Santé des élevages : Traiter les chèvres au tarissement

Damien Hardy

En France, les numérations cellulaires de tank sont à un niveau élevé. A près de 1,6 million de
cellules par millilitre de lait en moyenne en 2006 selon les résultats de plus de 2200 élevages
caprins issus des analyses du laboratoire Lilco. En plus des pénalités sur le paiement du lait
appliquées pour les numérations les plus élevées, ce niveau traduit des inflammations
mammaires souvent sub-cliniques et chroniques, c'est-à-dire des mammites non visibles à
l'oeil nu. Ces inflammations influent sur la production laitière et on estime qu'au-delà de 800 000
cellules par millilitre, une chèvre perd en moyenne 16 % de sa production.

Lors de l'application du traitement, on veillera à introduire l'applicateur sans abîmer le trayon. Un léger massage et un trempage dans une solution antiseptique peuvent renforcer l'effet. (DR)

Lors de l'application du traitement, on veillera à introduire l'applicateur sans abîmer le trayon. Un léger massage et un trempage dans une solution antiseptique peuvent renforcer l'effet. (DR)

Le traitement ne fait pas tout

Ces infections sont causées en premier lieu par des staphylocoques à coagulase négative
lors de mammites sub-cliniques et par des staphylocoques dorés dans le cas de mammites
cliniques. Pour éviter la présence d'inhibiteurs indésirables dans le lait, le tarissement est la
période idéale pour se débarrasser partiellement de ces bactéries. Ainsi, l'application d'une
seringue d'antibiotiques permet non seulement de détruire les germes présents dans la
mamelle, mais aussi de protéger la mamelle pendant la période sèche contre de nouvelles
infections. Après la traite complète des mamelles, il faut désinfecter l'orifice du trayon à
l'alcool ou avec le papier imbibé de désinfectant livré avec les tubes. L'injection d'une
seringue entière d'antibiotiques dans chaque demi-mamelle est accompagnée d'un léger
massage du trayon. Il existe une seule préparation antibiotique destinée au traitement au
tarissement disposant d'une autorisation de mise sur le marché pour l'espèce caprine, le
Nafpenzal T du laboratoire Intervet. Ce produit qui a montré son efficacité curative et
préventive, a un délai d'attente de 10 jours après la mise bas si la durée de tarissement est
supérieure à 40 jours et de 14 jours après la mise bas si la durée de tarissement n'a pas
dépassé les 40 jours.

Le vétérinaire traitant peut choisir un autre produit adapté au microbisme de l'élevage et
présentant un délai d'attente suffisant pour la santé publique et la maîtrise des inhibiteurs.
Attention cependant, le traitement antibiotique au tarissement n'est en rien une solution
miracle. Ses effets, mesurés par le niveau cellulaire, ne se font sentir que les deux ou trois
premiers mois de lactation si aucune mesure prophylactique n'est prise pour protéger la
mamelle contre les microbes pendant la lactation. Si de mauvaises pratiques persistent, la
chèvre peut avoir des problèmes dès le début de la lactation. Attention donc à veiller à
l'hygiène et à la ventilation des bâtiments et des aires de couchage, au contrôle annuel de
l'installation de traite et aux bonnes techniques de traite. Au vu des coûts de traitements
antibiotiques, il est recommandé de traiter différemment les chèvres selon leur niveau
d'infection. En pratique, si moins de 40 % des chèvres d'un lot sont présumées infectées
(deux numérations à plus de 750 000 cellules/ml par an), il est envisageable de procéder à
un traitement sélectif. Au-delà de 40 %, il est préférable de traiter tout le lot.

Se séparer des incurables

Pour certaines chèvres, la guérison bactériologique ne sera jamais atteinte et il est préférable
de s'en séparer pour ne pas risquer d'infecter tout le troupeau. Ainsi, on peut considérer
qu'une chèvre ayant eu plus de trois numérations dans l'année à plus de deux millions de
cellules est présumée infectée par un pathogène majeur. Elle sera classée parmi les «
incurables » si elle a été atteinte de mammites cliniques pendant sa lactation ou si sa mamelle
présente des lésions visibles ou palpables. Ces chèvres incurables sont des sources
d'infection pour l'ensemble du troupeau et il est préférable de s'en séparer.

Source Réussir La Chèvre Novembre-Décembre 2008

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