Lutte contre la fièvre catarrhale en 2009 : Une vaccination généralisée nécessaire

Dr Didier GUERIN

La campagne de vaccination obligatoire contre la fièvre catarrhale induit nombre de questions. Cet article apporte des réponses rationnelles afin que cette nécessaire campagne de vaccination soit réussie pour le bien collectif de l'ensemble de l'élevage creusois.

Face aux interrogations que suscitent la fièvre catarrhale et son approche vaccinale, une étude rationnelle basée sur des avis de personnalités ou de structures scientifiques, nationales ou internationales reconnues, semble indispensable afin que la mobilisation de tous puisse engendrer la réussite collective et un retour le plus important pour chacun. En matière de gestion sanitaire, il n'existe pas d'autre alternative face à une épizootie.

Une vaccination généralisée prônée par l'AFSSA, demandée par les pays touchés par l'épizootie

Philippe Vannier, de l'AFSSA, indiquait dans la lettre de la pharmacovigilance vétérinaire de novembre 2008 (consultable sur notre site www.gdscc.fr) : « Cette situation (vis à vis de la fièvre catarrhale) est très préoccupante à l'échelle nationale et justifie l'ampleur du plan de vaccination mis en place car c'est, vu l'ampleur de l'épizootie, le seul moyen de limiter les conséquences économiques immédiates de ces infections par des sérotypes successifs du virus de la FCO ». Fin septembre 2008, 17 pays de l'UE (tous les pays touchés sauf la France, le Danemark et le Royaume-Uni) sont intervenus au Conseil de l'Union Européenne pour déclarer que « la FCO est devenue ces dernières années une des plus grandes menaces pour le bétail européen avec une épidémiologie atypique et imprévisible », pour affirmer qu'ils étaient « favorables à une approche harmonisée européenne dans le but d'éradiquer l'épizootie et basée sur une vaccination à grande échelle » et qu'ils invitaient « la Commission Européenne à en assurer la coordination et à l'encourager par un financement adéquat ».

Une efficacité de la vaccination conditionnée par sa généralisation

L'état de santé des animaux peut interférer avec la qualité de la réponse immunitaire obtenue au niveau individuel mais il ne faut pas oublier que c'est avant tout un taux de couverture vaccinale élevé qui peut garantir l'efficacité d'une campagne vaccinale. Etienne Thiry, Professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Liège, spécialiste des maladies virales, indique : « Les vaccins n'ayant pas été testés pour la protection de l'infection placentaire et foetale, c'est l'effet épidémiologique de la vaccination de masse qui amène un impact positif sur les troubles de la reproduction ». Liliane Rehby rappelait aux journées nationales GTV : « La maîtrise de la circulation virale, et, donc, la pleine efficacité de la vaccination demandent une vaccination d'un minimum de 80% des animaux des espèces sensibles présents pendant la période de circulation virale ».

Des vaccins avec des garanties de qualité, d'innocuité et d'efficacité

Sont disponibles en France des vaccins bénéficiant d'une ATU (autorisation temporaire d'utilisation) pour les bovins et les ovins. Ces vaccins sont tous des vaccins inactivés (virus vaccinal tué). L'AFFSA précise : « Le recours à l'ATU a lieu en cas d'épizootie ou de crise sanitaire particulière lorsqu'il n'y a pas de médicament vétérinaire autorisé approprié. (...) Comme pour une AMM, le fabricant doit fournir des données en matière de qualité pharmaceutique, d'innocuité et d'efficacité du médicament. L'autorisation est délivrée pour un an. Le maintien de l'autorisation repose sur un bilan annuel incluant des données sur l'évolution de la maladie, le recueil des cas de pharmacovigilance, les chiffres d'utilisation et l'avancement des études en cours pour le dossier de demande d'AMM ».

