« L’élevage de demain aura besoin de données précises et accessibles collectivement »

Propos recueillis par Damien Hardy - Réussir Pâtre Avril 2013

« L’élevage de demain aura besoin de données précises et accessibles collectivement »
Pascal Poitevin de l’Institut de l’élevage : « le monde de l’élevage doit prendre le train de la société numérique ». © D. Hardy

Pascal Poitevin est en charge des systèmes d’informations à l’Institut de l’élevage. Secrétaire de la commission stratégie des systèmes d’information de France Génétique Elevage (FGE), il a rappelé les enjeux des données lors du troisième congrès biennal de FGE en janvier dernier.

. Le contrôle de performance produit de l’information de plus en plus lourde. Comment gérer ce flux de données supplémentaires ?

P. P. - Près de 70 000 élevages bovins, ovins ou caprins adhérents au contrôle de performance produisent des dizaines de millions de données chaque année. Demain, les informations génomiques vont s’ajouter aux données de filiation, d’insémination et de contrôle de performances déjà existantes. Avec l’électronisation des troupeaux et l’arrivée de capteurs automatisés, il y a et il y aura de plus en plus de données. Aujourd’hui, elles sont gérées par le système national d’information génétique qui a la particularité d’être renseigné par un grand nombre d’acteurs. 200 000 éleveurs de ruminants déclarent en effet les naissances et les sorties. Plus de 6 000 techniciens d’élevages sont équipés de logiciels pour renseigner la base. Il est essentiel de maintenir une cohérence dans la gouvernance de ces systèmes d’information afin de garder la fiabilité des informations. Nous devons aussi raisonner l’accès à ces informations afin de pouvoir y conduire des travaux de recherche à caractère d’intérêt général.

. A qui appartiennent les données d’élevage ?

P. P. - Une donnée en tant que telle n’a pas de valeur. C’est son traitement par les acteurs qui va générer de la valeur. Comme les données de santé humaine, les données de l’élevage peuvent être sensibles et confidentielles. Il faut que l’éleveur ait confiance dans son système d’information pour accepter de laisser ses données. Pour qu’il y ait cette confiance, le traitement des données doit être réalisé avec son consentement.

. Big data, open data, long data… Qu’est-ce que c’est ?

P. P. - On appelle « big data » l’augmentation considérable des bases et flux de données. « L’open data », c’est la mise à disposition de données publiques pour que les acteurs puissent travailler dessus et les valoriser. Par exemple, l’Inra vient de s’engager dans une politique d’open data et, par là, reconsidérer les moyens d’accès à ses productions. Le concept de « long data » fait lui référence à la capacité de traiter les données archivées sur de longues périodes. Ce travail de revalorisation des données anciennes dormantes est très intéressant en élevage où les informations génétiques par exemple, sont archivées de façon précise depuis trente ans.

. L’Europe s’est donnée une stratégie numérique pour 2020. L’élevage peut-il en profiter ?

P. P. - Comparée aux grandes régions mondiales, l’Europe est en retard sur le numérique. Il n’y a, par exemple, pas d’acteur majeur européen du numérique comme Google ou Facebook et la plupart des données produites en Europe sont traitées et stockées aux USA et en Asie, ou via des outils américains. En se dotant d’une vraie stratégie numérique, l’Europe est prête à investir 80 milliards d’euros d’ici 2020. A condition de savoir s’allier et travailler en équipe avec nos voisins européens, l’élevage français est éligible à participer à cette stratégie européenne.
 

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires