Dans le parc national des Écrins, dans les Alpes, les alpages face au changement climatique

Laurence Geffroy - Réussir Pâtre Janvier 2013

Dans le parc national des Écrins, dans les Alpes, les alpages face au changement climatique
L’alpage de la Surette dans les Hautes-Alpes. © L. Geffroy

Un partenariat entre les Parcs nationaux et les acteurs du pastoralisme permet d’en savoir plus sur le changement climatique et son influence sur la végétation.

Dans les vallées du Valgaudemar et du Champsaur, au cœur du Parc national des Écrins, l’élevage fait partie du paysage, avec 37 000 ovins et 1 800 bovins pour 300 exploitations. Située au nord des Hautes-Alpes, cette région est à la limite géographique entre les Alpes du Nord et les Alpes du Sud. Peu accessibles, les alpages ne sont pas tous gardés, ils sont parfois gérés « à la rage » par les éleveurs. Celui de la Surette, à La-Chapelle- en-Valgaudemar, fait exception.

Une bergère salariée s’occupe de 1100 brebis de juin à septembre, pour un groupement pastoral. Elle utilise trois quartiers. Mais outre ses tâches habituelles, en lien avec les brebis, elle fait également office de témoin du changement climatique. Car la particularité de cette estive, c’est sa fonction d’alpage sentinelle.
Il y a neuf alpages comme celui-ci sur le territoire du Parc des Ecrins, fruits d’un programme lancé il y a quatre ans, en partenariat avec les acteurs du pastoralisme (Cerpam, fédération des alpages de l’Isère, chambre d’agriculture). Associer éleveurs, bergers et environnementalistes autour d’un même projet ne paraît pas évident, mais l’opération a bien réussi car l’objectif numéro un est l’affaire de tous : comprendre et anticiper l’impact du réchauffement climatique sur le terrain.
Il existe des stations météorologiques automatiques en alpage, mais les informations recueillies par les bergers complètent les données. Qu’observent-ils ?

Diversité floristique mesurée

Outre la météo (pluie, neige, vent, gel…), ils regardent aussi l’évolution de la végétation et de la biodiversité. L’alpage de la Surette est un point d’observation depuis 2007. « C’est un lieu de travail commun des bergers, éleveurs et scientifiques », confirme Jean-Pierre Legeard, du Cerpam. Un pluviomètre situé dans la cabane permet à la bergère de relever les données qui sont ensuite comparées à celles de Météo France. « On tente de comprendre ce qui se passe au niveau de la végétation, de voir comment la météo influence la pousse de l’herbe. »
En 2011, par exemple, il y a eu un déficit de pluviométrie en fin d’hiver et début du printemps, mais de fortes pluies en juillet ont sauvé la saison d’estive, avec davantage d’herbe qu’en 2010. Il y a eu près de 190 mm sur l’alpage de Surette.
Pour compléter ces observations, les scientifiques examinent l’enneigement au travers d’images satellites. C’est un élément supplémentaire d’information sur l’apport en eau et sur un possible départ de la montée de la végétation. A la fin de la saison d’estive, un bilan est effectué en recoupant avec les informations de la bergère. La diversité floristique est aussi mesurée, comme l’explique Olivier Senn, écologue. « Regarder les espèces présentes entre deux points (25 mètres) permet de mesurer l’impact des pratiques pastorales sur le milieu. » En fin d’estive, une tournée partagée permet d’évaluer la consommation d’herbe. Christiane Chevillard est bergère sur cet alpage depuis seize ans, elle a donc une bonne idée de la ressource en eau et de l’évolution de la végétation.
Le comportement des brebis lui apporte d’ailleurs de précieux renseignements. Par exemple, des animaux de différents éleveurs peuvent se séparer. Dans ce cas, il faut parfois laisser faire. Les torrents formaient il y a quelques années des barrières naturelles que le troupeau traverse désormais. Vers le 15 août, les brebis cherchent normalement à descendre mais ces dernières années, elles veulent monter. Afin de mieux valoriser le quartier d’août, la bergère éclate son troupeau en trois lots pour qu’ils pâturent des zones jusqu’ici non utilisées. De même, elle a décidé d’explorer des zones très pentues à Surette, lorsque l’effectif du troupeau diminue, après les premiers tris de septembre.

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Années climatiques tendues

Le suivi des alpages sentinelles peut mettre en lumière une évolution des pratiques des bergers, mais aussi des éleveurs. Le Cerpam a ainsi noté que la montée des agneaux en alpage, pratiquée traditionnellement par certaines exploitations, se développe dans de nouvelles exploitations, tandis que d’autres éleveurs se posent des questions sur cette pratique. Elle a plusieurs causes : étaler la production dans une logique de vente directe toute l’année, différer la période de vente en raison des cours bas de l’été et de la mévente des agneaux à Pâques, profiter du marché de l’Aïd, développer les agnelages de printemps après une phase de transhumance hivernale, et réduire l’astreinte de travail l’été. Ces derniers temps, les éleveurs et bergers ont pu assister à une succession d’années climatiques tendues. L’effort d’observation du réseau des alpages sentinelles va permettre de mieux appréhender ces difficultés.

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