La prévention un enjeu d’avenir

Un dossier de Véronique Bargain - Réussir Pâtre Juin-Juillet 2013

La prévention  un enjeu d’avenir
La prévention peut avoir des limites techniques, scientifiques, économiques, psychologiques ou philosophiques. © Ciirpo

De nombreux facteurs concourent à faire de la prévention un enjeu d’avenir majeur. La maîtrise du risque se heurte toutefois à certaines limites.

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La prévention  un enjeu d’avenir
Ciirpo

Voir dossier de Réussir Pâtre de juin-juillet.  R. Pâtre n°605, p. 20 à 28.

Le plan « EcoAntibio 2017 », qui vise à réduire de 25 % l’usage des antibiotiques vétérinaires en cinq ans, les débats autour du découplage prescription-délivrance du médicament, l’orientation vers l’agro-écologie, la recherche d’une alimentation plus saine, la conjoncture économique : tout aujourd’hui concoure à renforcer l’intérêt de la prévention, qui consiste à éviter l’émergence d’une maladie et à en limiter le développement. « La santé est un état d’équilibre qui détermine les capacités de résistance à l’agression, souligne Philippe Casamitjana, de la SNGTV(1). La maladie survient lors d’une rupture de cet équilibre, provoquée par une cause externe mais favorisée par un déséquilibre latent qui peut être lié à plusieurs facteurs. » Les principaux facteurs de risque de déclenchement de maladies sont l’alimentation (52 %), le logement (20 %), les techniques d’élevage (15 %) et les facteurs génétiques (5 %).
La prévention des pathologies d’ordre alimentaire passe par l’adéquation des apports et des besoins, les transitions alimentaires, un allotement suffisant. L’aliment doit être appétent et accessible sereinement. Les corrections doivent permettre l’adaptation parfaite aux besoins et des apports tampons peuvent permettre de réguler le pH. Enfin, « la vaccination contre l’entérotoxémie doit être systématique sur les lots à risque » estime le vétérinaire.
La prévention du risque bâtiment est également essentielle, notamment pour les jeunes. Même si les problèmes respiratoires peuvent être en partie maîtrisés par la vaccination pasteurellose, celle-ci ne remplace pas le contrôle de l’ambiance. Des outils existent pour le diagnostic des bâtiments et leur aménagement. « La séparation des agneaux de moins de 3 jours, 3 à 15 jours et plus de 15 jours permet de suivre l’évolution des besoins en ventilation et confort thermique de la naissance au départ de l’élevage. Cette séparation toutefois est souvent difficile à mettre en pratique. »

Prévention globale et maîtrise du risque infectieux

La maîtrise du risque infectieux est un autre aspect de la prévention. La première règle est que l’agent pathogène ne doit pas être introduit dans l’élevage. Les achats ou prêts d’animaux nécessitent donc de connaître le statut du cheptel de départ. « La maîtrise sanitaire se heurte souvent à une mauvaise gestion sanitaire des introductions et mélanges d’animaux », constate Philippe Casamitjana. La désinfection des personnes entrant dans l’élevage est également utile. Et pour que le pathogène ne circule pas dans le troupeau s’il est introduit, une vraie quarantaine avec isolement des animaux et des analyses appropriées sont indispensables. Une autre règle estime que si un agent pathogène est présent dans le troupeau, les animaux sortant de l’élevage ne peuvent être introduits que dans des cheptels compatibles au plan sanitaire. Un autre point important est que le pathogène ne doit pas pouvoir infecter l’homme, ce qui suppose notamment de signaler les maladies pouvant l’affecter (maladies abortives, salmonellose, botulisme…). Enfin le pathogène ou ses conséquences ne doivent pas persister dans l’environnement, ce qui implique une bonne gestion des produits de traitement.
La prévention a toutefois des limites techniques, scientifiques, économiques, psychologiques, philosophiques. Le diagnostic de la paratuberculose est ainsi rendu difficile parce que les tests ne détectent qu’une partie des animaux suspects (72 % pour la PCR sur fécès, 35 % pour l’Elisa sur le sang) et parce que des animaux meurent tard sans diagnostic et que l’éleveur finit par considérer cette mortalité comme plus ou moins normale. L’amélioration des conditions d’élevage n’est pas non plus toujours réalisable. Pour les pathologies respiratoires, si la métaphylaxie et la vaccination pasteurellose s’imposent dans un premier temps, l’aménagement du bâtiment pour améliorer l’ambiance est nécessaire mais pas toujours réalisable.
La vaccination a également ses limites puisque qu’il n’existe pas de vaccin pour toutes les maladies, que l’efficacité d’un vaccin n’est jamais de 100 %, qu’il faut parfois vacciner plusieurs générations pour contrôler la maladie. La prévention peut aussi se heurter au manque de connaissances scientifiques sur une pathologie déjà présente ou émergente.

La prévention passe par un bilansanitaire complet

Une limite importante est l’aspect économique, parce qu’il n’est pas facile d’évaluer le coût des mesures préventives et surtout leur retour sur investissement, en incluant le temps passé à gérer la maladie et la prévention. Enfin, la prévention peut se heurter à des contraintes incontournables (agriculture biologique, ferme pédagogique) ou à des choix philosophiques. « La prévention doit passer par un bilan sanitaire complet, par l’évaluation économique des pertes et par le choix et la hiérarchisation de quelques mesures qu’il faut ensuite évaluer périodiquement », estime Philippe Casamitjana. Une certaine « hauteur de vue » est nécessaire et peut amener à imaginer des solutions non envisagées au départ : changement du mode de production ou de la race, arrêt de la transhumance, changement d’espèce…

(1) Société Nationale des Groupements Techniques Vétérinaires. La SNGTV a organisé en mai à Nantes des journées consacrées à la prévention.

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