En Lozère : La filature des Calquières, musée vivant de la laine

Jean-François Rivière

Lieu de découverte et d'animations, la filature des Calquières se trouve au nord de la Lozère. De remarquables machines à carder, filer, constituent ses joyaux.

Petit village du nord de la Lozère, d'environ 3000 âmes, Langogne est perché à 900 mètres d'altitude. La filature des Calquières est au sud de son enceinte médiévale, au bord de la rivière Langouyrou. Le bâtiment, massif, résulte de la surélévation d'un moulin en 1842. Plus tard, ses étages supérieures sont destinés à la transformation de la laine d'une partie des dizaines de milliers d'ovins élevés en Lozère, au xixe siècle.
Depuis juillet 1994, cette filature est un musée de la laine créé à l'initiative d'une association. « Au Moyen-Âge, huit habitants sur dix travaillaient la laine dans le département. Les femmes et les enfants filaient la fibre tandis que les hommes tissaient. Dans notre filature, de 1850 à 1900, huit à quinze ouvriers lavaient, cardaient et transformaient la laine en écheveaux, souligne Thomas Boudouard, jeune animateur des lieux. En 1993, la ville de Langogne a racheté notre filature à Louis Engles, son dernier propriétaire. Puis elle a transformé ce lieu en un espace de sauvegarde du patrimoine industriel avec le soutien de l'Europe et du Conseil Général de la Lozère. »

Jusqu'au milieu du XXe siècle, les troupeaux de brebis étaient encore nombreux en Lozère. « Notre département était l'un de ceux où il y en avait alors le plus, souligne Jacqueline Robert, animatrice du musée depuis de nombreuses années. Vers la fin de cette période, notre filature produisait des duvets, des couvertures, des couvre-pieds. » D'autres filatures lozériennes tissaient la laine ou la teignaient. La concurrence du coton, des fibres synthétiques et d'autres phénomènes, ont sonné le glas de ce travail de la laine, dans la seconde moitié du siècle dernier.
Du rez-de-chaussée au deuxième étage, le musée abrite une superbe collection de machines destinées au lavage, au cardage et à la transformation de la laine en fils. Fabriquées au cours de la révolution industrielle du xixe siècle et depuis classées à l'inventaire des monuments historiques, les machines sont actionnées par une roue à aube. Installée au rez-de-chaussée, elle mesure 3,85 mètres de diamètre. L'hiver, elle est entraînée par l'eau du Langouyrou, via un canal de dérivation.

La filature est située au sud de l'enceinte médiévale de la ville. (J.-F. Rivière)

La filature est située au sud de l'enceinte médiévale de la ville. (J.-F. Rivière)

 

Révolution industrielle

Toujours au rez-de-chaussée, les visiteurs peuvent admirer une énorme cuve destinée au lavage des toisons. Ils peuvent aussi y voir un loup batteur et son cylindre à picots de décompactage de la laine. Au premier étage, trois machines permettant le cardage de la laine sont exposées. Une carde nappeuse transforme la laine en nappe d'un mètre de large environ. Une carde bobineuse produit quant à elle des bobines de fils, du ruban, après passage de la nappe de laine dans un entonnoir nommé comète. Equipée d'un peigneur, la troisième carde transforme le ruban en un fil « roulé ».
Mais le joyau du musée se trouve sans conteste au deuxième étage de ce dernier. Là, occupant l'essentiel de l'atelier, trône une superbe Mule Jenny. Fabriquée vers 1850, l'énorme machine anglaise est dotée d'un banc de filature de neuf mètres, d'un chariot et de 120 broches. Elle transforme le fil cardé en un fil étiré et tordu. Son travail est complété par une assembleuse bobineuse et une retordeuse fournissant du fil sous forme d'écheveaux. « Au XIXe siècle, notre ville de Langogne possédait 420 broches et Mende 5000. »

La boutique de la filature. (J.-F. Rivière)

La boutique de la filature. (J.-F. Rivière)

 

Stages de tissage, expositions variées

Espace pédagogique et muséographique, le troisième étage abrite un atelier destiné à l'apprentissage du travail de la laine. Ici, se trouvent plusieurs métiers à tisser et des panneaux d'informations retraçant l'évolution du travail de la laine, depuis la nuit des temps. Les stages de tissage sont ouverts à tous. La filature possède de plus une salle de projection et une galerie accueillant les peintures, photographies, tapisseries, entre autres, d'artistes de Lozère ou d'ailleurs. Une boutique propose des objets souvenirs et des vêtements en laine confectionnés par des artisans. « Nous accueillons 8000 à 9000 visiteurs par an, indique Thomas. L'été nous recevons des cyclotouristes et des personnes empruntant le train des gorges de l'Allier. »
Hors saison estivale, deux salariés à temps plein et une à trois quarts temps travaillent au sein du musée. L'été, ils sont épaulés par un autre salarié à temps plein et une saisonnière. Courant 2006, répondant aux demandes du public, Jean Chaize, historien, et Corinne Noirot, la directrice de la filature, ont rédigé un petit livre broché relatant le passé lainier glorieux de la filature. Depuis 1994, grâce à ce musée, la petite ville de Langogne bénéficie du label Ville et Métiers d'Arts.

Une carde nappeuse à moult rouleaux et une bobineuse. (J.-F. Rivière)

Une carde nappeuse à moult rouleaux et une bobineuse. (J.-F. Rivière)

 

La boutique du musée propose à la vente des bobines fabriquées par les animateurs de la filature des Calquières. (J.-F. Rivière)

La boutique du musée propose à la vente des bobines fabriquées par les animateurs de la filature des Calquières. (J.-F. Rivière)

 

Source Réussir Pâtre Mars 2010

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