Programme national : A la recherche de toujours plus d'efficacité et de sécurité

Marie-Catherine Leclerc, Institut de l'élevage

Pour garantir à tous l'efficacité et la fiabilité de cette technique de protection, l'Institut de l'élevage et ses partenaires ont lancé un programme national de recherche et développement.

Face aux attaques de prédateurs, les chiens de protection des troupeaux se sont imposés partout dans le monde comme une technique efficace. En fonction du contexte : format et nombre de prédateurs, surface et topographie de la parcelle, moment de l'attaque…, un chien peut soit dissuader le(s) prédateur(s) et dans ce cas, empêcher l'attaque, soit s'interposer entre le troupeau et les intrus et ce faisant, limiter l'impact de l'attaque. Dans tous les cas, il permet, par ses aboiements, de mettre en alerte le troupeau et l'éleveur. Les chiens de protection peuvent être utilisés, avec plus ou moins de facilité, dans tous les contextes d'élevage (plaines, montagnes, en estive, en parcs, en gardiennage ou de manière autonome…). Dans tous les cas, la réussite repose sur l'attachement qui lie le chien aux animaux du troupeau. Un chien de protection est efficace s'il présente les quatre comportements suivants :
. l'attention : il doit rester en permanence (365 jours/an, 24h/24) avec le troupeau qu'il a à protéger ;
. la loyauté : il ne doit en aucun cas présenter un comportement de prédation envers les brebis, ni gêner leur activité (repos, alimentation, déplacement…) ;
. l'aptitude à la protection : il doit réagir et prendre des initiatives pour repousser tout intrus qui dérange ou menace le troupeau ;
. la socialisation à l'homme : un chien ne doit pas montrer de signes d'agressivité vis-à-vis de l'homme.

Lors du test de la mise au troupeau, le chien, tête et queue basses, circule parmi les brebis et agneaux sans les gêner ni les effrayer. (V. Westrelin)

Lors du test de la mise au troupeau, le chien, tête et queue basses, circule parmi les brebis et agneaux sans les gêner ni les effrayer. (V. Westrelin)

Répondre aux attentes des éleveurs

Avec le retour des grands prédateurs dans les massifs alpins et pyrénéens et la continuelle menace exercée par la petite faune sauvage (renards, sangliers…), ainsi que les chiens divagants, les chiens de protection des troupeaux ont connu un essor important au cours des vingt dernières années, leur nombre a été multiplié par dix. On estime à 1500 le nombre de chiens de protection au travail en France actuellement. Le choix et la mise en place des chiots dans les troupeaux se font parfois dans la précipitation ou sans prendre de précautions particulières : choix d'une mauvaise lignée ou d'un chiot peureux ou agressif, non-respect de la méthode d'introduction du chiot dans le troupeau. Ces erreurs, qui concernent la valeur génétique du chien et son attachement aux animaux, conduisent souvent à avoir des chiens inefficaces (car non attachés aux animaux) et/ou agressifs vis-à-vis de l'homme (du fait de leur tempérament ou d'une mauvaise socialisation à l'homme). Il en résulte des chiens qui, d'une part ne répondent pas aux attentes des éleveurs, et d'autre part qui provoquent des incidents (pincements, morsures) avec les autres usagers de l'espace pastoral (randonneurs, chasseurs, éleveurs…).

Afin de garantir à tous l'efficacité et la fiabilité de cette technique de protection, l'Institut de l'élevage, en partenariat avec la Société centrale canine (SCC), les structures professionnelles d'élevage, les techniciens « chargés du pastoralisme et de la prévention des prédations » des Alpes et les techniciens « chiens de protection » des Pyrénées, les partenaires scientifiques et techniques concernés par le sujet, a lancé, en décembre 2006, pour une durée de trente mois, un programme national de recherche et développement, co-financé par le ministère de l'Agriculture et FranceAgriMer, sur les chiens de protection.

