Débat : Un début de solution dans la gestion directe des loups en France ?

Laurence Geffroy

L'Académie d'agriculture a organisé le 11 mai dernier une conférence sur le retour du loup en France, avec la participation d'un naturaliste, d'un ingénieur pastoraliste et de deux chercheurs de l'Inra.

Chacun a présenté ses positions dans le calme, sans polémique, ce qu'ont apprécié les membres de l'Académie. Il en ressort qu'entre l'époque où l'animal était présent sur le territoire (jusqu'en 1940) et aujourd'hui, la société ayant évolué, son image a évolué en même temps. Ainsi, d'un animal « diabolisé », « démoniaque », il est devenu presque « angélique », « sacré » aux yeux de l'opinion publique, symbole du « sauvage » qu'il faut préserver. Une nouvelle donnée que les éleveurs doivent prendre en compte, même si tout le monde est d'accord sur le fait qu'il met en péril l'élevage ovin et créé un traumatisme auprès des bergers en rendant un espace paisible qu'était l'espace pastoral en un milieu « hostile ». Car les décideurs politiques sont soumis à cette pression sociétale, notamment celle des naturalistes, ce qui explique en partie leur discrétion sur le dossier du loup.

« Le dialogue entre l'Etat et les éleveurs, il aurait fallu l'avoir plus tôt » rappelle Gilbert Jolivet, membre de l'Académie. Et lorqu'on évoque la cohabitation, les conférenciers ont rappelé que l'élevage ovin a évolué depuis le xixe siècle. C'est vrai que le loup était présent sur le même territoire que les éleveurs, mais les moutons, des mâles castrés, étaient alors élevés pour leur laine, ils étaient rentrés chaque soir dans la cabane pour leur fumure et n'avaient pas les mêmes exigences alimentaires que les allaitants qui ont besoin de pâturer tard le soir et tôt le matin. Le regroupement nocturne avait à l'époque un intérêt économique (récupérer le fumier), qu'il n'a plus aujourd'hui. Si les bergers mettent les brebis dans des parcs de nuit, c'est uniquement à cause du loup. « Ce système d'élevage contemporain n'avait jamais connu ce prédateur » rappelle Laurent Garde, du Centre d'études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée. « Il nécessite un gros effort d'investissements (parcs, patous, aide-bergers…) sur le budget de l'Etat et une perte d'autonomie pour les éleveurs qui vivent déjà largement de subventions ».

Aux Etats-Unis, il existe une gestion « directe » du loup, selon le témoignage d'un chercheur de l'Inra. (DR)

Aux Etats-Unis, il existe une gestion « directe » du loup, selon le témoignage d'un chercheur de l'Inra. (DR)

 

Retour d'expérience des Etats-Unis

Un témoignage très intéressant vient d'un des chercheurs de l'Inra, Michel Meuret, qui a étudié ce qui se passe aux Etats-Unis, dans l'Utah où le loup a été réintroduit en 1974 et dans le nord des Rocheuses où il est présent depuis 1995. Il indique que dans l'Idaho, un loup ne fait que 2,7 victimes par an parmi le bétail, tandis qu'en France, le nombre moyen est dans l'intervalle 17-20. Pourquoi une telle différence ? Le chercheur l'explique par les moyens de protection mis en place outre-Atlantique qui s'appuient sur le maintien de la crainte du prédateur de l'homme et de son bétail (alarmes sonores et lumineuses, flash balls, tirs d'effarouchements…), en plus des mêmes méthodes « passives » utilisées en France (aide-bergers, parcs de nuit, chiens de protection…).
Les individus qui attaquent les troupeaux sont capturés et déplacés pour réduire les conflits liés au bétail. 15 % de la population a même été éliminée en 2008, soit 264 loups sur 1700. « Il s'agit de gestion directe des individus à problème » note Michel Meuret. Il estime qu'en France, on a laissé l'espèce beaucoup trop tranquille pendant des années, en étant extrêmement discret sur son retour en 1992 dans le Mercantour, ce qui fait qu'elle est beaucoup moins craintive et s'approche donc plus volontiers des activités humaines. « Il faudrait recréer une aversion du loup pour l'homme et son bétail, suivre et capturer les animaux à problème. Mais n'est-il pas déjà trop tard ? »

Source Réussir Pâtre Juin-Juillet 2010

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