Nouveaux objectifs pour les lactations longues

Nicole Bossis de l’Institut de l’élevage et Damien Hardy - Réussir La Chèvre Janvier-Février 2013

Nouveaux objectifs pour les lactations longues
De plus en plus d’éleveurs pratiquent volontairement les lactations longues pour conserver leurs animaux plus longtemps ou pour réduire le travail au moment des mises bas. © D. Hardy

Une étude du réseau d’élevage caprin Poitou-Charentes, Vendée et Maine-et-Loire met en lumière de nouvelles pratiques de lactations longues. Les éleveurs l’apprécient pour écrêter le pic de travail, pour garder les hautes productrices vides ou pour limiter le risque de mortalité en fin de carrière.

Pour en savoir plus

Nouveaux objectifs pour les lactations longues

Voir dossier de Réussir La Chèvre de janvier-février 2013. R. La Chèvre n°314, p. 16 à 24.

La conduite en lactations longues s’est développée dans les élevages. Aujourd’hui, 70 % des exploitations du réseau d’élevage caprin Poitou-Charentes, Vendée et Maine-et-Loire pratiquent la lactation longue. Dans ces élevages, 15 % des chèvres en moyenne sont conduites ainsi et un quart des élevages ont plus de 60 chèvres en lactation longue. Au début, cette pratique était essentiellement mise en place suite à des échecs de reproduction ou pour recaler les primipares par rapport aux adultes. Aujourd’hui, les éleveurs utilisent les lactations longues pour d’autres raisons : alléger le travail, limiter les problèmes sanitaires autour des mises bas, produire du lait toute l’année, disposer d’une trésorerie régulière, ne plus se soucier de la vente des chevreaux…
Et s’il y a quelques années, la lactation longue était une pratique principalement associée au désaisonnement, c’est moins vrai aujourd’hui. Ainsi une enquête auprès de 23 élevages coordonnée par l’Institut de l’élevage montre que les lactations longues se rencontrent autant dans les élevages avec mises bas de saison que ceux avec mises bas désaisonnées. Les élevages enquêtés sont plutôt de grande taille (472 chèvres en moyenne) et avec des moyenne de troupeaux élevés (1 014 kilos de lait par chèvre).

Primipares et multipares

Dans cette enquête, une lactation a été considérée lactation longue à partir de 450 jours. Pour mémoire, en 2009, la durée moyenne de lactation des chèvres au contrôle laitier (lactations validées, lactations longues non inclues) était de 276 jours. La pratique de la lactation longue concerne de 10 à 100 % des chèvres dans les élevages enquêtés, soit 32 % en moyenne. La proportion de chèvres en lactation longue est plus élevée dans les élevages en mises bas de saison que dans les autres.
La plupart des élevages utilisent la lactation longue pour les primipares et les multipares. Dans ces élevages, les primipares représentent en moyenne 38 % des lactations longues. Cinq d’entre eux, l’utilisent quasi uniquement pour les multipares (de 93 à 100 %). Un élevage pratique la lactation longue seulement sur les primipares. Onze éleveurs affirment avoir uniquement des lactations longues choisies. A l’inverse, sept d’entre eux n’ont que des lactations longues subies.

Motivations pratiques et sanitaires

Les motivations évoquées par les éleveurs enquêtés pour mettre en place la lactation longue peuvent se ranger dans trois domaines : travail, économie et conduite du troupeau. Concernant le travail, les éleveurs apprécient d’avoir moins de mises bas à s’occuper et moins de chevrettes à élever. Sur l’économie, les éleveurs apprécient d’avoir une production laitière répartie sur toute l’année avec moins d’à-coups pour la trésorerie. « La lactation longue, c’est du lait l’hiver, quand il est le mieux payé, sans désaisonner » apprécient certains. « De toute façon, ce n’est pas économique d’élever des chevreaux et des chevrettes » expliquent d’autres.
Enfin, certains éleveurs utilisent les lactations longues pour gérer les échecs à la reproduction et recaler les primipares dans un système de reproduction désaisonné. Des éleveurs apprécient aussi la lactation longue pour limiter le risque de perte à la mise bas. Pour d’autres, cette pratique permet de conserver la génétique en donnant une seconde chance aux très bonnes chèvres vides. « Pourquoi tarir quand il y a du lait ? » s’exclament ainsi les adeptes de la méthode.

Du lait toute l’année

Pour gérer l’alimentation, 15 élevages sur 23 placent les chèvres en lactation longue dans un lot à part mais seulement six éleveurs pratiquent une alimentation spécifique. Dans ces élevages, c’est surtout pendant le tarissement des autres que les chèvres en lactation longue reçoivent une alimentation spécifique avec souvent des quantités légèrement inférieures à la ration de pleine lactation, de 100 à 200 grammes de concentrés en moins par jour. Dans un des élevages, les chèvres en lactation longue sont conduites en monotraite pendant le tarissement des autres. Deux autres éleveurs réajustent l’alimentation en fonction de l’état d’engraissement des chèvres.
Dans les élevages avec des mises bas de saison, la pratique de la lactation longue permet de produire du lait toute l’année et notamment aux périodes où il est le mieux valorisé. Dans les élevages qui pratiquent le désaisonnement, la lactation longue a bien sûr moins d’intérêt car les chèvres produisent du lait quand les autres sont taries, sur des mois peu rémunérateurs. De plus les lactations longues n’ayant pas de pic, elles produisent du lait en moindre quantité aux périodes les plus avantageuses.

Réforme sur le niveau de lait

Au niveau sanitaire, le taux de mortalité est très faible parmi les chèvres en lactation longue, 1,2 % en moyenne. Près de 20 % des chèvres en lactation longue sont réformées avant une éventuelle remise à la reproduction. Le principal critère de réforme est le niveau de lait. En dessous de 2,5 kg de lait par jour (de 2 à 3 kg suivant les élevages), les éleveurs réforment leurs chèvres.
Le critère cellules est également pris en compte dans cinq élevages. Concernant les performances des chèvres, les réponses ont été plus mitigées. Selon les éleveurs, il y aurait autant de lait en lactation longue qu’en lactation normale. Les taux seraient plutôt plus élevés en lactation longue. Par contre, les numérations cellulaires auraient tendance soit à se maintenir, soit à se dégrader. Enfin, certains éleveurs notent des dégradations de la fertilité suite à la remise à la reproduction.

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