Recherche : Les chèvres créoles sélectionnées pour leur résistance aux parasites

Damien Hardy

En Guadeloupe, l'Inra lance un schéma de sélection de la race à viande créole qui intègre la résistance aux parasites. Des recherches appliquées qui pourraient intéresser la métropole.s pour leur résistance aux parasites.

Les chèvres créoles de Guadeloupe sont élevées pour la production de viande, traditionnellement utilisée pour la cuisine (colom-bo de cabri) et pour les rituels religieux hindous. Mais nourrie au pâturage ou à l'herbe fraîche, la quasi-totalité des troupeaux souffre d'infestations parasitaires par les strongles gastro-intestinaux.
« Quand la situation n'est pas maîtrisée, le parasitisme touche les mères en fin de gestation ou en début de lactation et leurs petits » explique Nathalie Mandonnet, chercheuse généticienne à l'Inra. « Parfois une bande entière de chevreaux sous la mère peut disparaître à cause des parasites » regrette-t-elle. Face à ce problème, les éleveurs de la coopérative Cabricoop (67 adhérents et 1 500 femelles en 2008) ont demandé conseil à la recherche agronomique publique qui étudie la race depuis 30 ans. En plus des conseils de faire pâturer ensemble bovins et petits ruminants, l'Inra a imaginé un schéma de sélection qui combine les qualités maternelles (prolificité, croissance sous la mère…), la qualité de la viande et la résistance aux parasites.

Au pâturage constamment, les chèvres créoles ont une certaine résistance naturelle aux strongles. Une sélection sur ce caractère permettrait d'améliorer encore la productivité des troupeaux. (DR)

Au pâturage constamment, les chèvres créoles ont une certaine résistance naturelle aux strongles. Une sélection sur ce caractère permettrait d'améliorer encore la productivité des troupeaux. (DR)

Localiser les gènes

En effet, les chèvres créoles, assez rustiques et probablement plus résistantes aux parasites que les chèvres européennes, réagissent différemment à une infestation. Certaines en souffrent, produisent moins de lait et maigrissent alors que d'autres sont moins sensibles.
Pour tester cette résistance, les cabris de moins d'un an sont placés en hors-sol pendant un mois et infestés artificiellement par une dose précise de larves de strongles. Une série de coproscopies permet ensuite de mesurer l'excrétion d'oeufs. Les animaux excrétant le plus d'oeufs sont les moins résistants et il conviendra de les écarter du schéma de sélection. Ce caractère de résistance au parasite a été évalué comme moyennement héritable par les scientifiques de l'Inra.

Actuellement, les généticiens ont des présomptions concernant la localisation des gènes porteurs de cette résistance. Le projet de recherche national PhénoFinLait pourra les aider à mieux voir et, à terme, sélectionner par la génomique.
En attendant, les éleveurs guadeloupéens attendent beaucoup de la sélection sur la résistance aux strongles. Ce genre de sélection a déjà été expérimenté sur les ovins en Australie et Nouvelle-Zélande mais pas encore sur des caprins. En métropole, ces résultats pourraient intéresser les éleveurs de chèvre. « Une fois que l'on aura vérifié que ce caractère est héritable, sélectionnable et qu'il ne vient pas en concurrence de la production laitière, on pourra imaginer de l'intégrer dans nos critères de sélection » s'enthousiasme Pierre Martin de Capgenes. « Ce schéma peut intéresser les races corse, pyrénéenne et rove qui ont aussi une valorisation forte par la viande et qui utilisent du pâturage ».

Source Réussir La Chèvre Novembre/Décembre 2009

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