Les broussailles stabilisent le pâturage du troupeau

Cyrielle Delisle - Réussir Pâtre Octobre 2013

Les broussailles stabilisent  le pâturage du troupeau
Pelouses embroussaillées : surfaces en herbe où les broussailles ont un taux de recouvrement inférieur à 30 %. DR

L’Inra et le Cerpam ont mené une étude pour mieux comprendre les capacités dont peuvent faire preuve des ovins en collines embroussaillées.

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Landes plus ou moins fermées par les broussailles : landes claires ou assez fermées avec 30 % à 60 % de couvert en broussailles et landes fermées avec un couvert supérieur à 60 %. DR

Les zones pastorales représentent des paysages attractifs et un refuge pour la biodiversité, mais constituent également un moyen pour nombre d’éleveurs ovins de conforter leurs systèmes d’exploitation avec une ressource alimentaire bon marché. Par ailleurs, des travaux récents(1)  ont mis en avant l’intérêt de ces fourrages grossiers. Ils montrent ainsi que leur valeur alimentaire est encore trop souvent sous-estimée et soulignent la mise en place de stratégies d’association de ces végétaux par les animaux, ce qui augmente les quantités ingérées.

Une étude a donc été menée pour observer le comportement spatial des troupeaux ovins en collines embroussaillées afin de mieux comprendre les aptitudes des animaux et mieux valoriser ces parcours. L’expérimentation a porté sur l’observation de deux troupeaux ovins de race mérinos d’Arles de 950 et 860 têtes, gardés par des bergers, conduits sur deux zones pastorales de collines embroussaillées du sud de la France (massifs du Petit Lubéron et des Alpilles).

Un pâturage fractionné sur une succession de petites surfaces

L’analyse montre les adaptations comportementales des troupeaux « qui consacrent quotidiennement cinq à six heures à pâturer. Les distances parcourues s’échelonnent entre 3,7 et 5 kilomètres. Les troupeaux fractionnent leur activité de ‘pâturage intense’ — au moins 80 % des moutons pâturant en même temps — en de multiples périodes, de cinq à neuf par circuit quotidien. La surface occupée instantanément par les troupeaux lors de ces périodes de pâturage intense, souvent brèves, est de 0,5 hectare en moyenne », notent les auteurs de l’étude.
Ce fractionnement de l’activité de pâturage sur une succession de différentes zones et la relative brièveté de chaque période de pâturage intense sont compensés par leur répétition et par des périodes de pâturage moins intense appelées « pâturage déplacement ». Le fait que ces troupeaux aussi importants puissent pâturer instantanément une succession d’espaces aussi petits participe à la reconnaissance de ces collines embroussaillées comme « espace ressource ».

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Bois embroussaillés : les arbres atteignent un couvert supérieur à 25 %.

Le relief crée des ruptures de visibilité changeant l’activité du troupeau

Les moutons exploitent par ailleurs des milieux très embroussaillés, jusqu’à 80 % de taux de recouvrement arbustif. Dans ces zones arbustives, les animaux recherchent des espèces herbacées moins accessibles mais mieux protégées du froid. La strate arbustive joue également un rôle autre qu’alimentaire. Elle contribue à stabiliser le troupeau en activité de pâturage, en le ralentissant.
Au-delà d’un taux de 80 % de recouvrement arbustif, « le troupeau n’a pas été observé en activité de pâturage intense. En dessous de cette limite, c’est la combinaison du taux moyen de recouvrement arbustif et de la hauteur moyenne des arbustes qui est discriminante. Ainsi, un seuil de hauteur des arbustes variant entre 40 et 60 centimètres paraît être déterminant pour obtenir du pâturage intense dans des milieux embroussaillés jusqu’à un taux de 80 % », poursuivent les auteurs de l’étude. La hauteur permet justement à la brebis de continuer de voir ses congénères. Par contre, sur des surfaces où le taux d’embroussaillement est plus faible, compris entre 40 et 60 %, le troupeau réussit à se stabiliser en activité de pâturage intense même quand la hauteur moyenne des arbustes est plus élevée, jusqu’à 80 centimètres.
Ainsi, en deçà du seuil de 80 % de recouvrement arbustif, la combinaison entre taux de recouvrement et hauteur arbustive joue un rôle clé dans le choix des lieux pâturés. Par ailleurs, le relief du terrain n’est pas sans conséquence. Des reliefs aisément franchissables limitent de façon beaucoup plus fréquente le pâturage intense que des formes de relief infranchissables, en créant une rupture de visibilité entre les brebis suffisante pour provoquer un changement d’activité du troupeau. « Des critères de formes de relief, de taux et de hauteur d’embroussaillement, de limite de visibilité, permettent de caractériser les bases de pâturages. Tous ces critères sont nécessaires pour repérer les zones favorisant la stabilisation du pâturage des troupeaux. »
 
(1) Compte-rendu de l’étude paru dans la revue Changement climatique, prairies et systèmes fourragers (I), de l’Association française pour la production fourragère (AFPF).

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