Plan antiparasitaire ovin : L'infestation parasitaire des ovins. Bien évaluer le risque pour une meilleure maîtrise

Marien BATAILLE / Dr Didier GUERIN

Plan antiparasitaire ovin : L'infestation parasitaire des ovins. Bien évaluer le risque pour une meilleure maîtrise

La gestion antiparasitaire constitue un poste économique majeur en élevage pour les animaux en pâture, tant en ce qui concerne les investissements à réaliser que les pertes cliniques ou subcliniques (pertes de croissance).

Pour la définition de son plan antiparasitaire, deux types d'outils peu onéreux et simples permettent une approche plus rationnelle :
• Des prélèvements d'herbe sur parcelles pâturées ou à pâturer par les différentes catégories d'ovins avec comptage des larves infestantes de strongles.
• Des analyses coprologiques sur fèces apportant une indication sur l'infestation par des trématodes : grandes et petites douves, paramphistomes.

Une évolution du contexte réglementaire et épidémiologique

Historiquement, la lutte contre les parasites chez les ovins a été basée sur l'utilisation régulière d'antiparasitaires, avec la recherche de l'absence de parasites. L'action se basait essentiellement sur l'utilisation de molécules avec un large spectre et de plus en plus performantes. Aujourd'hui, la situation se modifie sous l'influence de plusieurs facteurs :
• La législation de plus en plus stricte en matière de pharmacie vétérinaire rend beaucoup plus difficile l'obtention ou le renouvellement de l'Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) des médicaments vétérinaires, d'où la diminution du nombre de spécialités antiparasitaires disponibles pour les petits ruminants.
• Les interrogations des consommateurs se développent en matière d'impact de l'utilisation des médicaments vétérinaires pendant la vie de l'animal sur la qualité des produits mis sur le marché et sur l'environnement. Rappelons que l'apport de garanties au consommateur passe par le strict renseignement du carnet sanitaire.
• Les résistances de strongles gastro-intestinaux à certains antiparasitaires existent, même dans notre département. Pour en éviter l'apparition, il est nécessaire de mettre en place des bonnes pratiques de traitement basées sur une meilleure utilisation des antiparasitaires, un renforcement de la résistance de l'hôte et une adéquation de la gestion des pâturages.

Un plan antiparasitaire qui intègre la relation hôte – parasite – environnement

Cela implique une gestion du parasitisme prenant en compte l'animal, le parasite et le milieu, d'où la construction d'un plan antiparasitaire spécifique à l'élevage intégrant des éléments suivants :
• Connaissance du niveau d'infestation des parcelles pour les strongles à partir d'analyses d'herbe permettant de connaître le potentiel de contamination des animaux.
• Connaissance du niveau d'infestation des animaux et du potentiel de contamination des parcelles pour les trématodes à partir des analyses coprologiques.
La prise en compte de ces deux paramètres, associée à la connaissance du cycle biologique des différentes espèces parasitaires, permet d'intervenir à titre préventif, tant au niveau de la gestion du pâturage qu'au niveau de la mise en place d'un traitement calé dans le temps visant à préserver au mieux les risques de contamination des parcelles.

 

Pour les prélèvements et analyses d'herbe, technique et méthode à acquérir…

Les prélèvements sont réalisés :
• Soit au printemps avant la mise à l'herbe sur des parcelles ayant été pâturées en fin d'automne ou début d'hiver afin d'évaluer la quantité de larves résiduelles.
• Soit au cours de la période de pâturage, sur des parcelles ayant été pâturées et dont les animaux sont sortis depuis au moins quatre semaines (fonction de la densité, de l'âge des animaux, des rotations…).
Les prélèvements sont effectués à raison de 100 pincées d'herbe à l'hectare, répartis de façon homogène sur la parcelle. Le volume de 100 pincées correspond à environ 1 Kg d'herbe verte. L'herbe sera coupée “ à la main ” (éviter l'arrachage qui contribue à souiller l‘échantillon avec la terre des racines), recueillie et stockée dans une poche plastique (sac poubelle 20 L) avant d'être acheminée au LDA d'Ajain. Lors de températures diurnes élevées, les prélèvements seront réalisés le matin à la rosée (les larves craignant les fortes chaleurs se réfugient à la base de la plante), sur une herbe d'hauteur moyenne (15 à 20 cm) et les grandes tiges sont à proscrire.

… des résultats à interpréter, des seuils d'alerte à connaître

Ils sont exprimés en nombre de larves infestantes par espèce de strongles gastro-intestinaux ou pulmonaires, par Kg de MS (matière sèche). Le seuil d'alerte se situant au dessus de 500 larves par Kg de MS. Au delà, sera prise en compte la répartition de celles-ci par espèces (Ostertagia, Haemonchus Cooperia…), ainsi que la catégorie d'animaux concernée (jeunes ou adultes), autant d'éléments qui influeront directement sur les stratégies de contrôles à mettre en place.

Pour les analyses coprologiques, une méthodologie à appréhender…

Elles sont effectuées à partir de prélèvements de fèces en privilégiant les prélèvements individuels. Les prélèvements seront faits à l'aide d'un gant de fouille au niveau du rectum de l'animal. Dans le cas de ramassage de crottes derrière des animaux en déplacement, une attention toute particulière sera portée au repérage de l'animal de façon à identifier correctement le prélèvement, principe de base de la bonne utilisation de résultat d'analyse. Si l'on a recours à des mélanges, les prélèvements devront être faits individuellement, sur des animaux de même âge et apporté en l'état au Laboratoire Départemental d'Analyse qui préparera le mélange avant analyse.

… des résultats à intégrer dans le contexte clinique et épidémiologique

Ils sont exprimés en nombre d'oeufs par gramme de fèces par espèce de parasite, le seuil d'alerte varie en fonction du parasite et de sa biologie. Le cycle de développement des trématodes demande 2 mois afin d'être décelables. Il s'ensuit que la réelle évaluation de l'infestation par ces parasites par coprologie sera déterminée qu'après les périodes de forte contamination (fin automne pour la grande douve et le paramphistome). Rappelons qu'en matière de strongles digestifs, l'impact de l'immunité acquise sur les animaux âgés de plus de 10 mois ayant pâturé régulièrement entraîne une diminution de la ponte et donc, les résultats coprologiques ne s'avèrent plus corrélés avec la charge parasitaire.

Traiter mieux, traiter moins

Si des solutions alternatives aux antiparasitaires s'annoncent pour l'avenir, il est important de bien gérer l'arsenal thérapeutique existant en appliquant des règles de bonnes pratiques de traitement selon la formule « traiter mieux, traiter moins ». A tout point de vue, le plan antiparasitaire demande une gestion rationnelle adaptée à son élevage. Cela passe par l'utilisation des outils disponibles et leur intégration raisonnée impliquant les éléments d'observations cliniques et de suivis des cycles de pâturage. Chaque éleveur peut appliquer ce schéma dans son élevage en collaboration avec le vétérinaire en charge du suivi de son élevage, GDS Creuse restant à la disposition de tout éleveur intéressé par des compléments d'information.

Source GDS Creuse

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