Originaire de l'Ouest de la France : La renaissance de la chèvre des Fossés

Coralie Danchin-Burge, Institut de l'élevage

Reconnue officiellement en 2005, la chèvre des Fossés est la plus petite des races rares. Avec plus de 500 femelles, la race connaît un engouement récent.

Si l'histoire de la chèvre Poitevine est bien documentée, en revanche les références sur sa
voisine immédiate, la chèvre des Fossés sont quasi inexistantes. Les zootechniciens du
début du xxe siècle se sont peu attardés sur la chèvre et les populations locales peu
standardisées ne les intéressaient pas. Cette population relique était traditionnellement
élevée dans tout le bocage de l'Ouest (Pays de la Loire, Bretagne, Basse-Normandie). On
gardait une ou deux chèvres pour fournir la famille en lait. Il est probable que les éleveurs
sélectionnaient leurs animaux, à la fois sur les qualités laitières et la prolificité. Cette
population a réussi à survivre dans la confidentialité et un troupeau sauvage s'est même
créé au cap de la Hague à partir d'animaux relâchés pendant les années 70.
Les actions de reconnaissance et de conservation de cette race n'ont été entamées que
très récemment. Dans le milieu des années 1990, l'Institut de l'élevage, accompagné
d'opérateurs régionaux (Ecomusée du pays de Rennes, Conservatoire des races animales
en Pays de la Loire, Conservatoire normand, Conservatoire du littoral…) a initié des
tournées de prospection et d'inventaire des animaux, qui sont renouvelés chaque année.










Reconnaissance et conservation à la cryobanque nationale

Les animaux fondateurs ont été retrouvés essentiellement dans la Manche et l'Orne, avec
quelques souches originales en Bretagne et Loire-Atlantique. Cette race a été préservée
des croisements avec l'Alpine ou la Saanen, son berceau de race n'étant pas une région
caprine.
Un intervenant et éleveur majeur de la race, l'Ecomusée du Pays de Rennes, a décidé en
1998 d'organiser une rencontre annuelle des éleveurs intéressés par la chèvre des
Fossés. Ces rendez-vous connaissent un grand succès puisqu'en 2006 quarante
participants se sont déplacés. En 1999, la semence des premiers boucs de la race a été
collectée à Capri-IA, et aujourd'hui 14 boucs sont disponibles à l'insémination pour les
éleveurs, une partie des stocks étant mis en réserve génétique à la Cryobanque nationale.
Grâce à ce travail, le Livre généalogique de la chèvre des Fossés a été reconnu
officiellement par le ministère de l'Agriculture en 2005. La dernière action en date a été la
création d'une association début 2007, l'ASP (Association de sauvegarde et de promotion)
de la Chèvre des Fossés.









Petites, poilues, colorées et cornues, la chèvre des Fossées séduit les éleveurs amateurs. (DR)

Petites, poilues, colorées et cornues, la chèvre des Fossées séduit les éleveurs amateurs. (DR)

 

Petites chèvres, petits troupeaux

La chèvre des Fossés est un animal de petit format, mais on constate une tendance à
l'augmentation de taille pour les animaux bien alimentés et vermifugés, pâturant en terrain
calcaire.
Cette chèvre doit présenter du poil long sur tout le corps, généralement plus long sur la
ligne du dos, les cuisses et les épaules. Certains animaux présentent, sous le poil, de la
bourre sur le dos qui leur confère une protection supplémentaire contre le froid et l'humidité.
La barbiche est fréquente mais pas obligatoire. Cette population est cornue : chez les mâles
ce cornage est très variable, chez les femelles on trouve fréquemment des cornes courtes
et fines, peu écartées, en forme de dagues effilées bien parallèles. La tête est petite et plutôt
ronde avec un chanfrein droit. Les oreilles sont petites et fines. Toutes les couleurs sont
possibles. On exclut la couleur chamoisée pour éviter les animaux croisés. En revanche,
on accepte les animaux entièrement blancs, même si les risques de confusion avec la
Saanen peuvent exister : cette couleur était très fréquente, sans doute pour aider à repérer
les animaux qui étaient souvent errants dans la campagne ! Actuellement les éleveurs
préfèrent les robes de plusieurs couleurs.








