François Bonnet, président de la Fresyca(1) ] : Le Poitou-Charentes a besoin de nouveaux éleveurs »

Propos recueillis par Damien Hardy

Malgré les hausses du prix du lait, la filière caprine de Poitou-Charentes ne parvient pas à renouveler ses exploitations. La Fédération des syndicats caprins veut se donner plus de moyens pour installer de nouveaux éleveurs.

La récente hausse du prix du lait a-t-elle été suffisante pour les élevages caprins ?

François Bonnet - Cette hausse a été vitale et indispensable même si l'on peut regretter
qu'elle ne soit pas arrivée plus tôt. Les laiteries ont beaucoup évolué et sont prêtes à jouer
le jeu de la discussion. Il y a une dizaine d'années, évoquer la question du prix du lait était
ressentie comme une agression. Maintenant, les laiteries ont compris qu'il est nécessaire
de suivre les coûts de production des éleveurs. Il faudrait toutefois formaliser des
rencontres au moins deux fois par an entre producteurs et laiteries car les hausses du coût
des aliments ne sont pas terminées. Pour le second semestre 2008, il semble nécessaire
que le prix du lait augmente de 100 à 110 euros les mille litres par rapport au second
semestre 2007. Sinon, des éleveurs seront encore contraints d'arrêter leur production car
les prix seront en dessous de leurs coûts de production.
Un enseignement important de cette hausse est, qu'en nous mettant d'accord entre
producteurs de la région mais aussi de la France entière, on arrive beaucoup plus fort dans
les négociations.




François Bonnet, président de la Fresyca : Le prix du lait doit augmenter de 100 à 110 euros les mille litres. (D. Hardy)

François Bonnet, président de la Fresyca : Le prix du lait doit augmenter de 100 à 110 euros les mille litres. (D. Hardy)

La collecte de lait du Poitou-Charentes stagne alors que les besoins augmentent. Que faire ?

F. B. - Aujourd'hui, en Poitou-Charentes, la moitié des éleveurs de chèvres ont plus de
cinquante ans. Cela veut dire que, dans les cinq ans qui viennent, il faudra installer au
moins 400 jeunes. Or, on en est encore loin quand, dans les Deux-Sèvres, premier
département caprin avec 800 éleveurs, il n'y a que huit installations programmées cette
année… Pourtant, les besoins en lait sont énormes et les cent millions de litres de lait que
les laiteries importent d'Espagne ou des Pays-Bas représentent l'équivalent de 500
installations à 200 000 litres.
Pour favoriser ces installations, la filière régionale met en place un travail collectif avec les
laiteries et les Adasea pour repérer et accompagner les cédants. Avec l'aide d'un animateur
spécifiquement caprin, il s'agit de rappeler aux éleveurs l'importance de transmettre le
cheptel, individuellement pour réaliser une partie de son capital et collectivement pour
maintenir l'élevage dans la région. Un autre moyen d'encourager l'installation de jeunes
éleveurs serait d'augmenter le prix du lait pendant les cinq premières années d'installation.



Pour encourager ces installations, la filière a besoin de moyens supplémentaires. Où les trouver ?

F. B. - Pour financer ces actions, l'interprofession régionale, le Brilac, a besoin de moyens
supplémentaires. Nous avons demandé à augmenter les cotisations payées par les
éleveurs (à 75 %) et les laiteries (à 25 %) de 0,18 à 2 euros pour mille litres. Plus
l'interprofession est forte, plus la filière se développera. Et si on veut bien travailler, il faut
s'en donner les moyens. Par comparaison, l'interprofession du Roquefort dispose de 24
euros pour mille litres, payés à égale partie entre éleveurs et laiteries, pour mener ces
actions de recherches, d'animations et de communications.
La filière caprine de Poitou-Charentes a des besoins et elle ne doit pas toujours dépendre
de financements publics toujours longs à obtenir. Les demandes ne manquent pas, que ce
soit pour le suivi d'actions sanitaires avec des recherches sur la paratuberculose ou sur les
mycoplasmes ou pour accompagner les installations en aidant à l'achat de chevrettes
indemnes de Caev.


(1) Fresyca : Fédération régionale des syndicats caprins de Poitou-Charentes-Vendée.


Source Réussir La Chèvre Mai / Juin 2008

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