En Amérique du Nord, le projet mouton Navajo pour sauver une race

Laurence Geffroy - Réussir Pâtre Juin-Juillet 2012

En Amérique du Nord, le projet mouton Navajo  pour sauver une race
Monument Valley est un site touristique de la réserve des Navajos. © L. Geffroy

Les indiens Navajos vivent de l’élevage ovin, en parallèle à une activité touristique en explosion. Avec la laine de leur race Churro-Navajo, ils fabriquent de beaux tapis et des vêtements qu’ils vendent aux touristes.

A cheval sur quatre Etats des USA

En Amérique du Nord, le projet mouton Navajo  pour sauver une race

Les terres des Navajos sont situées au sud-ouest des États-Unis, sur une surface de 65 000 kilomètres carrés, à cheval sur les quatre États de l’Arizona, de l’Utah, du Colorado et du Nouveau-Mexique. C’est la plus grande réserve indienne, la population représentant un sixième des natif-américains.

La tribu amérindienne des Navajos comporte aujourd’hui 300 000 personnes sur le territoire des États-Unis. Etrange sensation pour un Européen de pénétrer dans leur réserve, un monde dans un monde.
Sur ces territoires, l’élevage ovin est encore très présent, en parallèle à une activité touristique en explosion. D’ailleurs, les deux activités sont liées. Les Navajos connaissent l’agritourisme depuis longtemps. Avec la laine de leurs moutons, ils fabriquent de très beaux tapis et des vêtements qu’ils revendent aux Anglo-américains depuis l’arrivée de ceux-ci sur le continent.

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Un cheptel actuel de 6500 têtes

L’ovin est considéré comme un animal sacré pour le Navajo. Dans ces paysages désertiques, la race Churro fournit aux natifs-américains tout ce qu’il faut pour survivre : viande, lait, laine. La taille du cheptel est liée au statut social. La race a été apportée par les Espagnols pour nourrir leur armée en 1 540. C’est donc la première brebis du nouveau monde ! Mais les conflits entre les États-Uniens et les Amérindiens ont conduit à la destruction d’une grosse partie du cheptel de 570 000 brebis par le ministère de l’Agriculture américain dans les années 1930. Raison invoquée : le surpâturage des terres, alors qu’un énorme barrage, le barrage Hoover, était en construction. Les Navajos devaient alors obtenir un permis pour pouvoir faire pâturer leurs ovins. Malgré tout, ils ont réussi à conserver des churros en secret et un projet baptisé « mouton Navajo » piloté par un universitaire états-unien a permis de relancer la production de cette race ovine dans la réserve, en 1977.
Le churro-navajo possède une double toison de poil et de laine, avec une laine qui pousse jusqu’à 18 cm, avec peu de suint, et qui convient bien aux tisserands de la tribu pour réaliser les tapis traditionnels. Le cheptel est aujourd’hui estimé à 6 500 moutons contre moins de 500 dans les années 70. Environ un tiers des familles navajos possèdent des moutons, pas tous de race churro, mais celle-ci permet d’obtenir de la laine de 14 couleurs naturelles différentes, allant du blanc au noir en passant par plusieurs nuances de gris et de marron.
Un exemple de l’importance du mouton au sein de la culture « moderne » navajo est l’obligation pour les candidates au titre de Miss Nation Navajo d’être capable de tuer un mouton rapidement et avec dignité. Le sacrifice du mouton pour la consommation de la viande est vu comme partie intégrante de l’identité navajo. La viande du mouton churro a d’ailleurs été reconnue par le mouvement slow food qui prône une alimentation de qualité.

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