Aliment du bétail : Avec la tolérance « 0 » sur les contaminations, les fabricants en insécurité juridique face aux OGM

Claudine Gérard

Ne bénéficiant d'aucune tolérance quant à la présence de traces d'OGM dans les aliments non OGM, les fabricants d'aliment réclament une réglementation européenne qui leur accorde un seuil de tolérance de 0,9 %.

« Nous ne remettons pas en cause l'existence de filières OGM et non OGM. Cette
segmentation constitue même un atout pour les productions animales françaises. Mais
nous voulons attirer l'attention sur les difficultés que nous rencontrons », lançait Adolphe
Thomas, président du Snia (Syndicat national de l'industrie de la nutrition animale) au cours
de l'assemblée générale qui a eu lieu à Saint-Malo le 28 mai dernier. Les difficultés
rencontrées par le secteur sont de deux ordres : difficultés d'approvisionnement
croissantes, et impossibilité technique de garantir l'absence totale de traces d'OGM dans
les aliments.
Difficultés d'approvisionnement tout d'abord, notamment en tourteau de soja non OGM. Les
surfaces de cultures de soja OGM augmentent chaque année dans le monde entier. Il ne
reste guère aux fabricants que l'origine Brésil pour s'approvisionner en soja non OGM. Et ils
ne voient guère de solution de remplacement. L'Europe est structurellement déficitaire en
protéine et ne peut se passer d'importation de tourteaux de soja. « Seulement 20 % des
volumes de soja pourraient être remplacés par des sources de protéines comme le pois »,
affirme Wolfgang Heinzl, directeur général d'une usine d'aliment en Allemagne qui témoigne
être confronté aux mêmes problèmes que ses homologues français.






La profession réclame un cadre juridique et réglementaire européen qui soit « adapté aux réalités ». (C. Gérard)

La profession réclame un cadre juridique et réglementaire européen qui soit « adapté aux réalités ». (C. Gérard)

Autre difficulté rencontrée par la profession, la menace de se trouver en infraction par
rapport à la réglementation européenne. En premier lieu, ils sont dans l'impossibilité
technique de garantir l'absence totale de trace d'OGM dans des aliments non OGM. Car en
la matière, la réglementation est formelle : aucune tolérance n'est admise. « L'UE a décidé
une tolérance 0,00000, ironise Alexander Döring, secrétaire général de la Fefac (Fédération
européenne des fabricants d'aliment complet). Des pays structurellement importateurs
comme l'Espagne, le Portugal, le Royaume-Uni, les Pays-Bas… sont les premiers
concernés par ce problème. »
C'est pourquoi Adolphe Thomas, au nom des professionnels français, réclame un cadre
juridique et réglementaire européen qui soit « adapté aux réalités afin que les fabricants ne
se retrouvent pas, comme ils peuvent l'être aujourd'hui, dans une forme permanente
d'insécurité juridique ». Concrètement, il s'agirait d'obtenir de Bruxelles une tolérance de 0,9
% de présence d'OGM, un seuil admis comme étant plus politique que technique, mais
réclamé par tous, y compris par Jean-Michel Serres, président de la FNP qui pointe un
autre problème qui, à ses yeux, créée une distorsion de concurrence, celui des délais
d'autorisation d'importation de nouvelles variétés de matières premières OGM. Partout dans
le monde, mais surtout aux Etats-Unis, de nouvelles variétés apparaissent.





Or, les dossiers d'autorisations d'importation par Bruxelles nécessitent plus de deux ans pour
une nouvelle variété. D'où le risque de voir des lots de matières premières importées
contenant des traces d'OGM non encore autorisées en Europe (c'est ce que les
professionnels appellent les « autorisations asynchrones »). Donc encore une fois le risque
pour les professionnels de l'alimentation animale de se retrouver bien malgré eux devant la
justice…

Adolphe Thomas, président du Snia. (C. Gérard)

Adolphe Thomas, président du Snia. (C. Gérard)

 

L'étiquetage, une bonne idée ?

Dans ce contexte, quelle solution pour la filière ? Obtenir très rapidement la tolérance 0,9 %,
et ce avant l'automne et la prochaine récolte de soja aux États-Unis. Il y a donc urgence,
mais les professionnels ne semblent guère optimistes sur une issue rapide. C'est pourquoi
Adolphe Thomas n'exclut pas la possibilité pour les fabricants d'aliment de se protéger en
apposant sur chaque étiquette d'aliment une mention qui le dédouanerait de ces présences
fortuites. « Car nous avons le devoir d'anticiper à défaut de recevoir une réponse rapide de
l'Europe. »
Voilà pour l'étiquetage des aliments. Mais qu'en est-il de celui des viandes ? La question fait
débat et les filières s'avouent peu à l'aise sur le sujet. Car, en effet, informer à présent le
consommateur si la viande est obtenue avec une alimentation sans OGM au travers de
l'étiquette, c'est avouer qu'aujourd'hui, elle est produite avec des matières premières
OGM… Or, de toute évidence, le consommateur ne le sait pas. C'est ce qui ressort d'une
étude réalisée par le CIV (Centre d'information des viandes).



Louis Orenga, le directeur, en est convaincu. Plus que les consommateurs, ce sont les
institutions qui vont relancer le débat sur les OGM et l'étiquetage. Il suggère aux filières de
jouer la transparence afin d'éviter une crise potentielle. « Si les consommateurs apprenaient
que leur viande est produite avec des sojas OGM, la crise que cela provoquerait remettrait
en cause tout le travail qui a été fait ces dernières années. C'est pourquoi je suis passé du
principe de précaution à celui de prévention », affirme-t-il en proposant d'étudier
collectivement dans quelles conditions cet étiquetage pourra rassurer le consommateur
plutôt que l'affoler. Même recommandation de Jean Bizet, sénateur de la Manche et
rapporteur du dossier OGM au Sénat : « Les consommateurs ont hélas plus confiance
dans les ONG que dans les politiques. Il va falloir leur expliquer cela tranquillement. Mais
attention de ne pas passer de la prévention à la suspicion. Car nous sommes sous la
pression des ONG, avec les mêmes raisonnements que sur le nucléaire il y a 30 ans ! »

Source Réussir Porcs Juillet-Août 2008

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