L’agneau de lait des Pyrénées une niche à haut potentiel

Laurence Geffroy - Réussir Pâtre Avril 2013

L’agneau de lait des Pyrénées une niche à haut potentiel
Les agneaux sont exportés en vif en Espagne. © AREOVLA, Apraa, F. Brunet

Le salon de l’Agriculture a été l’occasion pour les éleveurs de présenter L’IGP agneau de lait des Pyrénées, qui se lance à la conquête du marché français.

Chiffres clés

. 800 éleveurs situés au sud de la gave de Pau dans la démarche agneau de lait des Pyrénées, avec la production de 400 000 agneaux dont 160 000 sont labellisables (30 000 en Label rouge aujourd’hui).
. Trois races locales utilisées : Manech tête rousse, Manech tête noire et Basco-béarnaise.
. Quatre organisations de producteurs : Caoso à Idaux-Mendy, l’association ovine basco-béarnaise à Oloron-Sainte-Marie, Axuria à Mauléon et Lur Berri à Aïcirits. L’IGP est portée par l’association régionale des éleveurs ovins viande et lait d’Aquitaine.

Il aura fallu pas moins de treize ans aux éleveurs laitiers du département des Pyrénées Atlantiques avant d’obtenir l’IGP « agneau de lait des Pyrénées ». Jean-Michel Armagnague qui représentait les éleveurs lors du lancement officiel au salon de l’agriculture en février dernier, président de la coopérative Caoso, à Idaux-Mendy, ne cachait pas sa joie sur le stand Sud-Ouest où avait lieu une dégustation du produit, en présence du chef Dominique Massonde.

Discussions avec les voisins espagnols

Déjà Label rouge, l’agneau de lait des Pyrénées peut désormais asseoir sa position sur le marché avec une IGP qui lui ouvre les portes de l’Europe. La particularité de ce produit est qu’il est en majorité exporté vers l’Espagne. Il y est bien valorisé, mais ce fut un handicap pour le dossier car cela a entraîné des discussions avec les voisins espagnols qui ne voyaient pas d’un bon œil l’utilisation du terme « Pirinéos ». Les montagnes sont en effet à cheval sur les deux pays. Un compromis a été trouvé : l’agneau de lait des Pyrénées ne peut être exporté en Espagne que sous l’appellation « Cordero de leche des Pyrénées » au lieu de « Cordero de leche de los Pirinéos ». Une faute d’orthographe obligatoire ! Lors du vote à Bruxelles pour l’obtention de l’IGP, les Espagnols se sont d’ailleurs abstenus. Le terme Pyrénées est très disputé. La bataille est également franco-française avec les Pyrénées centrales qui produisent un agneau lourd. Un accord pour une IGP commune mais avec deux produits différents est en négociation.
« De sous-produit de l’AOP Ossau-Iraty, l’agneau de lait devient un co-produit », se réjouit un autre éleveur, Peio Quihillalt de Licq-atherey, président de la coopérative Axuria. C’est tout le territoire qui s’est impliqué car l’objectif est de créer des emplois dans le secteur de l’aval. Une chaîne ovine a été ouverte en 2013 à l’abattoir de Saint-Jean-Pied-de-Port, portant à quatre le nombre d’abattoirs concernés, et un atelier de découpe est en projet à Mauleon pour développer le sous-vide. « Nous avons des marchés à conquérir en France », explique Jean-Michel Armagnague. Pour l’instant, l’agneau se vend à 80 % en Espagne. Ce sont des agneaux de moins de six kilos, nés au retour de la transhumance, abattus et transformés en Espagne. « Là-bas, ce produit est l’équivalent de notre foie gras pendant les fêtes de fin d’année », explique l’éleveur. Ils le consomment au four, comme un lapin.

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L'agneau de lait des Pyrénées est considéré comme un produit haut de gamme. © AREOVLA, Apraa, F. Brunet

Produit différent de l’agneau pascal

Le produit est bien valorisé à 4 euros le kilo vif, mais les éleveurs souhaitent développer davantage la filière en France en passant de 20 à 30 %, car ils ne se sentent pas à l’abri d’un problème sanitaire, en raison de la frontière. De plus, ils subissent la concurrence d’agneaux de lait venant de Sardaigne. Et d’après le service Economie de l’Institut de l’élevage, cet agneau étant un produit considéré comme haut de gamme, il est particulièrement exposé à la contraction des dépenses des ménages en Europe du Sud. Ainsi, les douanes françaises ont relevé une chute de plus d’un tiers des exportations d’agneaux vivants en novembre 2012, à moins de 45 000 animaux. Environ 39 000 têtes ont été envoyés vers l’Espagne, soit une baisse de près de 25% par rapport à 2011.
Moins connus en France, les agneaux de lait des Pyrénées y sont cependant vendus plus gros, entre six et neuf kilos. Pour ce marché, il y a un potentiel de croissance non négligeable. Les marchés visés vont de la restauration gastronomique aux GMS. « Nous sommes de plus en plus présents sur les grandes tables parisiennes, souligne Peio Quihillalt, et nous progressons en Europe du Nord ». Il s’agit néanmoins d’une niche, avec un produit bien spécifique, différent de l’agneau pascal. L’éleveur pense que cela peut amener des installations en ovins. « Notre département est celui qui connaît le plus d’installations en brebis ». Peio l’explique parce que traditionnellement, lors de la transmission de l’exploitation familiale, les frères et sœurs ne demandent pas d’argent à celui qui la reprend.

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