Abattoir AIM dans la Manche : Stratégie de filière et de proximité

Claudine Gérard

Avec 16 000 porcs abattus par semaine, AIM veut trouver sa place aux côtés des grands groupes d'abattage de porcs français en s'appuyant sur sa filière amont et sa marque « M ».

« Avec 4 % de part de marché national dans l'abattage du porc, je suis condamné à être aussi bon que « les gros » et développer une stratégie d'entreprise qui justifie ma place », résume Jean-Pierre Vincent, directeur général de l'abattoir AIM de Sainte-Cécile, dans la Manche.
Effectivement, l'entreprise fait figure de Petit Poucet dans le paysage national de l'industrie de la viande de porc, avec ses poids lourds que sont devenus les trois premiers groupes : Bigard, Cooperl et Gad-Europig. Avec 16 000 porcs abattus par semaine (environ 800 000/an), une activité essentiellement de découpe primaire et de désossage, AIM se devait de mener une réflexion stratégique à long terme pour continuer à exister. Pour Jean-Pierre Vincent, celle-ci se résume en trois axes : stratégie de filière, développement de produits élaborés pour aller chercher la valeur ajoutée, et positionnement régional de proximité.

Préparation des commandes. L'essentiel des porcs abattus est commercialisé sous forme de pièces et de carcasses auprès de grossistes et industriels. (D. Poilvet)

Préparation des commandes. L'essentiel des porcs abattus est commercialisé sous forme de pièces et de carcasses auprès de grossistes et industriels. (D. Poilvet)

Approvisionnement local

La filière, elle, est déjà en place. AIM est en effet propriété de deux acteurs locaux, le groupement de producteurs Cap 50 (Saint-Lô) qui détient 66 % de l'outil (et dont Jean-Pierre Vincent est également directeur), et le fabricant d'aliment Districera (qui regroupe aujourd'hui les fabricants locaux Gouttière et Normand), avec 32 % des parts, les 2 % restants appartenant à Glon. La centaine de producteurs de porcs de Cap 50 fournissent 42 % des porcs abattus par AIM (environ 350 000/an), le reste provenant de différents groupements de Basse-Normandie (65 % de l'activité) et d'Ille-et-Vilaine et Mayenne. L'amont de la filière est donc constitué.
En revanche, un gros travail reste à faire vers l'élaboration des produits. Les ventes d'AIM portent essentiellement sur des carcasses et des pièces pour des clients qui se répartissent entre les bouchers (12 %), les GMS (12 %), l'export (20 %) et le reste (environ la moitié) entre les grossistes et les industriels. Certes, le groupe AIM possède un outil de transformation — essentiellement des saucisses — à Dangy (Manche). Mais l'objectif est de passer des 400 tonnes de saucisses par an fabriquées aujourd'hui à environ 1600 tonnes. « Sur les 40 000 tonnes de saucisses fabriquées en France chaque année, l'objectif est raisonnable », juge le directeur qui annonce un investissement dans un outil sur le site de Sainte-Cécile pour 2011.

Miser sur la notion de proximité

Enfin, il s'agit pour AIM de miser sur la proximité et de faire de son ancrage local un atout. « Nous devons pouvoir faire aussi bien que les gros sur nos marchés historiques de proximité », affirme Jean-Pierre Vincent. Dans cette logique, le groupe vient de développer une marque pour l'ensemble de ses viandes (porc, boeuf, veau, agneau), la marque « M » : M comme le M de AIM (abattoir industriel de la Manche n'étant certes pas un nom très porteur…), M comme Mont Saint-Michel stylisé sur le logo, M comme « aimer la viande (voir le site laviandeonaime »… « Mais je ne peux pas imposer ma marque sur de la viande fraîche vendue en pièces », reconnaît Jean-Pierre Vincent. D'où encore une bonne raison pour aller vers des produits plus élaborés.
Dans ces conditions, le directeur estime que le groupe AIM a toute raison d'exister parmi les Bigard ou Cooperl dont il juge la puissance « nécessaire » pour l'ensemble de la filière. Il estime que les centrales d'achat peuvent trouver dans sa structure une alternative à des fournisseurs devenus forts et concentrés. Il cite l'exemple de Champion qui a référencé ses produits dans la Manche.
Jean-Pierre Vincent affirme que cette stratégie peut s'avérer payante, la limite étant la capacité d'investissement du groupe. Mais il le répète : « Si nous ne réussissions pas, ce serait uniquement de notre faute ! ».

Source Réussir Porcs Novembre 2009

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