Guerre commerciale UE/USA : Le Roquefort pris en otage dans le conflit du boeuf aux hormones

Laurence Geffroy

En raison du refus de l'Union européenne d'importer du boeuf aux hormones, les États-Unis ont lancé de nouvelles offensives commerciales. C'est le Roquefort qui en fait les frais.

Le département américain du commerce a annoncé mi-janvier qu'il allait tripler les droits de douanes américains sur le roquefort, qui passeront à 300 %, puisqu'ils étaient déjà taxés à 100 % depuis 1999. Cette décision fait partie d'une série de mesures prises par le gouvernement Bush — une semaine avant son départ — destinées à faire pression sur l'Union européenne pour que celle-ci revoit sa décision d'interdire l'entrée du boeuf aux hormones sur son territoire. Martin Malvy, président du Conseil Régional de Midi-Pyrénées a envoyé au président Barack Obama un colis contenant du roquefort pour son investiture et s'est rendu le 21 janvier dernier à l'ambassade américaine de Paris pour protester contre une « prise en otage » du produit. Le conseiller de l'ambassade a reconnu que les taxes instaurées étaient bien des « mesures de rétorsion » dans la cadre du litige commercial qui oppose l'UE et les États-Unis.

Avec une taxation à 100 %, il était déjà difficile pour le rayon de Roquefort de maintenir un marché aux Etats-Unis. (DR)

Avec une taxation à 100 %, il était déjà difficile pour le rayon de Roquefort de maintenir un marché aux Etats-Unis. (DR)

Le Roquefort surtaxé parce que français ?

« Rien ne peut rationnellement justifier un tel acharnement » s'étonne-t-on à la Confédération générale des producteurs de lait de brebis et des industriels de Roquefort. « Ce fromage est porté par toute une filière économique, 4500 actifs agricoles et 2 000 salariés de l'industrie, qui se trouve fragilisée par ce type de mesure aussi absurde qu'injuste. »
Les États-Unis représentent le troisième marché à l'export pour le roquefort, derrière l'Espagne (1000 t) et l'Allemagne (500 t). Selon les années, 400 à 450 tonnes sont expédiées Outre-Atlantique, ce qui correspond à environ 2 % des 18 500 tonnes fabriquées. Avant la taxation à 100 %, la consommation américaine était de 500 tonnes. « Il était déjà difficile de conserver ce marché, obligeant à un double effort financier du côté des producteurs sur le prix du lait et du côté des industriels qui baissaient leurs marges » constate Robert Glandières, président de la Confédération et de la FRseb, éleveur à Sainte-Eulalie de Cernon. « Nous nous retrouvons au centre de la bagarre contre la malbouffe, reconnaît-il, le roquefort est surtaxé parce que c'est un symbole français. »

2 % du marché, cela peut paraître insignifiant, mais la profession avait espoir que le marché américain reparte, à l'image de l'Espagne dont le marché a nettement décollé ces dix dernières années. Michel Barnier doit rencontrer le 9 février son homologue américain Tom Vilsack mais avertit : « la surtaxe américaine sur le roquefort ne changera en rien notre attitude sur le boeuf aux hormones. » L'UE se prépare à porter l'affaire devant l'Organisation mondiale du commerce. Mais si le dossier n'avance pas, les producteurs de lait de brebis demanderont à l'État une compensation financière.

Source Réussir Pâtre Février 2009

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