Portrait : Angélique, la marquise des chèvres

Yannick Groult

Portrait : Angélique, la marquise des chèvres

Entre Tarbes et Lourdes, Angélique Abadie-Couture a lancé une production atypique dans son département : des fromages de chèvre, tous vendus en direct. Son leitmotiv: se faciliter le travail.

Angélique Abadie-Couture aurait pu ouvrir son salon de coiffure au pied des Pyrénées. Elle a préféré « construire quelque chose dans l’agriculture ». A Ossun, entre Tarbes et Lourdes, elle élève 50 chèvres et transforme leur lait en fromages. Pendant de nombreuses années, cette idée n’était même pas venue à l’esprit de cette fille d’agriculteurs. Voir ses parents travailler dur ne l’a pas incitée à reprendre le flambeau. Pendant dix ans, ils ont élevé des canards gras et des porcs noirs, transformé leur viande avant de les servir chaque week-end dans leur ferme auberge. Mais en 2006, quand ils abandonnent la ferme auberge et que sa mère quitte la ferme, Angélique change d’avis : «Je ne voulais pas que l’exploitation s’arrête. Je voulais retourner ici, travailler dans la nature. »

En 2009, elle obtient son BPREA. La même année, elle achète une trentaine de jeunes chèvres Alpine. Elle commence à produire des fromages à partir de février 2010. Une perte de temps? Au contraire, la jeune éleveuse ne « regrette pas » ses huit ans dans la coiffure : ils lui ont apporté « un plus dans le contact avec les clients ». Angélique vend toute sa production en direct. Un choix dicté par son envie « d’aller au bout du produit ». De la mi-février à la fin novembre, elle transforme chaque jour le lait de ses 50 chèvres en crottins et bûches, mais aussi en confiture de lait et en savon. « Pour toucher le plus de monde possible, je fabrique des fromages aromatisés, de différentes formes, avec des périodes d’affinage plus ou moins longues. » «Je ne voulais pas que l’exploitation s’arrête. Je voulais retourner ici, travailler dans la nature. »

Une seule traite par jour pour faire les marchés

Né d’une passion, le projet de la jeune éleveuse est aussi mûrement réfléchi. Entièrement dépendante de la vente directe, Angélique a multiplié ses débouchés : marchés hebdomadaires à Tarbes, vente à la ferme, grandes surfaces, Amap, commandes en entreprises… La prochaine étape : elle rejoindra bientôt un magasin de producteurs d’un nouveau genre, près de Tarbes.

L’été, l’éleveuse de 27 ans participe aussi aux marchés de producteurs de l’association Les chemins gourmands de Haute-Bigorre . Un travail supplémentaire qu’elle assure en trayant son troupeau une seule fois par jour, de fin juillet à fin novembre. « Avec la monotraite, mes chèvres produisent 10 à 15 % de moins, mais leur lait est plus riche et plus facile à travailler », explique-t-elle. C’est aussi pour l’aspect pratique du travail qu’Angélique a choisi la chèvre. « Facile à traire, de bon caractère, c’est l’animal idéal pour une femme. » Pour l’heure, elle fabrique ses fromages dans les anciens locaux de la ferme auberge parentale. Seul hic, tous les matins, il faut y transporter le lait manuellement. D’où l’idée du nouveau bâtiment qu’elle vient de finir de construire. Un projet qui lui changera la vie : elle pourra désormais fabriquer ses fromages tous les deux jours, enrichir sa gamme avec des tommes et pourra augmenter son troupeau jusqu’à 80 mères.

Aide familiale et pression foncière

Fromagerie, salle de traite, point de vente, appartement… L’investissement total représente 130000€, dont la moitié pour la seule fromagerie. Une facture qui reste élevée malgré d’importants efforts pour réduire les coûts. Le bâtiment a été réalisé presque entièrement en autoconstruction. Seuls le montage de la salle de traite, l’électricité et la pose du sol de la fromagerie ont été confiés à des professionnels. Angélique a monté le bâtiment (acheté en kit) avec l’aide de Frédéric, son mari technicien au Groupement de défense sanitaire.

L’aide de sa famille est cruciale dans la réussite du projet. Les jours de marché, il arrive que Frédéric se charge de la traite avant d’aller travailler. Son père lui fournit des céréales pour l’alimentation du troupeau. Le seul aliment acheté à l’extérieur : des tourteaux certifiés sans OGM. Il lui a surtout cédé 9 hectares de terres. Une aide indispensable dans cette zone de forte pression foncière. A moins d’un kilomètre à vol d’oiseau de la ferme, l’aéroport de Tarbes s’étend. L’arrivée récente de Tarmac Aerosave a provoqué la perte de 60 hectares de terres agricoles. Spécialisée dans la déconstruction d’avions en fin de vie, cette entreprise a implanté un impressionnant hangar gris, capable d’accueillir un Airbus A380!

La concurrence entre agriculteurs fait le reste : Angélique n’arrive plus à trouver de nouvelles terres. Elle en aurait pourtant besoin pour se développer et concrétiser tous ses projets : se lancer dans l’accueil à la ferme, améliorer la génétique de son troupeau et « pourquoi pas engraisser des chevreaux ».

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