C'est aux éleveurs de bien respecter la procédure d'introduction de leurs chiens dans le troupeau, mais aux autres usagers de la montagne aussi d'adopter un comportement adapté. (A. Moret)

C'est aux éleveurs de bien respecter la procédure d'introduction de leurs chiens dans le troupeau, mais aux autres usagers de la montagne aussi d'adopter un comportement adapté. (A. Moret)

 

Trois actions complémentaires

Trois actions complémentaires ont été menées. L'action 1 a consisté à réaliser le recensement des chiens de protection au travail. A ce jour, près d'un millier ont été recensés et les informations les concernant (propriétaire, race, sexe, tatouage, date de naissance, ascendance, conditions de travail…) sont stockées dans une base de données nationale dédiée au programme et gérée par la SCC. Cette base de données facilite le choix des reproducteurs et permettra à terme l'étude des lignées en présence. L'action 2 a eu pour objectif d'élaborer 3 tests simples de comportements permettant d'évaluer à la fois le risque d'agressivité des chiens vis-à-vis de l'homme ainsi que leur valeur pastorale. Le test de la mise au troupeau mesure l'envie qu'a le chien d'être avec le troupeau (attachement au troupeau) ainsi que les perturbations et dérangements qu'il génère (loyauté). Il consiste à introduire le chien, jusqu'alors gardé à l'écart des animaux, dans une parcelle circulaire constituée de 4 filets électrifiés et contenant entre 50 et 100 animaux. Le test du randonneur permet d'observer la réactivité du chien face à un intrus humain. Il consiste à faire l'approcher un testeur, resté caché jusqu'alors et inconnu du chien, près du filet et de lui faire faire le tour de la parcelle en marchant normalement et sans présenter aucun signe d'agressivité envers le chien. Le test du VTTiste est identique dans son déroulement au test précédent, excepté le fait que le testeur circule à VTT.

Vingt-neuf chiens de protection, répartis en deux classes (d'une part les « mordeurs » car ayant déjà mordu au moins deux fois des humains et d'autre part des « non mordeurs » n'ayant jamais mordu) et ayant chacun été apprécié par des experts sur leur qualité pastorale ont été évalués selon le protocole de tests retenus. Les traitements statistiques de leurs réponses aux tests montrent qu'il est possible de discriminer de manière significative les deux classes de chiens « mordeurs » et « non mordeurs » par le biais de plusieurs comportements : la réalisation ou non de rushes, le port de queue (élevé ou bas), les postures (debout ou couché), le nombre d'aboiements, le niveau d'activité (nombre de déplacements)… et que les « bons » chiens de protection se démarquent significativement des « mauvais » par leur position par rapport au troupeau (+ proches), leur posture (+ debout), leur orientation par rapport au testeur (+ tourné vers l'intrus) et leur port de queue en présence du testeur (élevé).

Au terme de l'étude, deux modèles de décision ont été élaborés. Le premier permet de classer les chiens « à risque d'agressivité vis-à-vis de l'homme » et « sans risque avéré d'agressivité ». Le second modèle attribue un score entre 0 et 10 au chien, qui reflète sa qualité pastorale. Les résultats seront intégrés dans la base de données « Chiens de protection des troupeaux » de la SCC, pour aider au choix des reproducteurs. Ces tests seront bientôt réalisables sur le terrain, chez les éleveurs désireux de faire évaluer leur(s) chien(s), par des équipes de testeurs spécialement formées et agréées. L'action 3 a répertorié l'ensemble des moyens disponibles (documents techniques, formations, sites Internet, dépliants, pancartes…) en matière de formation des éleveurs et d'information du grand public. Pour plus d'efficacité sur le terrain, un réel effort de promotion pour les faire connaître et les diffuser reste à faire. Car c'est non seulement aux éleveurs de bien choisir et bien respecter la procédure d'introduction de leur chiot dans le troupeau, mais aussi aux autres usagers d'adopter un comportement adapté en présence de ces chiens.

Lors du test du randonneur, le Patou aboie à l'approche du testeur déguisé en randonneur. (V. Westrelin)

Lors du test du randonneur, le Patou aboie à l'approche du testeur déguisé en randonneur. (V. Westrelin)

 

Pour en savoir plus

. L'ensemble des résultats du programme national « chiens de protection des troupeaux » est disponible, pour téléchargement, à l'adresse suivante : www.inst-elevage.asso.fr/html1/IMG/pdf_CR_0 938 103-Chiens.pdf. Contact : Marie-Catherine Leclerc, Institut de l'élevage, animatrice du programme.
. Voir dossier de Réussir Pâtre de décembre 2009 : « Bien utiliser son chien de protection ». Pâtre n°569, p.14 à 25.

Source Réussir Pâtre Décembre 2009

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