Marketing : La marque Sèvre et Belle s'affiche sans OGM

Damien Hardy

Depuis mars 2010, la coopérative laitière de la Sèvre appose sur ses fromages traditionnels une étiquette indiquant que le lait provient d'animaux non nourris avec des OGM. Une démarche marketing pour recruter de nouveaux consommateurs.

Enfin sur l'étiquette ! Depuis 12 ans que la coopérative laitière de la Sèvre (CLS) fabrique des fromages de chèvre avec du lait issu d'animaux nourris sans OGM, il était temps de le faire savoir au consommateur.
« Depuis le dernier salon du fromage en mars dernier, nous collons une étiquette verte indiquant ‘nourri sans utilisation d'OGM'sur tous nos fromages de chèvre moulés à la louche et vendus sous marque Sèvre et Belle » explique Eric-Marie Doucet, le directeur commercial de la coopérative située à Celles-sur-Belle, dans les Deux-Sèvres. Mais avant de pouvoir apposer cet autocollant, un long travail sur la qualité et la traçabilité du lait a été nécessaire pour que les éleveurs adoptent la « charte qualité de la production du lait pour la fabrication du fromage de chèvre de Sèvre et Belle » en 1998.

Protocole d'analyse

La charte de qualité mise en place il y a douze ans impose que la moitié de l'alimentation soit issue de l'exploitation ou du terroir. Pour renforcer ce lien au sol, la charte oblige aussi qu'il y ait du foin dans la ration et exclut les élevages hors-sol. Suivant le principe de précaution et convaincus qu'il fallait privilégier l'autonomie alimentaire des élevages, les coopérateurs ont, dès le début, interdit les OGM dans l'alimentation animale.
Cette charte qualité, signée par 100 % des éleveurs bovins et caprins de la coopérative, est contrôlée par des organismes extérieurs (la chambre d'agriculture des Deux-Sèvres ou le BTPL). Pour vérifier la conformité sur le critère OGM, la coopérative a incité ses adhérents à signer un contrat avec leurs fournisseurs d'aliment. Chaque année, une analyse de l'absence d'OGM dans l'alimentation est réalisée dans un tiers des élevages de façon à ce que tous les fournisseurs soient contrôlés. En cas de présence de plus de 0,9 % d'OGM dans l'aliment, le fournisseur est tenu par le contrat à venir reprendre l'aliment et à en redonner un autre sans OGM. Si le deuxième contrôle montre encore la présence d'OGM, l'éleveur perd sa prime qualité et se retourne vers son fournisseur qui doit à nouveau échanger la marchandise et payer d'importantes pénalités compensatrices. Ces cas sont heureusement rares mais une entreprise a quand même dû rembourser une prime qualité l'année dernière.
Avec un soja non OGM renchéri de 30 à 35 € la tonne par rapport au soja non certifié, le surcout pour l'éleveur est estimé à 2 à 3 € les 1000 litres. « Mais la prime qualité de 18,30 € aux 1000 litres accordée aux signataires de la charte compense largement les surcoûts » témoignent Laurent et Henri Bonneau, éleveurs en Gaec de 550 chèvres à Mougon (79).

Tous les fromages de chèvres moulés à la louche et vendus sous marque Sèvre et Belle reçoivent une étiquette indiquant l'absence d'OGM dans l'alimentation des troupeaux. (D. Hardy)

Tous les fromages de chèvres moulés à la louche et vendus sous marque Sèvre et Belle reçoivent une étiquette indiquant l'absence d'OGM dans l'alimentation des troupeaux. (D. Hardy)

 

Argument marketing

Pour vendre les fromages, l'étiquette, preuve de traçabilité, permet de se démarquer et renforce la confiance des consommateurs. « La garantie sans OGM de nos fromages permet de fidéliser notre clientèle et d'expliquer aux consommateurs ce qu'ils mangent » explique Guy Bonneau, le directeur de l'entreprise depuis 2003. Avec cet étiquetage, la laiterie souhaite aussi se faire connaître des consommateurs plus jeunes et plus sensibles aux questions des OGM. Une façon de compenser l'érosion des ventes de fromages traditionnelles, pénalisées par la disparition des rayons coupe dans les supermarchés. « L'an dernier, nous avons perdu les enseignes Simply Market qui ont supprimé les rayons coupe de la plupart de leurs magasins, regrette Eric-Marie Doucet. Heureusement, nous avons pu relancer notre produit phare, le chevrot, en créant un conditionnement pré-emballé avec un film microperforé sur une barquette en bois ».
« L'argument des animaux nourris sans OGM semble aussi recevoir un bon accueil à l'export, surtout dans les pays où ce genre d'étiquetage existe déjà comme en Suisse ou en Allemagne » apprécie le directeur commercial en précisant que la CLS réalise plus de 20 % de son chiffre d'affaires à l'international.

La fabrication traditionnelle des fromages (au lait cru, moulé à la louche, collecte quotidienne) n'empêche pas la fromagerie d'être certifiée ISO 9001 et bientôt IFS. (D. Hardy)

La fabrication traditionnelle des fromages (au lait cru, moulé à la louche, collecte quotidienne) n'empêche pas la fromagerie d'être certifiée ISO 9001 et bientôt IFS. (D. Hardy)

 

Site internet

« Nos fromages traditionnels comme le chevrot, le mothais sur feuille ou le chabichou du Poitou sont fabriqués au lait cru avec du lait ramassé quotidiennement et moulé à la louche » explique Eric-Marie Doucet. En indiquant sur les fromages l'adresse de leur nouveau site internet (www.chevreetbelle.fr), la coopérative laitière veut expliquer aux consommateurs pourquoi ses produits ont un coût lié, entre autres, à la garantie du lait sans OGM et à l'abondante main-d'oeuvre en fromagerie.
Ce souci de communication se retrouve aussi chez les coopérateurs qui réfléchissent à installer des panneaux de type « animaux nourris sans OGM » aux portes de leur ferme.

Source Réussir La Chèvre Mai -Juin 2010

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 1

Dasylvano

Petit coup de pub, tout ça est toujours valable!

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires