Etude de l'Institut de l'élevage : Quels impacts du bilan de santé de la PAC pour les éleveurs ovins ?

D'après le dossier Economie de l'élevage spécial PAC

Dans un contexte économique difficile, la réorientation des aides de la Politique agricole commune (PAC) pour 2010 devrait constituer pour l'élevage « une importante bouffée d'oxygène, à l'image de l'embellie du début des années 2000 », estime l'Institut de l'élevage qui a publié début avril un dossier spécial sur l'impact du bilan de santé. Les deux principales mesures décidées par le ministère de l'Agriculture et qui favorisent le secteur ovin sont une nouvelle prime à la brebis et les droits à paiement unique (DPU) « herbe ».
D'après les estimations de l'Institut, pour les éleveurs spécialisés, la revalorisation moyenne serait importante, de l'ordre de 50 % pour les ovins viande (13 500 euros supplémentaires par exploitation) et de l'ordre de 30 % pour les ovins laitiers (7500 euros supplémentaires par exploitation), essentiellement au travers de la prime couplée à la brebis.

A l'image des systèmes britanniques ou irlandais, la complémentarité au pâturage entre ovins et bovins (meilleure valorisation de l'herbe), pourrait retrouver un intérêt en France. (GLVB/J. Chabanne)

A l'image des systèmes britanniques ou irlandais, la complémentarité au pâturage entre ovins et bovins (meilleure valorisation de l'herbe), pourrait retrouver un intérêt en France. (GLVB/J. Chabanne)

Un net rééquilibrage des aides

De plus, le deuxième pilier soutient la mise en valeur de territoires à fortes contraintes dans lesquels est désormais concentrée une forte proportion de ces élevages. « Le rééquilibrage des aides est très net pour les exploitations d'ovins allaitants fourragères avec plus de 1,4 UGB à l'hectare et herbagères avec moins de 1,4 UGB à l'hectare, ainsi que pour les exploitations pastorales qui dépassent le seuil de chargement de 0,5 UGB par hectare » notent les auteurs.
Mais pour les exploitations les plus extensives, le seuil d'exclusion instauré pour le soutien à l'herbe productive grève nettement le solde des aides supplémentaires qui ne représente en moyenne que la moitié de celui des exploitations pastorales dépassant le seuil de 0,5 UGB/ha (+8700 euros contre +15 800 euros par exploitation). « Environ un millier d'exploitations ovines spécialisées du Rica(1) tombent dans cette case typologique, après un recalcul des UGB ovines proche de celui effectué pour les ICHN. Sur la base du traitement structures 2007, nous estimons même, de façon plus précise (échantillon 10 fois plus important) à 2000 le nombre d'exploitations ovines de plus de 50 brebis viande dont le chargement est inférieur à 0,5 UGB/ha » détaillent les auteurs.

Déplacement du curseur

Chez les systèmes non spécialisés, les nouveaux outils risquent de « sensiblement déplacer le curseur concernant la rentabilité de l'atelier ovin comparée à celle des autres productions, complémentaires ou concurrentes » remarque L'Institut de l'élevage. La réforme devrait aboutir à une forte réévaluation des aides pour presque tous les systèmes ovins, et « pas seulement pour les spécialisés les plus herbagers ». La recherche de plus value par la transformation des céréales en kg d'agneaux peut ainsi redevenir d'actualité.
Cette réévaluation des aides permettrait donc une nette amélioration du revenu des éleveurs, mais avec « une part renforcée des primes dans le produit et le revenu ». En conjoncture 2006, tous les cas-types spécialisés de l'échantillon national verraient leur résultat courant avant impôt/UTA compris dans une fourchette de 26 000 à 42 000 euros. En conjoncture 2008, cette fourchette serait de 21 000 à 32 000 euros. Sur la base de la conjoncture 2006, la part des aides serait de 80 % à 140 %, mais elle atteindrait 100 % à 160 % en conjoncture 2008, pour des systèmes ayant pourtant fait l'objet d'une optimisation technico-économique.

D'après l'Institut de l'élevage, « la réévaluation des aides n'améliorera pas la valeur ajoutée des exploitations. En conjoncture 2006, la moitié des élevages ovins spécialisés avaient déjà des valeurs ajoutées négatives, notamment les systèmes herbagers et pastoraux. » Parmi les cas-types de l'échantillon national, c'était notamment le cas du système herbassier de plaine, alors que le transhumant alpin n'atteignait que 1100 euros de valeur ajoutée par UTA.

Dossier économie de l'élevage spécial PAC, mars 2009 (www.inst-elevage.asso.fr)

Dossier économie de l'élevage spécial PAC, mars 2009 (www.inst-elevage.asso.fr)

 

Une opportunité à saisir

L'enjeu est bien que cette manne financière, dont la pérennité n'est pas garantie au delà de 2012, ne serve qu'à conforter l'existant. « Il est vital que cette nouvelle opportunité soit saisie pour adapter les systèmes et améliorer leur valeur ajoutée. L'efficacité technico-économique de nombreux élevages va devoir être améliorée. » D'après les auteurs de cette analyse, « l'évolution du revenu des éleveurs et encore plus leurs arbitrages en termes de niveau de production et de façon de produire seront davantage fonction de l'évolution du prix des produits et des charges au cours des prochaines années que des soutiens. »
En conclusion, l'Institut de l'élevage souligne un déplacement des aides directes et un solde net par exploitation, par système et par région, « modestes et significatifs ». Mo-destes car derrière les prélèvements massifs opérés se profilent des retours importants aux mêmes bénéficiaires, sous forme notamment de DPU revalorisés pour les surfaces en herbe. « Au final, la véritable solidarité à l'égard de l'élevage est d'abord assurée par les éleveurs eux-mêmes, appelés à mobiliser à cette fin toutes leurs production agricoles, y compris végétales ». Mais des déplacements significatifs tout de même pour les productions ovines et caprines.

(1) Les résultats économiques sont établis à partir de simulations effectuées sur la base du réseau d'informations comptables agricoles (Rica) et sur des cas-types issus des réseaux d'élevage, prenant en compte différents systèmes et régions.

Source Réussir Pâtre Mai 2009

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