Les défis et les outils de la filière ovine laitière corse

diagnostic précis de l’état de notre filière en 2020 pour développer une compétitivité régionale, ancrée dans nos territoires ». p C. de Boissieu, Institut de l’élevage - Réussir Pâtre Novembre 2011

Troupeau de brebis au pâturage en Corse. (DR)
L’île compte 404 exploitations ovines laitières.

Quels sont les enjeux qui attendent la filière ovine laitière corse dans les dix années à venir. C'est un des sujets de réflexion que les représentants des instances génétiques, techniques et interprofessionnelles des trois bassins de production de lait de brebis français ont abordé lors de l'Assemblée générale du Comité national brebis laitières (CNBL), qui se tenait cette année sur l'Ile de Beauté.

Avec une production de plus de 10 millions de litres de lait chaque année, la Corse est le troisième bassin de production de lait de brebis français avec le Rayon de Roquefort et les Pyrénées-Atlantiques. Présentes essentiellement en Haute-Corse et dans les régions d’Ajaccio et de Sartène, les 404 exploitations ovines laitières de l’île totalisent 97 000 brebis, majoritairement de race corse, pour une production moyenne de 30 000 litres de lait par exploitation. Parmi elles, un quart des éleveurs de brebis laitières sont également producteurs fromagers fermiers et transforment un peu plus de 3 millions de litres, soit 30 % de la production corse.
En s’appuyant sur une race locale adaptée aux conditions de production parfois difficiles de l’île, la filière ovine laitière corse bénéficie d’un fort ancrage territorial (64 % des fromages produits en Corse sont destinés au marché local) et représente un poids économique important, autant sur le plan agricole qu’à l’échelle insulaire. Avec un marché porteur, les produits profitant d’une excellente notoriété (le Brocciu, fromage de lactosérum, est protégé par une AOC depuis 1998), les producteurs livreurs bénéficient en outre d’un prix du lait relativement incitatif (1 240 €/1 000 litres en moyenne sur la dernière campagne).
Mais malgré ses nombreux atouts, la filière corse doit aujourd’hui faire face à des signaux d’alerte inquiétants : une production en baisse du fait d’un vieillissement des professionnels, un faible taux d’installation et des transmissions hors cadre familial inexistantes, des difficultés d’accès au foncier de part la forte spéculation touristique et l’indivision des propriétés, la faible structuration des exploitations… Une étude financée par FranceAgriMer menée par un cabinet privé, Abso Conseil, en collaboration avec l’Interprofession laitière ovine caprine corse (ILOCC) alerte sur la situation de la filière : avec une seule installation pour cinq départs à la retraite actuellement, l’impact de l’évolution démographique sera tel qu’une diminution du nombre d’éleveurs et de la production de lait de 40 % peut être anticipée pour 2020, soit 6 millions de litres en moins. Un constat d’autant plus inquiétant que le bassin corse doit faire face à la concurrence croissante de la surproduction de lait de brebis (avec 3 millions de brebis laitières, la Sardaigne ne se trouve qu’à une dizaine de kilomètres) entrainant l’entrée chaque année d’1,5 million de litres de lait vers la Corse.

Stabiliser la production locale

Pour stabiliser la production locale d’ici 2020, les orientations portées par la profession sont claires : sécuriser les exploitations existantes en améliorant leur rentabilité économique et en modernisant les structures, et favoriser l’installation de jeunes éleveurs en leur garantissant une exploitation viable ainsi que des conditions de travail décentes. Pour accompagner ces objectifs, la filière s’appuie sur les outils de développement déjà existants : une race locale et un schéma de sélection performant géré par l’OS Brebis Corse et la coopérative Corsia qui assurent la diffusion d’une génétique de qualité (la productivité moyenne des élevages en sélection est passée de 100 litres/brebis à la fin des années 90 à 144 litres/brebis en 2010) ; une station expérimentale sur l’élevage ovin à Altiani gérée par l’Office de développement agricole et rural de Corse (ODARC) ; une diffusion technique et génétique en progression via l’appui technique (OS Corse/chambres d’agriculture/ILOCC) et l’appui spécifique sur le pastoralisme et la gestion des cultures (Office de l’environnement corse) ; des aides à l’investissement dans le cadre du Plan de développement Rural Corse et enfin une AOC sur le Brocciu et des démarches de certification en cours sur les autres fromages.
Enfin, l’adhésion historique de l’OS brebis corse au Comité national brebis laitières, association nationale des organismes techniques et génétiques en brebis laitières, permet à la filière et à ses partenaires de bénéficier d’un large réseau technique sur l’ensemble des sujets intéressant la brebis laitière comme l’amélioration génétique, l’alimentation ou encore la reproduction. Autant d’atouts sur lesquels s’appuie la filière corse pour relever le défi qui l’attend dans les dix prochaines années.

Source : ILOCC et OS Brebis Corse.

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