Grands prédateurs : La cohabitation impossible entre loups et chèvres

Damien Hardy

Alors que se dessine le futur plan national d'action sur le loup, la cohabitation avec le carnassier est toujours aussi problématique. Les mesures d'accompagnement limitent les dégâts mais ne satisfont pas les éleveurs.

Comment faire vivre ensemble des ennemis aussi inconciliables que les chèvres et les
loups ? Depuis le retour du loup en 1992 sur les versants français des Alpes, cette espèce
s'est confortablement installée. Entre 2004 et 2007, les zones de présence permanente du
loup sont passées de 13 à 23 et, aujourd'hui, la population est estimée à 150 individus dans
les régions Paca et Rhône-Alpes. Avec un statut de conservation jugé favorable, le loup
menace même d'étendre sa zone d'habitation en dehors de l'arc alpin, en Languedoc-
Roussillon, en Auvergne, en Midi-Pyrénées ou en Franche-Comté.

Le retour de ce grand prédateur compromet gravement l'élevage. En 2005, 3 700 animaux
d'élevages ont péri sous les crocs du carnassiers et 2 500 en 2006. Mais au nom du
maintien de la biodiversité, les loups restent protégés au niveau international et européen.
« C'est le même problème partout » décrit Christine Sourd, directrice adjointe des
programmes de WWF France, en citant le lion en Afrique ou le tigre en Inde. Pour tenter de
faciliter la coexistence avec les grands prédateurs (loups et ours), l'Union européenne a
financé un programme dans cinq pays de l'Europe du Sud pour un montant de cinq millions
d'euros et pour une durée de quatre ans. Ce programme Life-Coex qui vient de se terminer
visait à prévenir les dégâts, valoriser la production locale et sensibiliser les éleveurs.




Depuis 2003, un chien Patou et un aide-berger volontaire accompagnent le troupeau pendant la journée. Cela n'empêche pas pour autant les attaques du loup… D. Hardy)

Depuis 2003, un chien Patou et un aide-berger volontaire accompagnent le troupeau pendant la journée. Cela n'empêche pas pour autant les attaques du loup… D. Hardy)

Le loup a changé de comportement alimentaire

En France, ce programme s'est notamment traduit par des soutiens aux éleveurs pyrénéens et alpins. Dans les Alpes, les principales actions ont consisté à la pose de clôture électrique, à l'introduction de chiens patous pour le gardiennage et à l'accompagnement par des éco-volontaires.

Mais à l'heure du bilan, nombre d'éleveurs restent très sceptiques. C'est le cas de Hugues
Fanouillaire et Jean-Claude Fabre, éleveurs de chèvres et de vaches dans les Alpes-Maritimes, à quelques encablures de la frontière italienne et du parc national du Mercantour.

Précisément dans la zone où le loup a fait son come-back il y a une quinzaine d'années.
Installés en 1995 en transformant et vendant le produit de cinq vaches et d'une cinquantaine de chèvres, les deux associés ont privilégié une production de qualité et la vente directe auprès des consommateurs.

Avec un pâturage de proximité en fond de vallée et des animaux dormant la nuit en bergerie, les deux éleveurs croyaient leurs chèvres à l'abri. Mais en juin 2003, une première attaque tue six chèvres et traumatise les éleveurs. Depuis, le loup n'a cessé de revenir chaque année, amputant le troupeau de trois à quatre animaux à chaque fois.



« On disait que le loup n'attaquait que la nuit et les bêtes malades, se souvient Hugues
Fanouillaire. Or, à force de le surprotéger, son comportement a changé, il se sent libre et
attaque maintenant autant par jeu que pour se nourrir. C'est du plomb dans les fesses qui
lui donnerait un comportement normal de prédation » recommande-t-il.
Récemment, les deux éleveurs se sont vus offrir une formation au permis de chasse pour
pouvoir tirer sur le loup sous certaines conditions (moyens de protection mis en place,
effarouchement préalable, dommages récurrents).
« La co-habitation entre le loup et l'éleveur, on y croit pas » décrit Hugues Fanouillaire en
traduisant le sentiment partagé par une grande majorité des éleveurs.
Bénéficiant des mesures d'accompagnement mises en place par le programme, les deux
éleveurs n'y voient qu'un pis-aller.


L'éco-volontariat n'est pas une solution durable

« Le chien patou et le gardiennage n'ont pas permis d'arrêter les attaques » explique
Hugues Fanouillaire. « Le chien patou a un coût et il peut poser des problèmes pour
l'accueil du public. L'éco-volontariat est une solution d'urgence, mais sûrement pas une
solution durable. Va-t-on mettre une personne derrière chaque troupeau ? » s'interroge
l'éleveur de 42 ans.
Si une quinzaine de producteurs de fromage de brebis des Pyrénées se servent de l'image
de l'ours pour vendre leur fromage « Pé descaous », pas question pour l'éleveur alpin de
valoriser ses fromages de la sorte. « On a notre clientèle et on n'a pas besoin du loup »
résume-t-il, amer.

Source Réussir La Chèvre Septembre-Octobre 2008

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