Aliments du bétail : Les fabricants devront saisir toutes les opportunités d'approvisionnement » estime Laurent Morin

Claudine Gérard

Laurent Morin, responsable de Feedsim Avenir (1) prévoit que les fabricants d'aliment devront être potentiellement acheteurs de matières premières partout dans le monde.

À quoi peuvent s'attendre les éleveurs de porcs pour les années qui viennent ?

Laurent Morin - Je ne vous dirai pas à combien sera le cours du blé ou du soja. En
revanche, nous savons que, dans le domaine du prix des matières premières, nous avons
franchi un cap. A savoir que nous ne retrouverons pas les niveaux moyens de prix des
matières premières de ces dernières années « après PAC ». Globalement, les cours
moyens des matières premières se situeront à des niveaux plus élevés pour les raisons
que l'on connaît, la demande mondiale croissante, à laquelle s'est ajouté le débouché bio
carburant. Nous avons franchi un palier de prix « moyen » plus élevé que par le passé,
autour duquel nous enregistrerons des variations en fonction d'éléments conjoncturels
comme le niveau des récoltes. Mais l'augmentation de la moyenne des coûts des matières
premières est structurellement durable. Et dans ce contexte, la variabilité des cours sera
évidemment accrue.

Laurent Morin de Feedsim Avenir (C. G.)

Laurent Morin de Feedsim Avenir (C. G.)

Le rôle d'acheteur va devenir essentiel chez les fabricants d'aliment ?

L. M. - Il l'a toujours été ! L'acheteur a pour mission de minimiser le risque, c'est et cela a
toujours été son métier. Ce qui change aujourd'hui, c'est qu'il doit se positionner pour saisir
toutes les opportunités d'achat de matières premières dans le monde, avec des prises de
risques que toute la filière supporte. A commencer par les importateurs. Compte tenu des
sommes engagées pour faire venir des matières premières, entre l'achat et la revente, ils
nécessitent des fonds de roulement colossaux, dans un marché financier mondial instable.
Mais sont aussi impliqués les organismes stockeurs, les transporteurs… Bref, il faut
prendre conscience que le prix de l'aliment, rendu élevage, est le fruit de l'optimisation de
tous les maillons de la filière, et que ce n'est pas le simple fait d'un fabricant qui ne ferait que
jouer sur ses marges !
C'est tout l'enjeu de Feedsim Avenir qui fédère l'ensemble des acteurs professionnels de la
nutrition animale.






Les fabricants d'aliment devront donc trouver leurs matières premières partout dans le monde ?

L. M. - La Bretagne ne se désolidarisera pas de ses approvisionnements en provenance
des régions céréalières, approvisionnements de proximité ! Ce qui change, c'est que les
professionnels de l'alimentation animale doivent aujourd'hui s'intéresser à toutes les
matières premières dans le monde afin de contenir la hausse des céréales locales. Par
ailleurs, la possibilité qu'ils ont de s'approvisionner en maïs d'Argentine ou en manioc de
Thaïlande, par exemple, leur permet de contenir une possible envolée des cours nationaux.
Et cela n'est possible que grâce à toute l'infrastructure en amont : les ports — et la
Bretagne a des atouts —, les capacités de stockage, les liaisons ferroviaires vers les
usines… L'optimisation de l'approvisionnement est devenu le coeur du métier.

La Bretagne a-t-elle un avantage sur ce point ?

L. M. - Oui, puisqu'elle bénéficie d'infrastructures portuaires, mais a encore des progrès à
réaliser dans le stockage et l'acheminement de ces matières premières vers les usines. Nous
travaillons activement pour optimiser les solutions rail, route, voies maritimes… En revanche,
la position excentrée de la Bretagne la pénalise sur tous les coûts de transport, qu'il s'agisse
d'approvisionnement en céréales des bassins français comme de l'acheminement des produits
finis vers les centres de consommation.

Vous voulez dire que Feedsim Avenir n'est pas seulement une association de fabricants d'aliments ?

L. M. - C'est plus que cela. C'est une association de tous les acteurs qui travaillent pour le
secteur de l'alimentation animale, des importateurs et fournisseurs de matières premières
aux transporteurs. Ils oeuvrent, chacun dans leur domaine, pour optimiser leurs coûts afin
de conserver la compétitivité de la filière des productions animales, sa pérennité, et ceci
dans l'intérêt des éleveurs qui ne perçoivent pas toujours tout ce travail qui est fait autour
de leur fournisseur d'aliment, au-delà des querelles concurrentielles qui peuvent agiter le
terrain au quotidien. Nous voudrions que les éleveurs comprennent que la profession de
l'alimentation animale, au sens large, je le répète, travaille dans leur intérêt.

(1) Feedsim Avenir est une association créée en juin 2007, présidée par Hervé Vasseur,
rassemblant tous les acteurs impliqués dans le domaine de la nutrition animale, avec, aux
côtés des fabricants d'aliment, des organismes portuaires, stockeurs, des opérateurs de
logistique –SNCF, transporteurs routiers, fournisseurs de matières premières, importateurs,
triturateurs, firmes services… Feedsim Avenir bénéficie d'un soutien financier du Conseil
Régional de Bretagne et de l'appui important de l'Inra de Rennes et d'Agrocampus.

Source Réussir Céréales Grandes Cutures Septembre 2008

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