Evolution des races ovines : Un début d'explication pour le mystère du mouton écossais qui rétrécit

Laurence Geffroy

La revue américaine Science explique pourquoi le mouton de Soay rapetisse depuis 25 ans, conséquence du réchauffement climatique sur cette île au large de l'Écosse.

Le changement climatique peut prendre le pas sur la sélection naturelle. Des chercheurs britanniques ont montré que la modification des conditions hivernales sur notre planète avait pour conséquence de rapetisser les moutons sauvages écossais de Soay, alors que la théorie de l'évolution favorise en général les animaux les plus forts. Jusqu'ici, la probabilité de survie de ces moutons dans des conditions climatiques extrêmes était supérieure pour les spécimens de plus grande taille. Ces observations menées depuis 1985 mettent en relief les effets très larges dus au changement climatique et montrent la complexité des modifications auxquelles on peut s'attendre dans les populations naturelles, à l'avenir. Les scientifiques de l'Imperial College de Londres ont analysé les relevés de poids d'une population de brebis de la race du mouton de Soay de 1986 à 2007. Ces animaux vivent à l'état sauvage, sans intervention humaine autre que l'observation, sur l'île de Hirta, dans l'archipel isolé de Saint Kilda, 180 km au large de l'Écosse. Les vents dominants y sont très forts en hiver.

De l'herbe plus longtemps

Les scientifiques ont entré les données recueillies chaque année dans un modèle numérique qui prédit comment un caractère comme la taille change au cours du temps avec la sélection naturelle et d'autres facteurs agissant sur la survie et la reproduction des animaux dans la nature. Ils ont choisi d'analyser la taille parce qu'il s'agit d'un caractère héritable et, bien que des moutons plus gros ont en général de meilleures chances de survie, ceux de Soay ont vu leur taille globalement diminuer depuis 25 ans, d'environ 5 %. La proportion de moutons à la croissance plus lente grandit au sein du troupeau. Le poids moyen d'un adulte est passé de 25 à 22 kilos et les brebis agnèlent de plus en plus jeunes.
Ces résultats suggèrent que la diminution de leur taille est avant tout une réponse écologique à la modification de l'environnement de ces 25 dernières années, ceux attribuables à l'évolution étant peu intervenus. Plus précisément, les agneaux ne grandissent pas aussi vite qu'avant. Avec des hivers plus courts et plus doux, les agneaux n'ont plus besoin de grossir autant qu'avant pour survivre à leur premier anniversaire. Et ils ont de l'herbe disponible plus longtemps. Même les moutons qui grandissent plus lentement ont maintenant une chance de survivre.

Avec le réchauffement climatique, le mouton de Soay a vu sa taille diminuer depuis 25 ans. (DR)

Avec le réchauffement climatique, le mouton de Soay a vu sa taille diminuer depuis 25 ans. (DR)

 

Source Réussir Pâtre Novembre 2009

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