Marchés : La production laitière espagnole en pleine crise

Geb, Institut de l'élevage

L'Espagne valorise son lait de chèvre en fromage au lait de mélange ou à l'exportation vers la France. Mais la baisse de la demande française entraîne une diminution importante des prix.

Avec 2,1 millions de chèvres, l'Espagne détient le second cheptel caprin de l'Union européenne derrière la Grèce. Mais avec plus de deux fois plus de chèvres qu'en France, elle ne produit qu'environ 490 millions de litres de lait par an, soit moins que les 570 millions de litres hexagonaux. En effet, seules les deux tiers des chèvres sont traites, les autres étant vouées à l'allaitement des chevreaux.

Le lait de chèvre est produit majoritairement dans le Sud et dans les Canaries. L'Andalousie, la Murcie, l'Estremadure et la Castille la Manche totalisent 70 % des chèvres traites.

Le lait de chèvre est produit majoritairement dans le Sud et dans les Canaries. L'Andalousie, la Murcie, l'Estremadure et la Castille la Manche totalisent 70 % des chèvres traites.

La faiblesse d'un lait d'appoint

Destiné principalement à la fabrication de fromages au lait de mélange puis à l'exportation vers la France, le lait de chèvre espagnol est d'abord un produit d'appoint. La collecte de l'Espagne continentale, les Iles Canaries mises à part, s'élevait à environ 380 millions de litres en 2008, dont 215 millions de litres en Andalousie. L'évolution de la collecte (globalement en forte progression) a épousé les fluctuations de la demande française. Elle a bondi de 1998 à 2002, quand la France manquait de lait, puis elle a reflué de 2003 à 2005 avec la baisse des importations françaises, pour de nouveau remonter légèrement en 2006 et sans doute nettement reculer en 2010. Depuis quelques années, cependant, les Pays-Bas participent de plus en plus à l'approvisionnement des entreprises françaises. En 2008, lorsque les importations françaises atteignaient un niveau record, la fourniture de l'Espagne n'a probablement pas dépassé l'équivalent de 80 millions de litres soit environ 20 % de la collecte du pays. En 2009, les importations françaises ont dû rester inférieures à 60 millions de litres avec la concurrence accrue des Pays-Bas. Et en ce moment, l'Espagne subit de plein fouet les réductions drastiques de 2010.

L'exportation ne concernant que 20 % des volumes fabriqués, la plus grande partie de la collecte espagnole va dans les fabrications de pâtes pressées au lait de mélange qui sont la grande tradition du pays à côté du Manchego au lait de brebis. Les fabrications industrielles de fromages pur chèvre étaient estimées à 20 400 tonnes en 2008 (6 % des volumes totaux), soit l'équivalent de 140 millions de litres de lait. En conséquence, le volume de lait de chèvre intégré dans les fabrications au lait de mélange pouvait être estimé à 160 millions de litres. Selon cette hypothèse, la proportion moyenne de lait de chèvre dans les fromages au lait de mélange produits en 2008 s'établit à environ 15%. Les grands fabricants espagnols, Forlasa (racheté en 2010 par Lactalis) et Garcia Baquero, produisent essentiellement du fromage type Manchego, en pur brebis avec l'appelation d'origine, mais surtout en lait de mélange, et très peu de fromages pur chèvre.

Les filières française et espagnole ont des intérêts imbriqués avec les importations de lait vers la France et la présence des entreprises françaises en Espagne. (G. Barbin)

Les filières française et espagnole ont des intérêts imbriqués avec les importations de lait vers la France et la présence des entreprises françaises en Espagne. (G. Barbin)

 

Le pur chèvre en croissance

Pourtant, les fabrications de fromages pur chèvre ont doublé depuis 2000. Elles sont le fruit de stratégies diverses. Des artisans ou des petites coopératives, comme Corsevilla en Andalousie ou Coolosar en Estrémadure, développent des produits pur chèvre avec une image terroir pour une clientèle de proximité. Des coopératives de collecte d'Andalousie, de Murcie, de Castille-Leon et des opérateurs privés faisant le commerce de lait sur le marché espagnol et à l'export vers la France ont aussi développé ces dernières années des fabrications de fromages en complément de ce négoce. Une façon de pallier les difficultés et les incertitudes du marché de la matière première.
Les deux filières caprines française et espagnole ont des intérêts imbriqués avec d'une part l'importance des importations de lait pour la filière française mais aussi avec les fabrications réalisées en Espagne par des entreprises françaises, par Fromandal la filiale de Eurial, par Angulo filiale de Bongrain en Andalousie et par Lactalis en Castille-Leon. La reprise par Lactalis de Forlasa, un des deux grands fabricants de fromage espagnols, va encore accentuer l'implication de la filière française en Espagne. De même le regroupement entre Eurial et le GLAC peut peser sur le devenir de l'implantation en Espagne.
Du côté des producteurs espagnols, la Fédération andalouse des coopératives a annoncé le regroupement des principales coopératives de collecte qui représenterait 27 % de la collecte en Andalousie. Certaines fabriquent déjà des fromages de chèvre et pourraient renforcer leur présence sur le marché des fromages.

Plus de la moitié du cheptel national se trouve dans les 2600 élevages de plus de 250 chèvres. (S. Espinosa)

Plus de la moitié du cheptel national se trouve dans les 2600 élevages de plus de 250 chèvres. (S. Espinosa)

 

De plus en plus intensifs

Environ 17 000 exploitations détiennent plus de 10 chèvres, laitières ou allaitantes. Mais seulement 8000 éleveurs disposent d'un troupeau de plus de 50 chèvres. Si des coopératives indiquent collecter encore des troupeaux de 30 à 40 chèvres, la majorité de leurs livreurs détient entre 150 et 300 chèvres.
Au-delà de la taille, il y a une diversité de systèmes d'élevage laitiers, généralement classés selon l'importance du pâturage : depuis des systèmes semi-extensifs où au moins 60 % de la ration viennent du pâturage jusqu'aux systèmes intensifs hors sol où toute l'alimentation est achetée. Le plus fréquent est le système semi-intensif, où le pâturage ne compte presque plus, en étant fortement complété par du concentré, ou il est maintenu qu'à titre d'exercice pour les chèvres. Il est adopté lorsque les exploitations se spécialisent avec des races sélectionnées sur leur bon potentiel laitier comme la Murciano-Granadino, la Malagueña, la Florida et la Payoya, des races locales adaptées aux conditions du pays. Dans ces systèmes, la productivité oscille entre 300 et 500 litres de lait par chèvre, avec plusieurs périodes de mise bas (2 ou 3 en général) pour régulariser la production. La monotraite y est fréquente.
Ces systèmes évoluent vers toujours plus d'intensification et de simplification, avec la distribution de 1,5 à 1,8 kg de concentré par jour et des rendements pouvant atteindre au contrôle laitier 600 à 700 litres pour des lactations sur 210 jours.
Le prix de l'aliment du bétail a favorisé cette évolution avec un rapport constamment favorable au prix de vente du lait sauf dans la période récente.

 

Source Réussir La Chèvre Novembre-Décembre 2010

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