Jacky Salingardes, président de la Fnec (1) : L'aide caprine de la PAC servira à pérenniser la filière »

Propos recueillis par Damien Hardy

La réorientation des aides PAC prévoit un soutien spécifique de 135 millions d'euros pour les ovins et les caprins. Un coup de pouce apprécié par la Fédération nationale des éleveurs de chèvres.

La décision d'aider spécifiquement les ovins et caprins vous satisfait-elle ?

Bien sûr, nous sommes très satisfaits. Même si tous les détails ne sont pas encore fixés, cela représentera un soutien de 15 à 20 euros par chèvre de 2010 à 2014. Le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, a eu le courage d'aller vers plus d'équilibres et de justices dans le soutien apporté aux agriculteurs français.

Jacky Salingardes : « En rentrant dans un dispositif d'aides européennes, la filière caprine se met sur la route avec les autres filières agricoles et non plus à part dans son petit sentier… » (D. H.)

Jacky Salingardes : « En rentrant dans un dispositif d'aides européennes, la filière caprine se met sur la route avec les autres filières agricoles et non plus à part dans son petit sentier… » (D. H.)

Cette annonce a-t-elle été une surprise ?

Non, il a fallu batailler pour obtenir ce soutien. Pour cela, j'ai rencontré les services du ministère de l'Agriculture à plusieurs reprises en mettant en avant les difficultés de la filière et les efforts entrepris pour les limiter.
En voyant que le revenu des éleveurs caprins est parmi les plus bas de l'agriculture française, le ministère n'a pas été long à comprendre nos problèmes. En plus, l'importation massive de lait de chèvre et la stagnation de la collecte en France traduisent bien l'urgence d'un soutien. Enfin, le plan de pérennisation de la filière manquait de soutiens financiers si ce n'est celui du prix du lait mais qui reste insuffisant.

Pour la première fois (2), le secteur caprin va toucher des aides européennes. Qu'en pensez-vous ?

Je me suis toujours battu pour obtenir des soutiens. Il fallait saisir cette opportunité car, avec des crédits européens en baisse, je ne suis pas sûr que l'occasion d'avoir de nouvelles aides se représentera dans les cinq prochaines années. Nous avons eu tort précédemment de laisser passer l'occasion d'avoir des aides. S'il y avait eu une prime de 18 euros par animal dès 1993, un éleveur de 200 chèvres aurait pu épargner 54 000 euros en quinze ans… Alors, arrêtons de chanter comme la cigale que nous sommes vertueux en vivant de notre travail et pas des primes. Car, aujourd'hui, les producteurs arrêtent de produire du lait, les jeunes ne s'installent plus et nos revenus sont parmi les plus bas du monde agricole… La filière caprine est exactement comme les autres filières avec des producteurs professionnels qui ont droit aux mêmes aides que les autres. Avec cette aide, nous mettons enfin l'élevage caprin dans le sillon de l'agriculture française.

Ne peut-on pas craindre que les laiteries s'appuient sur cette aide pour baisser le prix du lait ?

L'aide apportée est une aide à l'animal pour maintenir les producteurs. Elle compense à peine la baisse des prix de la chèvre de réforme et du chevreau. Ce n'est pas une aide à la production laitière et encore moins aux laiteries. Je serai très vigilant à ce que cette aide ne serve pas d'argument aux laiteries. D'ailleurs, le prix actuellement payé n'est toujours pas suffisant pour motiver durablement de nouveaux éleveurs alors le baisser serait vraiment contre-productif.

Cette aide s'inscrit-elle dans le plan « bien vivre du lait de chèvre » ?

Oui, ce soutien financier arrive à point nommé pour le plan de pérennisation. Les laiteries ont déjà fait des efforts pour le prix du lait mais cette aide supplémentaire va remettre la filière sur les rails et maintenir des exploitations en production. Car quand on veut pérenniser une filière, il faut la soutenir techniquement mais aussi financièrement.

(1) Jacky Salingardes s'est installé en 1981 dans l'Aveyron. Le Gaec qu'il forme avec son épouse et son frère élève 220 chèvres et 45 vaches allaitantes sur 80 hectares. Président de la section caprine de l'Aveyron et président des livreurs de lait Lactalis à Rodez, Jacky Salingardes préside la Fédération nationale des éleveurs de chèvres (Fnec) depuis 2005. Il a présidé l'Anicap, l'interprofession nationale caprine, de 2004 à 2008.

(2) hormis la prime à la brebis et à la chèvre (PBC) en zone de montagne.

Source Réussir La Chèvre Mai-Juin 2009

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