La Bretagne est la région où l'on trouve le plus d'éleveurs et de chèvres, suivie de la Basse-
Normandie. Les élevages sont en général de très petite taille : 80 % des troupeaux ont
moins de cinq animaux. Ce sont souvent des particuliers qui conservent la chèvre des
Fossés pour le plaisir d'élever une race rare et originale. Ils sélectionnent les animaux sur
leur apparence et sont souvent prêts à acheter cher un animal bien typé ; en cela l'élevage
de la chèvre des Fossés se rapproche plus de l'élevage canin que de l'élevage caprin
laitier. On trouve également cette chèvre dans des troupes un peu plus nombreuses
lorsqu'elle est élevée par des collectivités locales ou des conservatoires pour entretenir des
écosystèmes protégés. Le fait marquant depuis deux ans est la constitution progressive de
troupeaux de plus de 20 chèvres. Un nombre encore marginal d'élevages tente de la traire,
ce qui fait que les capacités laitières de ces animaux ne sont pas encore bien connues.

Pas d'inquiétude pour la survie de la race

Population dite « relique » au départ du programme de conservation où pas plus d'une
centaine d'animaux étaient recensés, elle n'est plus menacée à court terme (518 femelles et
174 mâles chez 104 éleveurs en 2006), car, curieusement, la chèvre des Fossés est la
population caprine locale qui connaît le plus d'engouement. La quasi totalité des chevrettes
qui naissent sont mises à la reproduction et le marché des reproducteurs est très tendu,
d'autant plus que beaucoup d'éleveurs attendent que leurs chevrettes aient un an révolu
avant de les mettre à la reproduction. Depuis 2000, la croissance de la population est
exponentielle : de l'ordre de + 400 % en cinq ans !
Malgré la petite taille de cette population, les risques liés à la consanguinité sont pour le
moment écartés en raison de sa dynamique : quasiment toutes les femelles sont mises à la
reproduction, le nombre de femelles mises au même bouc est généralement faible (de
l'ordre d'un bouc pour trois femelles !) et enfin le nombre de souches distinctes retrouvées
lors des premiers inventaires était assez varié pour une race à petits effectifs. Néanmoins,
l'Institut de l'élevage et l'association des éleveurs restent attentifs à ce problème. La mise à
jour annuelle des généalogies dans les élevages permet un suivi fin de la population et
d'être ainsi alerté rapidement en cas, de sur-utilisation d'un bouc comme père à boucs.






Parmi les interrogations actuelles, la croissance rapide et constante du nombre d'éleveurs
pourrait devenir un obstacle à terme pour assurer un suivi complet de la population. On
constate aussi une grande volatilité des élevages : l'engouement mais aussi le désintérêt
sont très rapides. D'ailleurs, le fait que la majorité des animaux soit possédée par des
amateurs est à la fois un avantage et un inconvénient : on trouve beaucoup de personnes
très motivées et prêtes à s'investir fortement dans la race mais elles n'ont pas toujours la
bonne technicité pour appréhender l'élevage d'un animal qui est malgré tout fragile, d'où une
mortalité élevée. Enfin la vocation agricole de la race reste à démontrer puisque seulement
deux élevages traient leurs animaux.
Mais pas d'inquiétude pour la plus petite des petites races caprines ! Entre sa bonne santé
génétique et zootechnique (c'est une race très fertile), la progression vertigineuse des
effectifs, la motivation et le dynamisme de la toute jeune association, la bonne ambiance qui
règne entre les éleveurs et la qualité des intervenants techniques régionaux, la chèvre des
Fossés n'a plus de soucis à se faire.





Source Réussir La Chèvre Mai / Juin 2008

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