Recherche : changes internationaux sur la brebis laitière

Bernard Griffoul

Le séminaire a scellé les retrouvailles entre chercheurs du monde entier. L'occasion d'un vaste panorama et de nouer des échanges plus durables.

Douze ans qu'ils n'avaient plus tenu de conférence au sommet. Les retrouvailles entre les scientifiques qui, de par le monde, travaillent sur la brebis laitière n'en ont été que plus chaleureuses et enrichissantes. Le séminaire international sur la traite et la production laitière de brebis, qui s'est tenu à Saint-Affrique le 9 septembre dernier, en préambule du festival de la brebis, a réuni quelque 250 chercheurs, techniciens et éleveurs. Les organisateurs (Upra Lacaune, Inra, Esap Purpan, Agrocampus Ouest) ont réussi leur pari de redonner corps à ce rendez-vous international.Chacune des six délégations (Amérique du Nord, Slovaquie, Israël, Italie, Espagne, France) s'est attachée à brosser le portrait de la production de lait de brebis dans son pays et à exposer ses axes de recherche. Si des systèmes économiques dissemblables se sont créés autour de la brebis laitière, ce séminaire a laissé apparaître le besoin de renforcer les échanges en termes de recherche, notamment dans les domaines de la traite, de la qualité du lait et de la génétique. L'identification électronique et la génomique ouvrent des champs de recherche qui auront un fort impact sur la production.

Des pays émergents

Parmi les grandes régions productrices de lait de brebis dans le monde, un Petit Poucet, en la personne – une fois n'est pas coutume – de l'Amérique du Nord. Un continent qui a découvert la production il y a moins de vingt ans. Environ 160 producteurs ont voulu prendre leur part du gâteau, suite à une brusque augmentation de l'importation de fromages de brebis en provenance d'Europe. Le lait est bien rémunéré, entre 1,5 et 1,9 euro par kilo de lait, et certains le valorisent par la transformation et la vente directe.
La Slovaquie a une grande tradition d'élevage ovin. Cependant, le cheptel s'est effondré de moitié après la chute du régime communiste. Le redressement se fait difficilement. Les deux principales races locales, élevées dans des conditions extensives, ont une double finalité : la production laitière et l'engraissement d'agneaux. Le contrôle laitier et l'évaluation génétique sont récents. La production par brebis (110 kg) augmente peu. En revanche, la traite mécanique se développe assez vite. Bref, la filière ovine slovaque doit relever le défi du progrès technique, mais avec des moyens de vulgarisation limités.

L'Italie et l'Espagne, poids lourds

En Israël, cohabitent deux types de production. D'un côté des animaux élevés traditionnellement pour les besoins familiaux ; de l'autre, un petit nombre d'élevages qui conduisent des troupeaux de façon très intensive en bâtiments fermés, soit pour la production de viande soit pour produire du lait. Un mode d'élevage qui n'est pas sans poser des problèmes de revenu et de qualité, avec notamment une recrudescence de mammites sub-cliniques.
Plus près de nous, deux poids lourds de la production de lait de brebis, l'Italie et l'Espagne. Mais, deux contextes économiques diamétralement opposés. En Italie, les éleveurs de brebis connaissent « une période très difficile », a indiqué Antonello Carta, responsable d'une unité de recherche en Sardaigne. En dix ans, le cheptel ovin de la péninsule a chuté de 11 à 7 millions de têtes et la production de lait se maintient difficilement. La cause de cette crise ? Une quasi-monoproduction en Sardaigne (qui produit 60 % du lait de brebis en Italie), le pecorino romano, majoritairement exporté vers les États-Unis. Un marché qui souffre de la parité monétaire défavorable, de la compétition avec d'autres fromages de commodité et de la baisse des soutiens européens. De plus, la filière ne parvient pas à planifier la production pour gérer le marché et, comme partout, les éleveurs sont confrontés à l'augmentation des coûts de production.

Durabilité des systèmes intensifs

En Espagne, où la production de lait de brebis se concentre dans les deux provinces de Castille, la force de la filière repose sur ses nombreuses appellations fromagères. « C'est le type de fromage qui fait le système de production », explique Gerardo Caja, de l'université autonome de Barcelone. La production a augmenté de 30 % dans les 15 dernières années (450 millions de litres en 2010), mais le cheptel laitier a diminué, traduisant une spécialisation de la filière. Quant à la consommation de fromages, elle a explosé depuis 20 ans (+ 130 %). Les systèmes de production traditionnels, à double finalité (lait et agneaux), sont basés sur des races locales spécifiques conduites de manière semi-intensives. En réponse à l'accroissement de la demande en produits au lait de brebis, des systèmes très intensifs se sont développés à partir de races étrangères plus productives (Awassi, Assaf, Lacaune). Ils produisent aujourd'hui 45 % du lait espagnol. Ces races n'étant pas autorisées dans les filières traditionnelles, une nouvelle appellation a été créée pour valoriser leur lait. Mais, le prix actuel du lait (entre 0,6 et 0,8 €/l) pose la question de la durabilité de ces systèmes intensifs : leur revenu en 2008 se limitait à 37 euros par brebis.

Source Réussir Pâtre Novembre 2010

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