Royaume-Uni : L'élevage ovin gallois dans la tourmente

Institut de l'élevage, d'après un voyage d'étude des Réseaux ovins viande

Inquiet pour l'avenir de sa filière, le Royaume-Uni réfléchit à faire évoluer son système à double étage mis en place au 19e siècle. Des expériences sont menées au Pays de Galles. Quels enseignements en tirer pour la France ?

Le Royaume-Uni n'est plus le « paradis » du mouton. Les élevages ovins britanniques et français partagent aujourd'hui la même fragilité, avec un métier moins attractif et des effectifs en baisse. Au Pays de Galles, le cheptel bovin allaitant progresse, la double activité et les diversifications touristiques se développent. La filière apparaît relativement peu structurée en amont. Le schéma de production à double étage, assez compliqué, n'est finalement pas plus performant que le système français, si on regarde la production globale de la Grande- Bretagne : 14 millions d'agneaux pour 17 millions de brebis.
Des recherches sont menées sur l'adaptation du modèle en place. Si elles aboutissent, la production sera plus en phase avec le marché, avec un meilleur potentiel d'exportation. Mais si le pays adopte un cheptel moins rustique, qu'en sera-t-il de la complémentarité des territoires et de la maîtrise des coûts de production ? Cette évolution pourrait permettre d'accompagner un recul de l'élevage en plaine, dans une perspective de retour à des prix élevés des céréales : la production d'agneaux mieux conformés, jusque là dévolue aux plaines, serait transférée vers les collines et les montagnes.

Des recherches sont menées au Pays de Galles sur l'adaptation du modèle britannique. (DR)

Des recherches sont menées au Pays de Galles sur l'adaptation du modèle britannique. (DR)

En France, le système britannique étagé a parfois fait des émules, dans le Massif central à partir de races rustiques et dans les régions du nord à partir de races prolifiques. De ces diverses tentatives, seul l'initiative lotoise a réussi à se développer. Ce schéma résistera-t-il à l'arrêt des aides à l'achat de cheptel, notamment dans le cadre de systèmes intensifs pénalisés par l'envolée des prix des matières premières ? Les systèmes lotois ont cependant l'avantage de pouvoir amortir cet impact grâce au recours à l'aliment fermier.
En zone herbagère également, la marche arrière que font les Gallois sur le schéma à étages doit nous interroger sur nos propres schémas de production. Les systèmes complexes visant un étalement important de la production sont remis en cause : les races lourdes d'herbage très saisonnées sont peu adaptées à cet exercice. Pour peu que les résultats de contre saison soient décevants, le gain espéré avec une qualité d'agneau supérieure est grignoté par la perte de productivité des brebis, des charges plus élevées et un temps de travail supplémentaire. D'où finalement des systèmes gourmands en main-d'oeuvre et d'une rentabilité médiocre.

Contrairement à la France, la question de la régularité d'approvisionnement de l'aval ne semble pas primordiale outre-manche, bien que le poids de la grande distribution et des importations néo-zélandaises soit encore plus fort. Faut-il pour autant revenir à des systèmes d'agnelage de printemps ? Et pour la contre-saison, se contenter d'un croisement terminal sur une souche plus rustique ? Avec l'agrandissement des troupeaux, le retour à des agnelages groupés supposerait de bénéficier de main-d'oeuvre. La recherche de davantage de conformation par les Gallois doit aussi inciter à la prudence face aux attentes du marché.
Dans un contexte partagé d'agrandissement des troupeaux, le développement de brebis aux soins faciles doit interpeller. Sur ce plan, les éleveurs des zones herbagères françaises convertis à la Romane mettent presque autant en avant son comportement maternel que sa prolificité et sa capacité de désaisonnement. Plus généralement, une meilleure prise en compte du facteur travail dans les orientations de la sélection est souhaitable, notamment en matière de comportement maternel des brebis et de mortalité des agneaux. Est-ce que la production ovine ne demande pas de revenir à un plus grand pragmatisme, prenant en compte la capacité de désaisonnement des brebis et les conditions de travail des éleveurs, le potentiel herbager disponible selon les régions et les complémentarités entre bassins ?

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Pâtre de'avril 2009. (R. Pâtre n°563 p. 18 à 28).

Source Réussir Pâtre Avril 2009

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