Se démarquer pour s'installer

Julien Chiron a démarré son atelier ovin avec « peu d’investissements ».
Photos et reportage : Yannick Groult

En Vendée, Julien Chiron produit des agneaux sous label rouge pour les grandes surfaces locales. Une démarche de filière qui lui fournit sécurité et visibilité.

Il y a de la place, il y a la demande en face, il faut installer des jeunes ! » A peine arrivé sur la ferme familiale à Treize-Septiers (85), Julien Chiron pense déjà aux suivants. Depuis 2009, il produit de la viande d’agneau valorisée par deux labels rouges, Agnocéan et Agneau de Vendée. 70 % de ses bêtes passent par ce canal qui lui apporte « 80 centimes de plus du kilo par rapport à l’agneau standard ». Des producteurs aux distributeurs, toute la filière a ainsi choisi de se différencier. Et de se protéger contre la concurrence, particulièrement forte en viande ovine.

Le créneau de Julien Chiron ? « Des animaux jeunes et une viande sans goût fort. » Il élève 520 brebis Vendéennes, une race locale « à la viande rosée, adaptée au label et à mon exploitation ». Son exploitation, c’est un Groupement agricole d’exploitation en commun (Gaec) qui réunit Julien, son père Lionel et son oncle Pascal. Au Gaec de la Potinière, il y a donc les brebis de Julien, mais aussi les 75 Blondes d’Aquitaine de son père et les volailles de Pascal élevées dans 2800m² de bâtiments.

Une production découverte « sur le tas »

Il y a trois ans, pourtant, Julien n’avait encore « aucune notion de l’élevage ovin ». Le producteur de 25 ans visait la production de viande bovine, comme son père. Mais quand le trio Chiron se place pour racheter une ancienne exploitation laitière, une question se pose : faut-il s’agrandir ou se diversifier ? «Nous avons d’abord pensé aux chèvres, mais c’était trop d’astreinte, se souvient le jeune agriculteur. Puis, je me suis intéressé aux ovins et je suis allé voir le groupement Vendée Sèvres ovins. C’est grâce à eux que j’ai pu démarrer.» Il est aujourd’hui un des administrateurs de cette coopérative où il livre tous ses agneaux.

Après un BTS Acse, voilà Julien qui découvre les moutons « sur le tas et grâce aux techniciens de ma coopérative ». Pratiquant l’élevage en bergerie (seule une partie des brebis est à l’herbe au printemps), il se doit d’être « pointilleux sur l’alimentation et la santé des agneaux ». Un peu de « gymnastique mentale » plus tard, il s’est familiarisé avec cette production qui demande un effort de planification. Ses brebis donnent naissance à des agneaux toute l’année, sauf entre avril et juillet.

« Je planifie les accouplements selon les ventes »

« Nous venons de signer un contrat pour les agneaux de Noël. » Les agneaux sont le mieux valorisés entre octobre et janvier, car la coopérative favorise les éleveurs qui planifient leur production hors saison. Pendant la période de reproduction naturelle, entre janvier et avril, les abattoirs ne manquent pas d’agneaux "de saison". Mais pour produire de la viande entre juillet et décembre, les éleveurs doivent provoquer les chaleurs de leurs brebis en utilisant des éponges vaginales. « Je planifie les accouplements selon les ventes », explique Julien. Pendant la lutte, les brebis restent un mois avec les béliers. La gestation dure cinq mois. « Au quatrième mois, je les rentre en bergerie et je leur donne des céréales, du tourteau de colza et du foin à volonté. » En période de lutte et de lactation, elles reçoivent de l’ensilage d’herbe et de maïs. Cette ration est la même que pour les génisses du troupeau bovin, ce qui fait des ovins une « production complémentaire ».

Coopérative cherche producteurs

Après l’agnelage, les mères gardent leurs petits pendant deux mois (elles en ont un ou deux). Le sevrage intervient après 60 jours minimum, d’après le cahier des charges des labels. Les agneaux sont alors engraissés avec un aliment complet (céréales et tourteaux). Pour bénéficier de l’estampille "Label rouge", ils doivent avoir entre 90 et 160 jours au moment de l’abattage pour un poids de carcasse de 17 à 22 kilos. Ces contraintes de production donnent une viande au « goût homogène » contrairement à l’agneau classique, qui peut provenir d’animaux d’âges variés. Autre différence avec la production ovine standard, « le prix de la viande varie peu au long de l’année, car il dépend des accords avec l’abattoir ». Prix stable, production planifiée : Julien peut « se projeter dans l’avenir ».

Ce membre stagiaire du bureau des JA de Vendée milite pour installer des jeunes éleveurs ovins. Et il ne manque pas d’arguments. Ayant reconverti une ancienne stabulation pour vaches laitières, il a « démarré avec peu d’investissements ». Autre atout : les ovins ont un cycle de production court et « la trésorerie rentre plus rapidement ». Les premiers animaux peuvent être vendus au bout de dix mois contre une vingtaine pour les bovins. « Nous démarchons actuellement de nouvelles grandes surfaces et ma coopérative cherche des producteurs », lance Julien. Ne manquent plus que les jeunes. L’un des prochains devrait justement être...son frère François.

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