Un bilan de pharmacovigilance très favorable…

L'AFSSA rappelle dans sa note du 20 mars 2008 sur l'impact éventuel de la vaccination contre la FCO sur la reproduction que « tous les vaccins utilisés sont inactivés, et donc de ce fait que l'antigène en soi ne peut induire d'effet indésirable. Par ailleurs, les adjuvants retenus sont ceux déjà autorisés dans de nombreux autres vaccins ». Les données de pharmacovigilance publiées par l'AFSSA dans la lettre de la pharmacovigilance vétérinaire de novembre 2008 permettent de confirmer l'innocuité des vaccins sur la gestation : « Au 18/09/08, 40 millions de doses ont été livrées depuis mars 2008 pour le sérotype 8, et 11,2 millions de doses pour le sérotype 1. Depuis la mise en place de la vaccination, l'Agence nationale du médicament vétérinaire a reçu 216 déclarations d'effets indésirables chez les bovins et 38 déclarations chez les ovins. 1,2 % des animaux impliqués dans ces déclarations sont morts. Le lien entre le vaccin administré et la mortalité n'a pu être mis en évidence que dans 9 déclarations. L'analyse de ces déclarations a montré que moins d'un animal vacciné sur 50.000 est susceptible de présenter un effet indésirable et que moins d'un animal vacciné sur 200.000 est susceptible de mourir. Ces incidences sont considérées comme très rares ».

… les effets observés sont dus à la maladie…

Sur le risque d'avortement qui serait induit par la vaccination, l'AFSSA répond : « Il est très important de différencier la maladie, qui peut provoquer des avortements, du virus vaccinal. Ce dernier est tué et ne peut donc en aucun cas être à l'origine des symptômes ». Il est en effet primordial de se rappeler qu'en 2008, la vaccination n'a pu se faire, en Creuse, qu'en même temps que la circulation virale pour une majeure partie des animaux. Ainsi, si l'efficacité de la vaccination n'a pas atteint le plein effet, elle a diminué l'impact de la maladie dans nombre d'élevages et les symptômes observés ne sont pas en relation avec la vaccination mais émanent du virus et de son impact clinique.

… mais faire part de toute anomalie pour constituer un suivi de pharmacovigilance

L'AFSSA complète en indiquant : « En revanche, comme tout médicament, les vaccins inactivés peuvent être à l'origine de réactions générales (hyperthermie, allergie…) qui, elles-mêmes, peuvent entraîner des troubles de la reproduction ». Ces phénomènes sont très rares mais impliquent la constitution d'un dossier de pharmacovigilance (cette démarche s'applique à tous les médicaments vétérinaires) par le vétérinaire où seront indiquées les caractéristiques des animaux auxquels le médicament a été administré, les conditions d'administration, les signes cliniques observés, les examens complémentaires disponibles, en particulier toute information relative à l'identification des agents pathogènes, les informations relatives à l'environnement des animaux pouvant expliquer la réaction, toute information relative aux conditions de conservation du vaccin…

En conclusion, pour 2009, la meilleure prévention vis à vis de la fièvre catarrhale, une vaccination généralisée avant la reprise de la circulation virale

La prescription majeure dans le cadre de la lutte contre une épizootie est la mise en place d'une vaccination généralisée avant la circulation virale. Ce qui n'a pas pu être pleinement réalisé en 2008, du fait de la disponibilité insuffisamment précoce des vaccins, peut être obtenu en 2009 avec une dotation vaccinale suffisante avant la reprise de l'activité vectorielle, source de circulation virale. En 2008, nous avons subi de plein fouet l'épizootie sérotype 8. L'impact clinique a été conséquent avec des effets qui ne se découvrent que maintenant dans certains élevages. L'immunité naturelle qui en découle peut être de bonne qualité mais à un coût très supérieur à une vaccination d'un point collectif du fait des pertes et frais de traitement engendrés. Dans certains élevages, les conséquences s'avèrent catastrophiques sans relation avec la qualité du suivi mais du fait du fort caractère pathogène de ce virus. En 2009, nous serons au front de la progression du sérotype 1. Cela implique que pour une efficacité technique, sanitaire et, par conséquent, économique collective et individuelle, chacun s'engage dans cette vaccination généralisée même si les conditions de réalisation restent difficiles. Sur ce sujet particulièrement compliqué, je reste à votre disposition pour toute information complémentaire.

Source Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

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