Alimentation des porcs : Conserver du maïs inerté sans risques en silo-tour

Bernard Griffoul

La conservation du maïs en silo-tour sous forme inertée présente-t-elle un risque ? Le débat a été lancé par Airfaf Sud-Ouest. Pas de souci d'extraction, estiment les constructeurs, à condition de respecter certaines règles, estiment les constructeurs.

La conservation du maïs humide en silo-tour sous forme inertée serait-elle plus risquée que sous forme broyée ? Tel est le débat lancé par Airfaf Sud-Ouest lors de récentes rencontres entre éleveurs et techniciens. Au cours de l'hiver 2008-2009, des producteurs ont en effet eu de sérieuses difficultés pour reprendre du maïs inerté récolté plus humide qu'à l'accoutumée (autour de 38 % d'humidité contre 33 % ou moins habituellement). Jean-François Serin, animateur d'Airfaf Sud-Ouest, enfonce le clou : « Depuis vingt ans que je m'intéresse aux silos-tours, lorsque surviennent des problèmes, c'est toujours avec du maïs inerté et jamais avec du broyé. »
« L'inertage ne tolère pas la moindre négligence, a reconnu Bertrand Guillerme, de Charente Elevage Service. Une erreur se manifeste plusieurs semaines ou mois après la récolte, avec des tonnes de maïs qui ont changé d'aspect et perdu en fluidité. » Et de rappeler que si le silo-tour a « une durée de vie illimité, les petits accessoires périphériques nécessitent un minimum d'entretien ».

Dans le Sud-Ouest, les amplitudes de température nécessitent de surdimensionner les poumons, ainsi que les lignes PVC pour que les gaz circulent facilement entre le poumon et le silo. (B. Griffoul)

Dans le Sud-Ouest, les amplitudes de température nécessitent de surdimensionner les poumons, ainsi que les lignes PVC pour que les gaz circulent facilement entre le poumon et le silo. (B. Griffoul)

Sur-dimensionner poumon et PVC

Rappelons que l'inertage consiste à conserver le maïs à l'abri de l'oxygène, celui-ci étant remplacé par du gaz carbonique. Les fuites créant une oxygénation du maïs peuvent venir aussi bien du haut que du bas du silo. Ces dernières sont d'ailleurs les plus ennuyeuses. Lorsqu'une vis n'est pas parfaitement étanche, un cône est fissuré ou un clapet ferme mal, les strates inférieures – les dernières a être extraites – sont altérées. Les fuites par le haut (trappe mal fermée, poumon percé…) sont plus rapidement repérées.
Bertrand Guillerme met en avant aussi des problèmes de conception sur des silos de construction parfois assez ancienne : « Par rapport à la Bretagne, dans le Sud-Ouest, il faut sur-dimensionner à la fois les poumons et les lignes PVC parce qu'on peut avoir des écarts de température plus importants. Si les soupapes prennent le relais, on augmente les phénomènes d'oxygénation. » Et quand un problème d'extraction survient, il existe « des astuces » pour se dépanner, notamment un système de tube qui descend jusqu'au pied de la vis, dont il recommande d'équiper les silos et qui permet d'injecter de l'eau avec un furet de nettoyeur haute pression pour nettoyer les zones colmatées. En cas de panne, il recommande aussi de « consulter les installateurs et constructeurs. Compte tenu de notre expérience nous pouvons identifier précisément l'origine de la panne, recommander la solution appropriée ou dans les cas extrêmes, envoyer une équipe de dépannage. »

Bien régler les machines au champ

Autre point important à ses yeux : les conditions de récolte du maïs : « Dans le Sud-Ouest, les agriculteurs n'ont pas forcément l'habitude de bien régler les machines au champ lorsqu'ils sont confrontés à des conditions d'humidité extrême. Nous construisons les plus gros silos dans le nord des Côtes-d'Armor ou du Finistère, là où les conditions d'humidité sont les plus élevées, souvent au-delà de 38 %, et nous n'avons pas de souci particulier. » Les variétés de maïs (corné) récoltées en Bretagne sont toutefois plus fluides : « La forme des grains, plus petits et ronds, est à l'avantage des Bretons quel que soit l'excès d'humidité. Les variétés du Sud-Ouest, de par leur forme, sont moins fluides. Si vous y rajoutez une proportion de grains cassés, faute d'une récolte soignée, vous vous exposez à des difficultés. » Régis Coudure, d'Arvalis, confirme ces observations : « En conditions très humides, si le réglage de la machine n'est pas adapté, on fissure les grains qui se collent entre eux parce que l'amidon joue un rôle de ciment. À un certain stade d'humidité, cependant, les Bretons ne peuvent pas faire autrement que de stocker du grain broyé pour sécuriser leur récolte. » Bertrand Guillerme s'interroge encore sur le choix des pré-nettoyeurs : « Ils sont souvent sous-dimensionnés parce que les gens se fient aux abaques des constructeurs qui sont basées sur du grain sec. Il ne faut pas hésiter à sur-dimensionner le pré-nettoyeur. »
« Dans le Sud-Ouest, on peut fonctionner avec du maïs inerté en appliquant des règles simples, affirme de son côté Jean-Noël Lagorse, producteur dans le Lot. Aujourd'hui, je travaille avec de l'inerté, je ne reviendrai jamais en arrière parce que le broyé est beaucoup trop contraignant. Sur les 100 derniers silos-tours que nous avons installés, deux seulement étaient en broyé. Et, tous les ans nous reconvertissons d'anciens silos-tours broyés en version inertage », ajoute Bertrand Guillerme, pour conclure le débat.

Source Réussir Porcs Juillet-Août 2010

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires