Interview de Patrick Charpentier* : Il est possible de bien vivre du lait de chèvre » assure le président de l'Anicap

Propos recueillis par Damien Hardy

Le vaste plan « Bien vivre du lait de chèvre » vient d'être lancé par l'Anicap, l'association nationale interprofessionnelle caprine. Explication des enjeux par son nouveau président.

Pourquoi avoir lancé le plan « bien vivre du lait de chèvre » ?

L'objectif est de progresser en lait en garantissant un revenu aux producteurs. Ce manque de lait est l'occasion d'agrandir son troupeau, de se moderniser ou d'embaucher. Cela ne veut pas dire qu'il faut grossir ou installer à tout va mais le faire de manière raisonnée. Produire plus de lait passe aussi par une augmentation de la productivité car, en moyenne, quand on augmente la productivité, on améliore le revenu. Or, on a besoin de faire progresser les revenus car il faut sortir des bas revenus si on veut séduire de nouveaux éleveurs. Les progrès réalisés dans les autres expèces montrent qu'il y a encore des efforts de productivité à faire. Par exemple, plus de 90 % des vaches sont au contrôle laitier alors que seulement 50 % des chèvres y sont. Pourtant, les éleveurs qui bénéficient d'un suivi technique ont en moyenne 100 litres de plus par chèvre. D'où l'importance de ne pas rester isolé et d'être stimulé par l'encadrement technique.

Patrick Charpentier, président de l'Anicap : « En favorisant l'installation et la transmission, la filière caprine française sera moins dépendante des importations de lait. » (D. Hardy)

Patrick Charpentier, président de l'Anicap : « En favorisant l'installation et la transmission, la filière caprine française sera moins dépendante des importations de lait. » (D. Hardy)

L'installation et la communication rentrent aussi dans ce plan. Expliquez-nous.

Le deuxième axe du plan vise à parler d'installation de manière volontariste pour faciliter l'arrivée de nouveaux éleveurs et la transmission d'exploitation. On ne s'était pas trop soucié de la perte d'élevage auparavant. Mais maintenant, il faut être vigilant car, dans le grand bassin laitier du Centre-Ouest par exemple, 36 % des éleveurs ont plus de 50 ans. Il faut aussi renforcer les liens avec les centres de formation pour s'assurer de l'adéquation avec les besoins de la filière. Concernant la communication, il faut apprendre à positiver nos métiers et dire que, certes il y a des élevages qui ne gagnent pas beaucoup, mais il y en a aussi qui vivent bien.

Que conseilleriez-vous à de futurs éleveurs ?

Il est important d'avoir au départ des chevrettes de qualité et un suivi technique performant. Il faut aussi faire attention à ne pas trop s'endetter. Pour cela, l'installation progressive permet de grandir à son rythme. Cela me fait peur de voir des élevages qui s'installent en investissant plus de 1 000 euros par chèvre car cela oblige à la performance et à un prix du lait élevé. Or, la performance comme les prix du lait ne sont jamais acquis définitivement. Il ne faut pas pour autant avoir peur des grands chiffres quand on s'installe. Car, en raisonnant à plusieurs, dépasser les 200 chèvres n'est pas aberrant si l'investissement est raisonné. De plus en plus, les jeunes agriculteurs ont des exigences légitimes sur le revenu mais aussi sur les conditions de vie et de travail. Ainsi, partir avec 600 chèvres à trois permet de mécaniser, de se remplacer et de se soulager...

Pour encourager la production, faut-il encore augmenter le prix du lait ?

En France, la gamme des fromages de chèvre comprend à la fois des fromages chers et de meilleur marché. Pour ceux déjà chers, augmenter encore le prix c'est prendre un risque car beaucoup de nos consommateurs ne sont que des acheteurs occasionnels. Par contre, il semble que l'on ait plus de manoeuvres sur les fromages à moindre prix comme les bûchettes car en augmentant légèrement leur prix, la consommation continue de progresser. C'est encourageant même si le partage des marges avec la grande distribution reste discutable. Les entreprises ont également conscience de l'augmentation des coûts de production en ferme. Mais les laiteries ont fait des efforts depuis quatre ans en répercutant toutes leurs hausses de tarif sur le prix du lait. Et, en ce moment, la crise et le retournement de situation dans la filière laitière bovine nous incitent à être prudent.

Source Réussir La Chèvre janvier-février 2008

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