Rejets d'élevage : Trois systèmes pour traiter les effluents

Damien Hardy

Les eaux blanches et le lactosérum ne doivent pas être rejetés directement dans l'environnement. L'aménagement d'une station d'épuration adaptée permet de respecter autant la loi que la nature.

La gestion des effluents d'élevage ne fait pas toujours la fierté des éleveurs de chèvres. Ainsi, parmi les 2600 éleveurs adhérents au code mutuel caprin, près de 40 % ne sont pas entièrement au point sur la gestion des eaux blanches. Des manquements qui s'expliquent car les élevages caprins, souvent de plus petites tailles que les autres élevages, ont été rarement prioritaires dans les PMPOA (plans de maitrise des pollutions d'origine agricole).
Il n'empêche. Comme les autres agriculteurs, les éleveurs de chèvre se doivent de respecter les lois qui se rejoignent toutes pour interdire les rejets directs dans le milieu naturel. A commencer par les règlements sanitaires départementaux qui varient selon les départements mais qui demandent en substance que les effluents soient évacués vers des ouvrages de stockage ou de traitement. La loi sur l'eau va dans le même sens et rappelle que le rejet direct d'effluents dans le milieu naturel est interdit. Enfin, la directive nitrate concerne les exploitations en zones vulnérables. Elle impose à l'éleveur d'avoir un plan de fumure prévisionnel, d'enregistrer ses pratiques dans un cahier d'épandage, d'avoir moins de 170 kg d'azote organique par hectare de surface épandable et de n'épandre qu'à certaines périodes. Les éleveurs en zones vulnérables sont ainsi plus fortement sensibilisés à la pollution organique.
A défaut de se préoccuper des effluents de son élevage, la police de l'eau peut sanctionner par des contraventions ou des associations de pêcheurs ou de riverains peuvent attaquer l'éleveur. Heureusement, ces cas restent rares et la plus forte contrainte vient surtout des pénalités dans le cadre de la conditionnalité des aides. « A l'avenir, dès qu'il y aura une demande d'aide ou de permis de construire, l'administration pourra exiger que l'exploitation soit aux normes environnementales » prévient Yves Lefrileux de l'Institut de l'élevage.

Être propre chez soi

Mais au-delà des aspects réglementaires, il s'agit surtout de ne pas polluer son environnement et, en premier lieu, cette noble ressource qu'est l'eau. Car, en rejetant les eaux blanches ou le lactosérum tout le temps au même endroit (dans le fossé), le sol va saturer, et la charge polluante risque de ruisseler vers les rivières ou de s'infiltrer vers les nappes phréatiques.
Les effluents liquides à traiter sont surtout de deux sortes en élevage caprin : les eaux blanches et le lactosérum pour les fromagers. Et dans ces deux cas, c'est surtout la charge organique qui peut potentiellement polluer les eaux. Cette quantité de matière organique se mesure en DCO (pour demande chimique en oxygène). Les eaux blanches en contiennent environ 3 grammes par litre, le lactosérum 60 g et le lait environ 200 g par litre. Les filières de traitement seront ainsi différentes selon le type d'effluents à traiter. Pour un même nombre d'animaux, les laitiers auront besoin de dispositifs de traitements moins puissants que les fromagers fermiers. Par exemple, un élevage de 100 chèvres transformant 400 litres de lait par jour en fromage lactique rejette par les eaux blanches et le lactosérum environ 24 kg de DCO par jour. Soit la charge polluante équivalente aux effluents domestiques de 200 personnes.
Redonner le petit lait à des cochons ou à ses chèvres permet alors de faire baisser considérablement la charge organique à traiter. Le même fromager fermier avec 100 chèvres ne produira plus que 4 kg de DCO par jour, soit environ autant que 33 personnes. A défaut de redonner le petit lait, les filtres à pouzzolane font parfaitement l'affaire pour en venir à bout. D'autres solutions techniques se développent aussi comme les filtres biologiques à compost.

De la rigueur pour les filtres

Les problématiques des éleveurs uniquement laitiers sont différentes puisqu'un laitier de 100 chèvres n'aura, par comparaison, à traiter qu'environ 800 grammes de DCO par jour, soit l'équivalent de la charge organique produits par sept personnes. Par contre, cette pollution étant très diluée, il aura intérêt à privilégier une station fixe, plutôt que de stocker de grandes quantités de volume à épandre par la suite. Pour cela, l'éleveur laitier préférera les filtres plantés de roseaux à deux étages ou le bassin tampon de sédimentation couvert avec épandage sur prairies. A noter que d'autres solutions techniques existent (boues activées, lagunage, épandages sur saules) mais n'ont pas été traitées dans ce dossier.
« Ces mesures coûtent et ne rapportent rien, admet Jaques Capdeville de l'Institut de l'élevage, mais il est raisonnable de respecter son cadre de vie ». D'autant plus que le coût des stations d'épurations peut être réduit par l'auto-construction. « Mais attention, avertit Jacques Capdeville, créer une station de traitement se mérite. Il faut être suffisamment rigoureux pour assurer un minimum d'entretien : alterner les filtres et vérifier le bon fonctionnement une fois par semaine ainsi qu'un peu d'entretien spécifique. Si l'éleveur n'est pas prêt à consacrer quelques heures à la gestion de sa station, il faut mieux qu'il reste sur une solution, pourtant coûteuse à l'usage, de type stockage épandage ».

Le filtre à pouzzolane a montré sa fiabilité pour le traitement des eaux blanches et du lactosérum. (D. Hardy)

Le filtre à pouzzolane a montré sa fiabilité pour le traitement des eaux blanches et du lactosérum. (D. Hardy)

 

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir La Chèvre de mai-juin 2010. (R. La Chèvre n°298 p.18 à 27)

Source Réussir La Chèvre Mai 2010

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