Du vin aux ovins ou comment reconvertir des friches viticoles en cultures fourragères

Raphaël LECOCQ

En 30 ans, la surface du vignoble du Languedoc-Roussillon a perdu la moitié de sa superficie, soit 250 000 ha, conséquence des programmes d’arrachage et de restructuration destinés à faire face à la chute de consommation des vins de table. Selon une étude de FranceAgriMer réalisée en 2012, plus de 50 % des parcelles libérées sont à l’état de friches, faute de cultures alternatives viables, sinon pour cause de rétention foncière

Dans la plaine du Roussillon (Pyrénées Orientales), le maire de Claira, viticulteur de profession, a décidé, non pas de mettre de l’eau dans son vin mais de permettre à des éleveurs ovins, en manque de fourrages, d’exploiter une partie des friches, qui couvrent 40 % du territoire de la commune soit 700 à 800 ha.  Avec le soutien de la mairie, de la Chambre d’agriculture, des chasseurs et de l’Université de Perpignan, des éleveurs ont constitué une Sarl au service du projet Fricato : Friches reconverties pour l’implantation collective d’aliments destinés aux troupeaux ovins.

Lauréat des Trophées de l’agroécologie 2017

En 2016, la Sarl la Clé des champs fleuris a pu ainsi développer la culture d’espèces fourragères, protéagineuses et céréalières sur 80 ha, soit 10 % des friches. Des propriétaires ont joué le jeu. La technicité et les rendements se renforcent au fil des ans. Une Cuma s’est constituée. Le projet essaime sur la commune voisine. Cultivant leur autonomie fourragère, moyennant des investissements et du temps, les éleveurs défrichent, au sens propre et au sens figuré, encouragés par une demande locale de viande de qualité. Ils essaiment pour les futurs jeunes éleveurs mais aussi pour d’autres territoires, le projet ayant été labellisé Groupement d’intérêt économique et environnemental. Ils sont la preuve qu’une triple volonté – politique, agricole et financière – peut contrarier la triple peine – économique, spéculative et paysagère - des friches, le tout au service d’une filière alimentaire courte et de qualité. Le GIEE est lauréat des Trophées de l’agroécologie 2017, dans la catégorie démarche collective.

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