiste à réformer systématiquement les femelles échouant à la lutte. Dans la
deuxième option, les femelles infertiles sont maintenues en lactation jusqu'à la prochaine
lutte (lactation longue). Le simulateur tourne sur deux années consécutives : une première
année avec une bonne fertilité de 85 % et une deuxième année avec une moindre fertilité à
70 %. Avec une bonne fertilité, les deux options de gestion des échecs permettent d'obtenir
le même niveau de production laitière (autour de 120 000 litres par an). Dans le cas de la
baisse de fertilité, la production diminue quelque soit la gestion des échecs de reproduction.
Le troupeau avec le maintien des femelles vides en lactation longue n'a connu qu'une
baisse de production de 8 % (109 700 litres) contre 17 % pour le troupeau avec réforme
(100 000 litres). « Ces résultats ne doivent pas être généralisés, prévient Laurence Puillet,
ils ont été obtenus pour un troupeau simplifié, simulé sur deux ans et pour une reproduction
en saison ».

 

Tester les rations et l'allotement

D'autres applications sont envisagées et le modèle informatique peut être utilisé pour vérifier
l'intérêt de l'allotement dans la distribution des aliments. Il permet aussi de tester l'effet de
différentes rations sur la production laitière mais aussi sur le poids vif ou la durée de vie de
l'animal. « Le modèle est utile pour étudier la capacité de retour à la normale d'un troupeau
suite à une baisse de fertilité ou une baisse qualitative ou quantitative de la ressource
fourragère » explique Laurence Puillet. Afin de vérifier la vraisemblance de ce modèle, les
résultats des simulations vont être comparés à ceux d'une quinzaine d'éleveurs de la
coopérative laitière de la Sèvre suivis par le BTPL. Un contrôle nécessaire pour que le
monde virtuel caprin garde une ressemblance avec la réalité.

Source Réussir La Chèvre Novembre-Décembre 2008

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