Institut de l'élevage : Les impacts de la FCO évalués dans les élevages

Laurence Geffroy

Une étude sur les conséquences économiques de la FCO montre qu'outre les coûts engendrés par les mortalités, les éleveurs ont dû faire face à des frais alimentaires et vétérinaires inhabituels.

Considérée comme l'une des plus graves crises sanitaires que la France ait connue depuis
la fièvre aphteuse, la fièvre catarrhale ovine (FCO) a provoqué des dommages parfois
irréversibles dans les élevages, après une reprise massive en juillet 2007. Les ovins ont été
très affectés par cette deuxième vague du sérotype 8, avec des signes cliniques plus
prononcés et des taux de mortalité plus élevés qu'en 2006, pouvant aller jusqu'à 25 % chez
les brebis.
Avec le recul nécessaire pour évaluer les pertes économiques liées à cet épisode, Béatrice
Mounaix, Mariette Gorceix et Denis Reynaud, de l'Institut de l'élevage, ont réalisé une étude
après des enquêtes dans 58 élevages ovins viande du nord et de l'est de la France,
régions où sont apparus les premiers foyers de FCO en 2007, afin de mesurer les dégâts
engendrés.




Les brebis du nord et de l'est de la France ont été très touchées par l'épisode FCO 2007 : les agnelages ont été plus difficiles, beaucoup d'agneaux se sont retrouvés sans mère. (S. Leitenberger)

Les brebis du nord et de l'est de la France ont été très touchées par l'épisode FCO 2007 : les agnelages ont été plus difficiles, beaucoup d'agneaux se sont retrouvés sans mère. (S. Leitenberger)

Des brebis et béliers plus fortement touchés

Les résultats de cette étude sont inquiétants : ces régions ont été fortement touchées.
Certains élevages ont du mal à s'en relever. La mortalité est importante. On constate aussi
des animaux amaigris et difficiles à remettre en état. Même guéries, certaines brebis ont été
trop affaiblies par la maladie pour survivre après la mise bas, laissant des agneaux sans
mère.
La FCO a touché plus fortement les brebis et les béliers que les agneaux. Les auteurs de
l'étude avancent un chiffre de 18 % de brebis ayant présenté les signes de la maladie dans
les élevages visités. C'est une moyenne puisque cela concerne parfois les trois quarts des
brebis. Chez les béliers, la moyenne est de 30 %, mais c'est parfois tout le cheptel
reproducteur qui est touché. Et il n'y a pas que les pertes directes, la FCO a également
rendu certains béliers inaptes à la reproduction. Des éleveurs ont dû faire appel aux
agneaux destinés à la boucherie pour la mise en lutte à l'automne.



Lors des agnelages, trente éleveurs interrogés pour l'étude ont observé plus d'avortements
que d'habitude. Quand les agneaux sont arrivés à terme, ils présentaient parfois des
malformations au niveau des yeux et de la tête. Certaines brebis avaient moins de lait, ce
qui a engendré des coûts supplémentaires pour les complémenter. Les éleveurs mixtes qui
avaient des vaches laitières ont pu nourrir les agneaux avec cette production, mais les
éleveurs spécialisés en ovin ont dû acheter de la poudre de lait. La durée de
l'engraissement des agneaux a parfois été prolongée jusqu'à deux mois, la moitié des
éleveurs ayant constaté des baisses de croissance de leurs agneaux.

 

Durée de travail augmentée

Autre impact économique non négligeable : le coût des interventions des vétérinaires.
L'Institut de l'élevage les estime pouvant aller jusqu'à dix euros par brebis. Les éleveurs ont
fait appel aux praticiens : 2,7 fois en moyenne pendant le deuxième semestre 2007. A ces
frais s'ajoutent ceux de la désinsectisation : 91 euros en moyenne par exploitation.
Tout ce manque à gagner a des répercussions importantes pour la pérennité des élevages,
mais l'argent n'est pas le seul impact de la FCO. Le temps supplémentaire passé par
l'éleveur à surveiller et manipuler les animaux est aussi à prendre en compte. Les éleveurs
recherchaient les signes cliniques jusqu'à deux fois par jour et ont parfois mis leurs brebis
en bergerie pour faciliter l'observation et pouvoir réagir rapidement. L'Institut de l'élevage
estime à 1 h 30 en moyenne par jour le surplus de travail.

 

Source Réussir Pâtre Novembre 2008

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