La filière roquefort cherche un nouveau souffle

Bernard Griffoul - Réussir Pâtre Janvier 2012

La filière roquefort cherche un nouveau souffle
Pour la campagne en cours, 54 % des éleveurs se sont prononcés pour une période de traite hâtive et 44 % pour une traite tardive, contre respectivement deux tiers et un tiers auparavant. © B. Griffoul

Pour faire face à sa situation difficile, la filière roquefort a ouvert plusieurs chantiers . Une réflexion interprofessionnelle qui sera matérialisée dans un ambitieux « plan à long terme ».

Revenir à la référence ?

Robert Glandières, président de la FRseb. © B. Griffoul
« Nous en avons marre d’entendre dire à Paris que le lait de brebis, dans le bassin de Roquefort, est une filière riche ».

Dans les débats interprofessionnels, les industriels font remarquer avec insistance que 130 millions de litres de lait, soit peu ou prou l’équivalent de la référence (1 et 2), sont rémunérés autour d’un euro le litre. Un volume qui sert à fabriquer les produits de grande consommation, bien valorisés. Les 39 millions restant sont payés moitié prix (492 €/1000 l). « Ces 130 millions ne suffiraient-ils pas à assurer la viabilité des 2 000 exploitations du rayon », semblent dire les industriels, ajoutant en substance : « La répartition de la référence est-elle équitable ? ».Le président de la FRseb se méfie de ces raisonnements à ‘l’emporte-pièce’ car la situation et la dynamique des exploitations sont trop diverses pour pouvoir tirer des conclusions aussi rapides. Mais, il invite les éleveurs à faire le point pour évaluer l’intérêt de produire de la classe 3 et les organismes techniques à « adapter leurs missions » pour les accompagner dans ces réflexions. Quant au débat sur les références, de nouvelles règles dites ‘de l’escargot’ vont rapidement être finalisées afin de « laisser le lait aux régions de la production d’origine ».Lors de la cessation d’un point de collecte, les volumes libérés seront redistribués aux éleveurs situés autour sur la base de modalités encore en discussion. Pas question pour autant de « bouleverser le système des références ».

« Nous en avons marre d’entendre dire à Paris que le lait de brebis, dans le bassin de Roquefort, est une filière riche », s’est exclamé Robert Glandières, président de la Fédération régionale des syndicats des éleveurs de brebis (FRseb), lors de l’assemblée générale, relatant des propos entendus récemment dans les couloirs feutrés du ministère de l’Agriculture. Une récente étude de CER France a montré « qu’un tiers des éleveurs sont en situation difficile », oppose-t-il. La sécheresse qu’ils viennent de connaître, l’une des pires jamais vues, pas plus que la flambée du prix des intrants ne sont faits pour arranger les choses. Les âpres négociations sur le prix du lait, qui ont marqué la dernière campagne, sont le reflet de ces difficultés.
Pour la filière, 2010 a donc été « une année de réflexion » au cours de laquelle ont commencé à s’élaborer plusieurs projets de nature à lui redonner des marges de manœuvre. L’interprofession prépare un « plan à long terme » (PLT). Il n’éludera aucune question, aussi bien au niveau de la production que de la transformation ou de l’organisation interprofessionnelle.

Retrouver les ventes de roquefort d’ici trois ans

L’un des problèmes les plus aigus est sans nul doute l’érosion continue des ventes de roquefort. Elle s’est encore poursuivie en 2010, surtout à cause du conflit qui oppose le principal fabricant, Lactalis, au distributeur Leclerc. Depuis cinq ans, ce sont près de dix millions de litres de lait qui ont été transférés sur les mauvaises valorisations. Situation qui oblige depuis deux ans la filière à dégager du lait de la classe 1 (payé 1165 €/1000 l) au prix de la classe 3 (330 €). La fin des surtaxations américaines redonne quelques espoirs même s’il sera difficile pour le roi des fromages de reprendre les places laissées à d’autres.
Quoiqu’il en soit, la filière se donne pour objectif de retrouver d’ici trois ans les volumes antérieurs, soit 18 500 tonnes, qui permettraient de revenir à 50 % des volumes de lait transformés en roquefort. Les études consommateurs montrent que le roquefort est quelque peu victime de son positionnement haut de gamme. Il séduit de moins en moins les jeunes et ne parvient pas à capter les nouveaux usages des fromages. Sa consommation se replie sur les régions de production. La commission publicité de l’interprofession vient d’engager une réflexion pour construire une stratégie de communication à long terme.

Image 9

Une marque pour le fromage à salade

« Sans préjuger de ce qu’il en sortira, nous pensons que les producteurs doivent être davantage associés à des actions de promotion », a avancé Robert Glandières. Aller dans les magasins pour expliquer par exemple aux consommateurs que le roquefort doit être sorti du réfrigérateur bien à l’avance pour apprécier toutes ses qualités gustatives et lui donner envie d’en racheter. Premier galop d’essai au prochain salon de l’agriculture de Paris. « C’est un nouveau challenge auquel nous serons tous mis à contribution », a insisté Joël Acher, secrétaire général de la Frseb.
« Par ailleurs, nous attendons beaucoup des nouvelles diversifications qui nous sont annoncées », a ajouté Robert Glandières. Plus largement, pour la moitié de la production, non transformée en roquefort, il s’agit « d’amener du volume sur les lignes bien valorisées et de la valeur sur les lignes mal valorisées ».
C’est d’ailleurs le fromage à salade, avec des fabrications en nette augmentation en 2011 (+ 5,38 %), qui a permis de limiter les dégâts. « Nous devons reconnaître à nos partenaires fabricants tous les efforts réalisés pour le développement de ce marché », a convenu Robert Glandières. L’interprofession projette de créer une marque collective pour mieux identifier l’ex-féta. Mais, hormis ce dernier, toutes les utilisations valorisantes du lait sont en recul au profit du lait vrac livré hors France. Quant au pécora, la moins bonne valorisation, il est en chute libre. Ce qui a un effet positif sur le mix produit car le lait vrac est mieux payé, sauf qu’il peut revenir sous forme de fromages concurrents. La commission de production de l’interprofession poursuit son travail sur la maîtrise et l’étalement de la production, l’autre grand chantier de la filière, afin d’améliorer la valorisation du lait. Des mesures transitoires s’appliquent pour la campagne en cours. La durée minimale de traite a été supprimée ainsi que l’affectation dans une zone de traite.

Etalement et prévision de collecte

Chaque producteur a choisi la période dans laquelle il voulait se positionner : soit hâtive (traite possible du 15 novembre au 31 juillet) avec des primes de début de campagne (de 230 à 50 €/1 000 l sur les trois premières quinzaines) ; soit tardives (du 15 décembre au 31 août) avec des primes de fin de campagne (de 30 à 270 €/1 000 l sur les quatre dernières quinzaines).
La pénalité de dépassement sur la période allant du 15 janvier au 15 avril est identique pour tous les producteurs (250 €/1000 l). Un prévisionnel de production a également été mis en place afin de connaître les intentions des éleveurs vis-à-vis du début de traite. Cette modélisation reste à perfectionner mais elle est véritablement novatrice pour la filière et devrait s’avérer très précieuse pour anticiper la courbe de collecte et par conséquent les fabrications. 

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires