Quelles adaptations pour les herbagers du Massif Central ?

D'après une présentation de P. Veysset *

Une étude de l'Inra montre l'intérêt des systèmes les plus herbagers sous signe de qualité. Les évolutions de conjoncture vont inciter à adapter les systèmes, et l'optimisation économique peut passer par une légère baisse de production.

La race Rava est une race herbagère du Massif central, souvent utilisée avec un système de trois agnelages en deux ans. (L. Geffroy)

Les prairies couvrent près de 80 % de la surface agricole auvergnate. L'herbe y est donc la première ressource valorisée par les éleveurs. La cohérence des systèmes de production mis en place est le fruit d'une gestion interactive des contraintes du milieu, des objectifs de production, de l'environnement socio-économique et politique. Ces systèmes sont en perpétuelle adaptation. Bilan de santé de la PAC, augmentation du prix des intrants et volatilité de celui des produits agricoles… sont autant de points qui posent questions aux éleveurs à court et moyen terme.

Quelles adaptations pour les herbagers du Massif Central ?

L'effet PAC

Une étude de l'Inra, basée sur une démarche prospective à l'échelle de l'exploitation agricole, a appréhendé et analysé, par simulation/optimisation, les évolutions possibles et prévisibles des stratégies des principaux types d'élevages face aux changements annoncés à l'horizon 2015. Le choix des systèmes étudiés ainsi que des hypothèses de prix et de politique ont été effectués en partenariat avec un groupe d'experts régionaux composé d'ingénieurs système et économie des chambres d'agriculture. Les simulations ont été réalisées grâce à des modèles bioéconomiques développés par l'Inra.

Parmi tous les cas-types décrits par les réseaux d'élevage d'Auvergne et Lozère (Institut de l'élevage, 2007 et 2008), deux en ovins viande ont été analysés. Pour cette conjoncture, le bilan de santé de la PAC, effectif à partir de 2010, est appliqué. La première exploitation compte 100 hectares de prairies permanentes et 800 brebis avec 3 agnelages en 2 ans (système accéléré) ; la seconde, 92 hectares dont 4,5 de cultures, avec 600 brebis et une mise bas par an (agneaux lourds).

La situation 2015 prend donc en compte le découplage total de la prime à l'abattage, de la prime à la brebis et des aides aux surfaces en cultures, le découplage de 25 % de la part communautaire de la PMTVA et la réattribution d'une part variable des montants découplés. Parallèlement une nouvelle prime à la brebis est instaurée ainsi qu'une prime à l'herbe productive. Pour financer ces nouvelles aides, le taux de modulation et de prélèvement des aides du premier pilier passe à 14,6 %. Les indemnités compensatrices aux handicaps naturels sur les 25 premiers hectares sont revalorisées de 15 %. Ce contexte 2015 est donc un contexte fictif puisqu'il mixte une conjoncture PAC connue jusqu'en 2013, et la sortie des quotas prévue en 2015.

Les prix des produits agricoles et des intrants de la situation de référence sont des prix moyens observés dans les réseaux d'élevage sur trois ans entre 2004 et 2007. Sur ces quatre années d'observation, l'année la plus atypique a été éliminée pour ne pas prendre en compte un événement conjoncturel ponctuel. Les hypothèses de prix pour 2015 sont basées sur les tendances haussières des perspectives de l'OCDE et de la FAO.

Par rapport aux prix de référence calculés précédemment, les majorations suivantes ont été appliquées : céréales vendues et aliments concentrés achetés : + 40 % ; fourrages et paille achetés : + 10 % ; viande ovine : + 10 % ; énergie (baril de pétrole) : + 66 % ; unité d'azote chimique : + 29 % ; semences, produits phytosanitaires, bâches : + 30 à + 40 % ; vétérinaires et frais d'élevage : + 5 %. Ostral, créé et développé par l'équipe Économie et Gestion de l'exploitation d'élevage de l'Inra de Clermont-Theix est un modèle de simulation du fonctionnement des exploitations ovins viande. Il a été principalement conçu pour simuler les modes de conduite de la reproduction des troupeaux ovins, déterminant majeur de la marge par brebis et du revenu de l'exploitation ovine. Il intègre deux modules interdépendants : zootechnique (calendrier des mises bas et démographie du troupeau) et technico-économique (ensemble des produits et charges relatifs au troupeau simulé et aux surfaces nécessaires à son alimentation).

Différents scénarios

Cherchant à déterminer l'impact d'une nouvelle conjoncture sur les systèmes de production, nous raisonnons à structure constante : main-d'oeuvre, surface agricole et nombre de places de mères dans les bâtiments. Ostral étant un modèle de simulation, nous avons dans un premier temps étudié l'impact du changement de conjoncture, à système de production identique. Nous avons ensuite testé différents scénarios d'évolution possible des systèmes : le premier est un arrêt de l'accélération et un passage à une mise bas par an pour les brebis du cas-type 1. Cela peut être un moyen de réduire les consommations d'intrants ainsi que la charge de travail, importants pour ce système.

Le second est une simplification de la conduite avec passage de 600 brebis pour 1,3 UTH à 500 brebis pour 1 UTH pour le système herbager 2. L'agnelage d'automne ainsi que l'enrubannage sont supprimés. La conduite des agneaux est aussi simplifiée et la baisse de chargement entraîne celle de la consommation de concentrés.

Les décisions prises lors du bilan de santé de la PAC sont très favorables à ces systèmes ; ils profitent de la création d'une nouvelle prime couplée à la brebis de 21 euros et de la revalorisation des aides aux surfaces en herbe. À système constant, les simulations de conjoncture 2015 des deux cas-types ovins montrent que les aides totales perçues augmentent de plus de 50 %, les revenus par travailleur augmentent alors de 25 % et se situent à un niveau comparable aux autres productions.

Le système accéléré 1 n'a aucun intérêt à arrêter la pratique de trois agnelages en deux ans. L'économie de charges ne compenserait pas la baisse de production. La simplification de pratique, de par l'augmentation de la productivité du travail et la diminution des charges d'alimentation qu'elle permet, pourrait permettre une hausse supplémentaire de 5900 euros du revenu par travailleur pour le cas-type 2, soit + 55 % par rapport à la situation de référence.

Le bilan de santé de la PAC réoriente nettement les aides en faveur des élevages des zones herbagères défavorisées. Cependant, l'augmentation du revenu des éleveurs ne sera pas automatique. En effet les évolutions possibles de conjoncture économique inciteront toujours les éleveurs à adapter leur système de production afin de préserver leur revenu.

La filière ovin viande pourrait enfin connaître une réelle embellie, le revenu de ses éleveurs pouvant rattraper celui des autres productions de ruminants.
Cette étude a été réalisée à structure constante, or, à l'échelle d'un territoire, la dynamique des exploitations (cessations, reprises, installations) fait que les structures bougent.

Ce travail de prospective va se poursuivre en intégrant des spécificités du tissu et des structures agricoles d'un petit territoire. Cette deuxième phase se propose d'appréhender et d'analyser, dans le cas d'une petite région herbagère auvergnate (le Haut-Mézenc), la dynamique démographique, les redistributions de foncier à venir et les évolutions possibles et prévisibles des stratégies des principaux types d'éleveurs présents face aux changements annoncés à l'horizon 2015 en intégrant les évolutions de structures.

* aux Rencontres recherche ruminants 2010.

www.journees3R.fr

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