Reproduction : L'effet mâle observé à la loupe

Laurence Sagot, Institut de l'élevage et Audrey Chanvallon, Ciirpo/Inra

Les échecs de fertilité avec des brebis dites « désaisonnées » en lutte naturelle ne sont pas rares. A l'inverse, quelques éleveurs pratiquent les luttes de contre saison avec des races bouchères. Une récente étude du Ciirpo et de l'Inra fournit un début d'explication.

Au printemps et en début d'été, la proportion de brebis qui présentent naturellement un cycle sexuel est faible, y compris pour les races dites « désaisonnées ». C'est le principal enseignement de l'étude conduite par le Ciirpo en collaboration avec l'Inra, l'Institut de l'élevage et plusieurs lycées agricoles. Ces résultats surprenants ont été obtenus à partir de cinq types génétiques : Mouton Vendéen, Mouton Charollais, Ile de France, Romane et F1 : Ile de France x Romanov. Pendant deux ans, de janvier à septembre, une prise de sang a été réalisée toutes les semaines sur des brebis adultes isolées de tout contact avec un mâle pubère (voir tableau page suivante). Le dosage de la progestérone a ensuite permis d'identifier les femelles qui présentaient un cycle sexuel : cette hormone est produite lors du cycle par l'ovaire alors qu'elle est inexistante chez une femelle au repos sexuel.

Les races herbagères sont réputées pour présenter des saisons sexuelles courtes. Effectivement, pour celles suivies dans le cadre de cette étude, Mouton Charollais et Mouton Vendéen, l'activité hormonale liée à la reproduction commence à s'atténuer dès le début février. Elle ne reprend réellement que mi-septembre, après une phase de transition d'un mois au cours de laquelle les brebis reviennent en chaleur les unes après les autres.
Les races et types génétiques issues de croisements avec du Romanov et la race Ile de France sont par contre des races dites « désaisonnées ». Pourtant, selon les résultats de cette étude, la période d'activité sexuelle de ces femelles n'est pas si différente de celle des races dites « saisonnées ». Au début du printemps, les brebis ne présentent plus d'activité hormonale du tout (Ile de France et F1 : Ile de France x Romanov) ou bien sont en fin de saison sexuelle (Romane). Dans tous les cas, il faut attendre début septembre pour que l'ensemble des femelles retrouvent une activité sexuelle sans la présence de mâles. Ces résultats inédits et pour le moins surprenants expliquent à eux seuls les échecs de fertilité parfois mesurés en élevage.

L'effet mâle s'apparente à un « coup de foudre » entre une brebis et un bélier et le contact déclenche une ovulation. (DR)

L'effet mâle s'apparente à un « coup de foudre » entre une brebis et un bélier et le contact déclenche une ovulation. (DR)

 

Une réponse différente à l'effet mâle

D'après les résultats de cette étude, ce qui différencie réellement les races saisonnées des races désaisonnées, reste sans aucun doute leur faculté à répondre à l'effet mâle. Si les premières restent relativement indifférentes au bélier au printemps, les types rustiques et prolifiques y sont beaucoup plus sensibles. La technique de l'effet bélier est très ancienne et a souvent été pratiquée sans le savoir. Elle peut s'apparenter à un « coup de foudre » entre une brebis et un bélier. Le contact déclenche une ovulation chez des brebis qui ne présentaient pas de cycle sexuel avant l'introduction des béliers. Cette ovulation qui est rarement associée à une manifestation des chaleurs est peu fécondante. Ce n'est qu'au cycle suivant, soit 17 jours plus tard, que l'ovulation peut être fécondée. Mais dans la pratique, les résultats de fertilité que l'on peut en attendre restent variables.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Pâtre août-septembre 2009. (R. Pâtre n°566 p. 18 à 25).

Source Réussir Pâtre Août-Septembre 2009

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